Histoire coloniale et postcoloniale

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 12 mai 2013 : journée de l’abandon des harkis

lundi 6 mai 2013, par nf

Un collectif d’associations de familles d’anciens harkis appelle à un rassemblement le 12 mai 2013 à 10h, devant le Palais de Justice de Paris. Ce jour-là, baptisé Journée de l’abandon des harkis, elles demanderont au président de la République de tenir son engagement du 5 avril 2012 en reconnaissant la responsabilité des gouvernements français dans l’abandon de certains d’entre eux en Algérie, où on les savait menacés, ainsi que dans la relégation dans des camps de ceux qui avaient pu gagner la France.

Vous trouverez ci-dessous quelques éléments d’information, à la suite de deux communiqués de soutien : des directives ministérielles de mai 1962 concernant les harkis, la fin du camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, l’engagement du candidat François Hollande, ainsi que le message lu par Kader Arif le 25 septembre 2012.

[Mis en ligne le 20 février 2013, mis à jour le 6 mai]


Communiqué LDH

Paris, le 6 mai 2013

La LDH soutient le rassemblement le 12 mai de familles d’anciens harkis

Durant la guerre d’Algérie, les harkis ont été utilisés sans scrupules par les autorités françaises, et, à la fin de celle-ci, beaucoup d’entre eux ont été scandaleusement abandonnés alors qu’ils étaient menacés, tandis que ceux qui ont alors trouvé refuge en France avec leurs familles ont été ensuite victimes de multiples discriminations. La Ligue des droits de l’Homme estime que ces familles sont en droit de demander aux plus hautes autorités françaises qu’elles reconnaissent cette instrumentalisation, cet abandon, puis cette relégation en France pendant des décennies, elle soutient le rassemblement organisé par un collectif de familles d’anciens harkis, le dimanche 12 mai 2013, à 10 heures, face à l’entrée principale du Palais de justice, à Paris.

Cette date du 12 mai a l’inconvénient de renvoyer à la seule responsabilité d’hommes comme Pierre Mesmer, Christian Fouchet ou Louis Joxe, qui avaient par ailleurs le mérite de rechercher une solution politique au drame algérien, et elle laisse de côté celle d’hommes et de forces qui n’ont cessé de préparer, de prolonger et d’utiliser ce drame. Celle, notamment, de Raoul Salan, chef d’état major de l’armée en 1957 et 1958, qui a poussé à l’enrôlement massif de harkis, puis comme chef de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) en 1961 et 1962, qui a combattu les efforts pour une transition pacifique vers l’indépendance de l’Algérie, au risque d’accentuer gravement leur mise en danger en entravant l’intégration de certains d’entre eux dans la « force locale ». La LDH estime que cette question, longtemps instrumentalisée par les jusqu’au-boutistes de l’Algérie française, doit échapper clairement à leur discours idéologique pour devenir un objet d’histoire. C’est dans cette perspective qu’elle apportera son soutien aux organisateurs de ce rassemblement et à leurs demandes légitimes.

Communiqué de la section de Toulon de la LDH

Soutien au collectif du 12 mai

Alors que, pendant la guerre d’Algérie, les autorités françaises n’ont pas hésité à faire appel aux harkis, un très grand nombre d’entre eux ont été scandaleusement abandonnés en 1962 ; on savait qu’ils étaient menacés – beaucoup ont été massacrés. D’autres qui avaient pu se réfugier en France avec ou sans leurs familles ont été relégués dans des camps – certains y ont été enfermés (Bias, Saint-Maurice-L’Ardoise... )

La section de Toulon de la LDH s’associe au collectif des familles d’anciens harkis pour demander la reconnaissance publique par les plus hautes autorités françaises de la « responsabilité des gouvernements français dans l’abandon des harkis, le massacre de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil des familles transférées dans des camps en France » ([Lettre de François Hollande adressée le 5 avril 2012 aux associations de harkis).

Toulon, le 19 février 2013

Roger Frey, Louis Joxe, Pierre Messmer,
et l’abandon de harkis [1]

Le 12 mai 1962, Louis Joxe, ministre en charge des Affaires algériennes, adresse à Christian Fouchet, haut commissaire de la République en Algérie, une note qui va jusqu’à préconiser le renvoi en Algérie de « supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement » :

Note du 12 mai 1962 de Louis Joxe à Christian Fouchet [2]

« Les renseignements qui me parviennent sur les rapatriements prématurés de supplétifs indiquent l’existence de véritables réseaux tissés sur l’Algérie et la métropole dont la partie algérienne a souvent pour origine un chef de SAS. Je vous envoie au fur et à mesure la documentation que je reçois à ce sujet. Vous voudrez bien faire rechercher tant dans l’armée que dans l’administration les promoteurs et les complices de ces entreprises et faire prendre les sanctions appropriées.

« Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement seront en principe renvoyés en Algérie où ils devront rejoindre avant qu’il soit statué sur leur destination définitive le personnel déjà regroupé suivant les directives des 7 et 11 avril. Je n’ignore pas que ce renvoi peut être interprété par les propagandistes de la sédition comme un refus d’assurer l’avenir de ceux qui nous sont demeurés fidèles. Il conviendra donc d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure mais ce qu’il faut surtout obtenir c’est que le gouvernement ne soit plus amené à prendre une telle décision. »

Signé : Louis Joxe

L’ordre est relayé le jour même par le ministre des Armées, Pierre Messmer : par sa note de service n° 1334/MA/CAB/DIR
il demande au commandant supérieur interarmées basé à Alger de sanctionner les officiers ayant pris sur eux d’évacuer des groupes de harkis depuis l’Algérie vers la métropole [3].

Le 15 mai 1962, le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, fait part à Louis Joxe et à Pierre Messmer de son mécontentement face aux départs d‟anciens supplétifs hors du plan de transfert officiel [4], et le 17 mai, il adresse une circulaire aux préfets visant à empêcher leur installation en métropole [5].

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La fin du camp de Saint-Maurice-L’Ardoise en 1975

En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint-Laurent-des-arbres (Gard).
Après 24 heures de négociations, sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent la dissolution du camp de harkis proche du village.
A l’époque et depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l’Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désœuvrés et l’ isolement total de la société française.

35 ans après, le 14 juillet 2011, Hocine, un des membres du commando, raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte.
Retour avec lui sur les lieux...



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Message de François Hollande aux associations de Harkis

Paris, le 5 avril 2012

J’ai eu l’occasion, dans une tribune récemment publiée dans El Watan et Le
Monde
, d’aborder le travail de mémoire que la France m’apparaît devoir
mener sur son passé commun avec l’Algérie. J’y évoque la question des
Harkis, de la dette morale que notre pays a envers eux. La mémoire des
Harkis est une mémoire vive et souffrante. Elle impose à la France un retour
sur elle-même et sur son histoire.

Comme je m’y suis engagé, si le peuple français m’accorde sa confiance, je
m’engage à reconnaître publiquement les responsabilités des
gouvernements français dans l’abandon des Harkis, le massacre de ceux
restés en Algérie et les conditions d’accueil des familles transférées dans
des camps en France.

Au-delà de cette reconnaissance tant espérée et tant attendue, que l’actuel
président sortant a refusé d’accomplir, je veux ici vous faire part de mon
intention d’assurer aux Harkis et à leurs descendants la reconnaissance de la
République.

Cela passe d’abord par l’attention portée à la réussite des enfants et petits-enfants de Harkis. Toutes les discriminations sont insupportables et doivent
être combattues. Mais que dire de celles qui touchent les descendants de
ceux qui se sont battus pour la France ?

Cela passe ensuite par une solidarité renforcée. A cette fin, une réforme de
la mission interministérielle aux rapatriés et du Haut Conseil aux Rapatriés
sera engagée dès ma prise de fonction.

Enfin, à propos du travail de mémoire que nous engagerons, je donnerai sa
juste place à l’histoire et à la mémoire des Harkis, dans les programmes
scolaires, dans les sites mémoriels et dans les centres de recherches. Les
Harkis et leurs associations, devront également trouver toute leur place
dans la Fondation sur la guerre d’Algérie.

La France se grandit en reconnaissant ses fautes. La France du XXIème
siècle que je souhaite construire avec tous les Français a besoin d’une
mémoire apaisée. Elle a besoin des Harkis et de leurs descendants.

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Message du Président de la République lu par Kader Arif

Cérémonie nationale en hommage aux harkis

25 septembre 2012

La mémoire des harkis est une mémoire vivante et souffrante.

Elle impose à la France un retour sur elle-même et sur son histoire.
En cette journée nationale dédiée au souvenir, il importe que la vérité soit dite, que les leçons en soient retenues et que les conclusions en soient tirées.

Il y a cinquante ans, la France a abandonné ses propres soldats, ceux qui lui avaient fait confiance, ceux qui s’étaient placés sous sa protection, ceux qui l’avaient choisie et qui l’avaient servie.
Ensuite les harkis et leur famille ont été accueillis et traités de manière souvent indigne sur le sol français.

La France se grandit toujours en reconnaissant ses fautes. Aux descendants de harkis qui contribuent aujourd’hui à son identité et à sa vitalité, la République doit toute la transparence sur une histoire qui est non seulement la leur, mais la sienne.

Dans cet esprit, les archives doivent être ouvertes et accessibles à tous.
A l’histoire des harkis, nous donnerons la place qui lui revient dans les lieux où elle s’est inscrite, dans les programmes scolaires, dans les travaux de recherche.
La France marquera davantage sa solidarité à travers la mobilisation des dispositifs sociaux et professionnels.
Cette cérémonie nationale doit en être l’expression.

C’est sur la vérité, sur la lucidité, sur la solidarité, que se construira l’unité de la nation, dans la paix des mémoires.


[1Références :

  • Chantal MORELLE, « Les pouvoirs publics français et le rapatriement des harkis en 1961-1962 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2004/3 (no 83) : http://www.cairn.info/revue-vingtie...
  • François Xavier HAUTREUX, « L’armée française et les supplétifs “Français musulmans” pendant la guerre d’Algérie (1954-1962) : Expérience et enjeux », thèse soutenue le 11 mai 2010 à Paris X

[2SHAT, 1 H 1260-2, télégramme de Louis Joxe à Christian Fouchet, 12 mai 1962, cité par Chantal Morelle

[3SHD 1R 367-7, 12 mai 1962. Ministère des Armées à GENESUPER. Voir également cette page

[4Chantal Morelle, op. cit.

[5ANOM 81F 1040, 17 mai 1962. Ministre de l‟Intérieur à préfets. Cité par F.-X. Hautreux