Histoire coloniale et postcoloniale

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 31 mai 1961 : assassinat de Roger Gavoury par l’OAS

vendredi 3 juin 2011, par nf

Roger Gavoury, commissaire central d’Alger, a été le premier haut fonctionnaire français victime de cette organisation symbole de terreur et de guerre civile.
Il a été assassiné à coups de poignard de parachutiste, le 31 mai 1961 à 23 h 30, à l’intérieur de son petit studio situé rue du Docteur Trolard à Alger, où un commando de l’OAS lui avait tendu un guet-apens [1].

Pour l’historienne Anne-Marie Duranton-Crabol, l’assassinat de Roger Gavoury est un « élément-marqueur » dans l’histoire de l’OAS débutante. « Cruel hommage rendu à l’efficacité du commissaire principal d’Alger, payant les coups portés à l’Organisation par la cellule qu’il avait créée au sein de la Sureté urbaine, le meurtre servait d’avertissement pour tous ceux qui tenteraient de contrer le mouvement clandestin. [2] »

Son fils, Jean-François Gavoury – il avait 11 ans lors du décès de son père – perpétue sa mémoire au sein de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo) dont il est le président-fondateur.

Les obsèques de Roger Gavoury à Alger le 3 juin 1961.

Il rêvait d’une Algérie où l’on s’entr’aime

par Philippe Mellet, L’Union, le 3 juin 2011


Fils d’un cadre de la Compagnie des chemins de fer du Nord, Roger Gavoury est né le 7 avril 1911 à Mello (Oise). Il effectue sa scolarité à Senlis et ensuite ses études à Beauvais et à Lille.
Il entre dans la vie active en 1931 comme cadre dans des sociétés bancaires ou commerciales (notamment aux Docks rémois) avant de se présenter en avril 1936, au concours pour les emplois de commissaire de police stagiaire dans les départements.

Roger Gavoury reçoit sa première affectation de commissaire de police le 21 novembre 1936 à Hazebrouck (Nord) : dans cette commune éprouvée par les bombardements aériens, il se signale par son dévouement lors des événements de mai-juin 1940.

Il est nommé successivement à Sarcelles, Sotteville-lès-Rouen, Rouen-Saint-Sever, Béthune, Mézières-Charleville et La Rochelle.
En mission temporaire au Maroc à compter du 9 août 1955, il est confirmé dans ses fonctions d’adjoint au chef de la sûreté régionale de Casablanca en février 1956. Il se voit confier la responsabilité du service central de la sécurité publique à Rabat en février 1957 et élabore la doctrine relative à l’organisation de la sûreté nationale marocaine.

Il est promu commissaire divisionnaire au lendemain de son installation, le 29 février 1960, dans les fonctions de commissaire central adjoint à Alger.
Il est admis au bénéfice de la croix de la Valeur militaire avec étoile d’argent le 21 avril 1961.
La citation souligne sa participation « très importante à la lutte contre la rébellion ». Elle rappelle qu’il a « payé courageusement de sa personne, au cours des événements de décembre 1960, en se portant constamment aux endroits où la violence des manifestations prenait la forme la plus dangereuse, afin de limiter les heurts entre les communautés ».
Elle se conclut en ces termes : « A suscité, en ces circonstances, l’admiration de son personnel, qu’il a galvanisé par son exemple. »

Dans un ouvrage intitulé Commissaire de police en Algérie, 1952-1962, publié en mars 2011 aux Éditions Riveneuve, Roger Le Doussal précise : « S’appuyant sur les CRS, il avait joué un rôle important lors des émeutes musulmanes du 11 décembre 1960 pour éviter que leur répression par des militaires ne tourne au carnage. »

Jugé puis exécuté par l’OAS

Prenant ses fonctions de commissaire central le 23 mai 1961, moins de six semaines après le plasticage de son appartement, Roger Gavoury s’adresse à ses collaborateurs en ces termes : « L’horizon commence à blanchir et bientôt, je l’espère, luira sur l’Algérie l’aube de la paix. Je voudrais, de toute mon âme, être le Central de la pacification, la vraie cette fois, celle des esprits. Je rêve d’une Alger où les hommes s’entr’aiment enfin, sans plus être séparés par des races, des religions ou des mers. »

Tué en service commandé, Roger Gavoury est nommé, à titre exceptionnel, contrôleur général de la sûreté nationale, par arrêté du ministre de l’intérieur du 2 juin 1961.

Le 3 juin 1961, le juge d’instruction d’Alger est saisi d’une note de la police judiciaire ainsi libellée : « Des constatations et des premiers éléments de l’enquête, il ressort que le crime a été commis en raison de l’attitude ferme manifestée par ce fonctionnaire, particulièrement pour maintenir l’ordre à Alger et réprimer les troubles provoqués par les organisations subversives activistes. On peut donc estimer que cet homicide est le fait d’une bande armée en relation avec les insurgés d’avril 1961. »

Le 4 juin 1961, un tract ronéotypé à en-tête « OAS-Sous Secteur Alger-uest » est distribué dans les boîtes aux lettres d’Alger précisant que l’Organisation armée secrète avait « jugé » le commissaire divisionnaire Gavoury notamment pour « crime de haute trahison » et « complicité avec le régime » ; il se conclut comme suit : « Un premier avertissement (14 avril dernier - bombe au plastic) n’ayant donné aucun résultat, il a été décidé de procéder à son exécution ».


Jean-François Gavoury s’oppose depuis de longues années en justice à l’Adimad, association de combat pour l’Algérie française, à l’origine de l’érection de la stèle de Marignane qui honore notamment les assassins de son père.



[1Traduits devant un tribunal militaire, ses assassins ont été condamnés à mort et trois d’entre eux ont été exécutés.
Voir 31 mai 1961 : assassinat à Alger du commissaire Gavoury.

[2Anne-Marie Duranton-Crabol, Le temps de l’OAS, éditions Complexe, 1995, page 81.