Histoire coloniale et postcoloniale

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il y a eu 3197 disparus sous Pinochet... combien sous Massu ?

lundi 11 décembre 2006, par nf

Ce que fut la répression à Santiago du Chili nous renvoie à celle d’Alger.

L’occasion de (re)lire « Pourquoi l’Algérie ? », contribution de Jean-Philippe Ould Aoudia à l’ouvrage de Michel Reynaud (dir.) Elles et Eux et l’Algérie, publié aux éditions Tiresias en 2004.
 [1]

Pourquoi l’Algérie ?

Retour sur l’Algérie, et, en ce qui me concerne, retour par l’écriture en 1990, signifierait qu’il y ait eu préalablement départ. Or ce pays, si j’en suis physiquement parti en 1972, je ne l’ai jamais quitté par la pensée ; c’est lui qui s’est éloigné de moi, douloureusement, à partir du putsch du colonel Boumediene. Dire que l’Algérie m’a quitté serait donc plus exact.
Mais en disant pays, j’entends bien indiquer ici que c’est plus précisément cet État, rendu intolérant et sectaire par des choix politiques malheureux, qui s’est séparé de moi car nous ne partagions plus les mêmes principes démocratiques.
Tandis que les Algériens, demeurés fidèles aux valeurs et aux idéaux communs, malgré toutes les turpitudes infligées par des dirigeants indignes, sont restés toujours frères.
Il n’y a donc pas eu véritablement retour sur l’Algérie à l’occasion de l’écriture de mon premier livre : L’assassinat de Château-Royal [2], pas plus qu’il n’y a eu travail de deuil comme certains veulent le voir. Si la recherche de la vérité sur l’assassinat de votre père et cinq de ses collègues des Centres sociaux éducatifs
constitue une démarche psychanalytique, alors...
Mais il peut être dangereux de donner à un travail un sens différent de ce qu’il représente en réalité. Pour moi, rechercher et dénoncer les instigateurs et les auteurs d’un crime inexpiable semble ressortir plus d’une contribution à l’écriture de l’histoire et à ce que justice soit enfin rendue aux victimes, ce qui n’est déjà pas si mal, que d’une entreprise relevant du décodage d’états d’âme.
Le facteur déclenchant de mon écriture est d’ailleurs très simple.
L’association des amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons m’avait demandé, en 1990, de rédiger une biographie de mon père et, pour situer le contexte de l’année 1962 en Algérie, j’avais parcouru les pages que Rémi Kauffer, dans son livre OAS [3], avait consacrées à l’assassinat du 15 mars 1962, livre
que j’avais rangé dans ma bibliothèque sans même l’ouvrir tant me révulsait l’Organisation Armée Secrète.

I

Et je découvre l’information suivante : « ... Les hommes de l’organisation secrète repartent d’ailleurs déçus : ils espéraient trouver à El Biar René Petitbon, le dirigeant des centres sociaux qui avait participé aux contacts entre "émissaires de Matignon" et scissionistes. »
Petitbon, le septième nom que l’un des tueurs avait appelé, lisant par ordre alphabétique la liste des condamnés, le jeudi 15 mars 1962 vers dix heures trente ; le seul miraculeusement absent parmi les sept condamnés ; le seul à ne pas appartenir aux Centres sociaux éducatifs ; ce préfet de première classe aurait donc entretenu des relations avec l’OAS !
Immédiatement, l’existence d’un lien entre ces contacts avec l’organisation terroriste et cette absence le matin du crime collectif m’est apparue comme vraisemblable. Avec pour conséquence la probabilité, insupportable, que le crime collectif était évitable.
Restaient à prouver cette relation et sa conséquence tragique : ma recherche était alors lancée. C’est redire ici le non-sens d’une écriture comme je ne sais quelle thérapie mentale !
Certes, pour essayer de guérir, des victimes de traumatismes psychologiques ont besoin de parler de leur malheur et tout particulièrement celles qui ont eu à souffrir de l’OAS car leur douleur est sans cesse réactivée.
En effet, leurs bourreaux s’autorisent à clamer en toute impunité la grandeur de leurs forfaits, ils écrivent sans retenue les détails de leurs crimes, ils se pavanent sans pudeur sur les écrans de télévision, ils ne cessent de revendiquer la légitimité de leurs actes. Et cela sous les yeux de ceux qui sont brisés par le chagrin.
Quelle autre famille, frappée par le malheur délibérément répandu par des hommes, supporte ce que vivent des familles de victimes de l’OAS : les assassins d’un être cher photographiés en groupe sur un cliché illustrant le texte d’un livre détaillant la mort par eux donnée ?
Et pour légender son portrait, l’un des assassins de mon père dit [4] :
– Appuyer sur la gâchette d’un révolver, c’était comme tirer la chasse des chiottes.
Dans ce livre, d’ailleurs, ils sont huit à se disputer comme des chiens le privilège d’être le premier à avoir ouvert le feu ce matin-là sur six hommes désarmés et surpris sur leur lieu de travail.

II

Dans un autre bouquin, l’auteur décrit cet assassinat collectif auquel il aurait participé mais la description est totalement imaginaire, les précisions fournies sont entièrement fausses. Et il livre les noms de ses deux acolytes, dont un capitaine déserteur connu, qui s’ajoutent aux huit autres noms dont je parlais il y a un instant.
Le massacre des Centres sociaux éducatifs est un acte dont les auteurs sont tous si fiers qu’à ce train-là tous les sicaires de cette organisation déclareront un jour qu’ils ont tiré sur les six enseignants des Centres sociaux éducatifs. En toute impunité !
En effet je ne peux pas, juridiquement, poursuivre un seul de ces onze « salopards » qui s’auto-proclament assassins de mon père et de ses compagnons.
Cette indécente impunité des criminels trouve son origine dans les quelque soixante articles détaillant les huit lois d’amnistie successives qui témoignent de la bienveillance de la République, sans cesse renouvelée, à l’égard de ceux qui ont pourtant voulu la renverser.
Merci aux généreux dispensateurs d’amnistie...
Ces pardonneurs, toutes tendances politiques confondues, animés du seul souci de l’unité de la nation, se sont-ils préoccupés de ce que pouvaient ressentir les citoyens hostiles à l’OAS et les victimes de cette organisation terroriste ?
Et que dire de l’écoeurante complaisance à l’égard des tueurs de l’organisation que celle des médias qui écartent systématiquement le contrepoids que pourraient constituer les témoignages des victimes, face à un Jean-Jacques Susini, par exemple, pilier des émissions sur l’OAS et directement impliqué dans le crime de Château-Royal.
L’affaire du général Paul Aussaresses est significative de la prééminence du bourreau au sein de notre société.
Pendant quarante ans un obstacle idéologique a empêché le pays, ayant proclamé les droits de l’Homme, d’accepter qu’il puisse y avoir porté atteinte. Aucun argument, aucun témoignage de supplicié, aucun engagement d’autorités morales ou intellectuelles incontestables ne parvenaient à faire sauter le verrou.
Eh bien, sans que rien ne nous ait préparé, il a suffi qu’un vieux général borgne proclame haut et fort les multiples exactions par lui commises et ordonnées à ses équipes de « spécialistes en liquidation sommaire » pour que l’opinion publique franchisse cet obstacle qu’on pensait insurmontable et admette que la « question » préalable avait été restaurée par la France pendant la guerre d’Algérie.
La parole du tortionnaire a été plus convaincante que celle du supplicié, de l’intellectuel ou de l’historien le plus éminent !

III

Ce franchissement, toutefois, demeure encore partiel dans la mesure où il se limite, aujourd’hui, à n’admettre l’institutionnalisation de la torture qu’en Algérie seulement, comme si la Méditerranée constituait un autre obstacle à reconnaître, par la société française, l’existence de la torture en métropole, jours et nuits, à
Paris même, rue des Saussaies, à quelques centaines de mètres du palais de l’Élysée alors occupé par le fondateur de la Ve République, je veux nommer Charles de Gaulle.
Pour avoir écrit une lettre ouverte dénonçant des actes de tortures au commissariat d’Argenteuil, mon cousin, l’avocat Amokrane Joseph Ould Aoudia a été assassiné à Paris, le 23 mai 1959, par des fonctionnaires du SDECE placés sous les ordres du gouvernement de Michel Debré.
Papon, préfet de police de la Seine à l’époque de ce crime d’État, pourrait témoigner de la généralisation de la torture dans la capitale. Lui, au moins, serait cru et plus sûrement que mon malheureux cousin en 1959 ou que l’historien Jean-Luc Einaudi aujourd’hui ! Papon ne risquerait rien en le disant puisqu’il est protégé par les lois d’amnistie.
Écrire L’assassinat de Château-Royal m’a aussi permis de découvrir jusqu’où peut aller l’habileté de l’État à dissimuler la vérité pour des raisons qui échappent aux citoyens et appelées raison d’État.
Commentant dans Le Monde du 21 octobre 1990 les dix années d’instruction du procès du chef de la Milice Paul Touvier, Laurent Greisalmer écrivait : « ... Rien de plus pitoyable que cette paralysie volontaire de la machine judiciaire mimant l’affairement. Rien de plus cruel pour l’honneur de la justice que ce simulacre. »
Ce constat correspond assez bien à la planification méthodique du dysfonctionnement judiciaire à l’occasion du procès de Roger Degueldre, le chef du commando des six tueurs, auteurs du crime collectif du 15 mars 1962. Qu’on en juge :
Le lendemain de ce crime, trois policiers spécialisés dans la lutte anti OAS ont fait identifier Degueldre par l’un des témoins de la tuerie : la photo face et profil présentée par les policiers pour identification correspondait bien à l’un des deux tireurs au fusil-mitrailleur.
– Qui est-ce ? demanda le témoin aux policiers.
– Roger Degueldre, répondit un des hommes du commissaire divisionnaire Pierre Ceugnart.
Or, lorsque Degueldre est jugé à Paris le 28 juin 1962 par la cour militaire de justice, l’instruction des faits criminels est limitée à la période comprise entre le 25 juillet et le 30 septembre 1961 soit deux mois seulement, alors qu’il est établi que la désertion de Degueldre a duré quatorze mois, du 25 janvier 1961 jusqu’à son arrestation le 7 avril 1962.

IV

L’acte d’accusation, lu par le procureur général Charles Gerthoffer, ne comprend donc pas le crime collectif du 15 mars 1962, qui a ainsi été placé hors des champs d’investigation de la police et de la justice. A quoi avait servi l’identification, par la brigade anti OAS venue de Paris, de cet homme comme étant bien l’un des participants de la tuerie d’El Biar ?
Cantonner dans un temps aussi réduit l’instruction et l’accusation, c’était refuser que lumière soit faite sur le crime du 15 mars 1962. Délibérément.
Mais pas seulement sur ce crime-là puisque l’exposé des faits ne correspond en rien aux actes réellement commis par le chef des commandos deltas et qui ont ensanglanté Alger à l’époque : « En sa qualité de chef de commando il n’a ni détruit ni tué. Il était en quelque sorte un intermédiaire entre l’état-major de l’OAS de qui il recevait ses ordres de mission, toujours en bonne et due forme, et ses propres commandos qu’il chargeait ensuite des exécutions, répartissant les tâches selon les capacités de chacun. » Or tout le monde savait que l’ancien légionnaire donnait l’exemple, mettait la main à la pâte et tuait en grandes séries. Il ne serait donc rendu qu’une justice partielle : on tournait le procès en dérision. Délibérément.
Rappelons enfin la déposition de René Jannin, directeur de la Sûreté nationale en Algérie, au procès de Raoul Salan, chef suprême de l’OAS.
L’acte d’accusation, lu par le procureur général André Gavalda, comporte bien l’assassinat collectif commis par l’OAS à Château-Royal.
Le chef de la police, après avoir levé la main droite et juré de dire « ... la vérité, toute la vérité, rien que la vérité », déclare : « Le
grand écrivain Feraoun ne figurait pas sur la liste noire des personnes à abattre... Une erreur d’orthographe ou de prononciation l’a fait mettre sur la liste après... »
En affirmant que les assassins de Château-Royal étaient des analphabètes, le premier policier d’Algérie voulait orienter les soupçons vers les Algériens, c’est-à-dire le FLN. Délibérément.
Par cette déposition mensongère, faite sous serment le 17 mai 1962 devant le Haut-tribunal militaire, le préfet René Jannin, chef de toutes les polices d’Algérie, commettait un acte de forfaiture. Délibérément.
Et pour aller jusqu’au bout du déshonneur d’État : la destruction de documents officiels.
En effet, un dossier d’action publique « OAS » dont la partie versante est le ministère de l’Intérieur contient les archives du crime de Château-Royal.

V

À mon étonnement ne s’y trouvent que les rapports techniques de la police, sans grand intérêt, alors que les dépositions des témoins, essentielles pour démasquer les coupables, n’y figurent pas ! Or, à ma connaissance, trois témoins ont déposé, en particulier celui qui a reconnu Degueldre.
Destruction d’archives de police, actes d’accusation tronqués, faux témoignage oui, vraiment, rien de plus honteux, pour l’honneur de la police et de la justice françaises que ce simulacre. L’affairement judiciaire ne visait en fait qu’à dissimuler à jamais la vérité aux victimes.
Observation étant faite que la présomption d’innocence due à tout accusé ne peut s’appliquer aux gens de l’OAS puisque, d’une part ils ne peuvent faire l’objet d’aucune inculpation ce qui les rend, de facto, innocents, et d’autre part ils appartiennent à l’espèce particulière d’hommes fiers d’avoir exécuté hors-la-loi et de s’en vanter.
Puisque les lois d’amnistie et la justice au service de la déraison d’État sont évoquées, j’ajoute qu’il est lamentable de voir le politique nous refaire, à chaque occasion, et en question préalable, le coup de la commisération : est-il convenable de juger un homme âgé ? Argument qui nous a été servi pour Paul Touvier et René Bousquet, pour Klaus Barbie et Augusto Pinochet ainsi que pour Maurice Papon.
L’inconvenance à ne pas respecter le grand âge du bourreau vise ainsi à transformer la légitime demande que justice soit enfin rendue en une indécente exigence de la victime. La vieillesse est instrumentalisée : elle devient un interdit moral à juger alors même que l’allongement du cours de la procédure a été sciemment organisé par une lenteur calculée voire ordonnée.
Et on table aussi, cyniquement, sur la durée de vie plus courte des suppliciés par rapport à celle des bourreaux. Les tortionnaires ayant par ailleurs tout pratiqué pour que, par l’application de la « question » moyenâgeuse, il y ait le moins de survivants possibles !
Quand procès enfin il y a, la vitalité des grands Inquisiteurs, assis, contraste toujours avec ces hommes et ces femmes chenus, debout, à la barre des témoins, affrontant les infâmes. Et ils sont vieux, eux aussi, et brisés par les supplices endurés ; mais ils la veulent, eux, la vérité de leur témoignage et cela malgré leur grand âge qui lui aussi mérite apitoiement.
Pourquoi la raison d’État ne bénéficierait-elle qu’à ceux qui, tels les lieutenants Charbonnier et ses complices, hurlaient en torturant Henri Alleg [5] :
« ... Ce qu’on fait ici, on le fera en France. Ton Duclos et ton Mitterrand on leur fera ce qu’on te fait, et ta putain de République on la foutra en l’air aussi ... »
La « putain » n’a rien trouvé d’autre à faire qu’à pardonner à ceux qui l’insultaient.

VI

Mais l’âge, « sens » interdit à la bonne marche de la justice, appliqué systématiquement aux crimes les plus grands, a-t-il jamais retenu la main des Torquemada ?

Paul Touvier a-t-il retenu ses spadassins contre Victor Basch, ancien président la Ligue des droits de l’Homme et contre sa femme Hélène, octogénaires tous les deux mais néanmoins assassinés le 10 janvier 1944 par la Milice à Lyon ?
René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy, a-t-il écarté de la déportation les 10 147 enfants juifs – 1 893 avaient moins de six ans – dont six seulement ont survécu aux camps d’extermination ?
Pour les tortionnaires aux ordres d’Augusto Pinochet, l’âge constituait un moyen supplémentaire de faire mal. En effet, le rapport de la commission Retting révèle qu’à Santiago, au camp de prisonnier n° 2 de l’École de génie militaire du régiment Tejas Verdes, on torturait les parents devant leurs jeunes enfants et par vice, vice versa.
Par la seule vertu du prénom et du temps, le maître de Santiago serait aujourd’hui un « auguste » vieillard. Pourquoi l’âge de ces cruels vieillissants serait-il plus respectable – aux yeux des États – que celui des innocentes victimes, qu’elles aient quatre-vingt ans sous les balles miliciennes ou quinze sous les gégènes chiliennes ?
Comme les criminels de l’OAS, Pinochet revendique le bien fondé de ses actes : « Je ne compte pas demander pardon à qui que ce soit. Au contraire, c’est aux autres de me demander pardon, les marxistes, les communistes. »
Il faut toutefois « relativiser » les accusations contre Pinochet auquel la justice reproche la disparition de 3 197 Chiliens pendant ses dix-sept années de dictature.
Le général Jacques Massu, par exemple, qui commandait la 10e division de parachutistes à Alger en 1957, a tout de même fait mieux : 3 024 Algériens « disparus » en quatorze mois de commandement ce qui, rapporté à la population de Paris, aurait fait
40 000 morts dans la capitale sous l’occupation allemande [6] !
C’est dire l’ampleur de la répression pratiquée par la 10e DP à Alger sous Massu, en comparaison des crimes commis par le régiment Tejas Verdes à Santiago sous Pinochet.
« Ce qui est nécessaire, c’est que la vérité soit connue, établie dans tous ses détails, dans toute sa cruauté... », déclarait l’ancien ministre de la Justice Robert Badinter le 19 juillet 1992, en pleine polémique sur la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv.
Faire connaître la vérité, c’est ce que je me suis efforcé de réaliser dans L’assassinat de Château-Royal.

VII

Les démocraties, pour leur part, ont le devoir de s’opposer à l’oubli qui entraîne automatiquement le blanchiment des crimes et il faut répondre « non » à Ernest Renan lorsqu’il estime qu’il faut l’oubli pour constituer une nation.
Ce qu’ont fait, depuis 1962, les ministres de l’Éducation nationale en marquant leur attachement à la mémoire des six membres des Centres sociaux éducatifs assassinés, reconnaissant ainsi « le caractère universel de leur combat et de leur fidélité, vécues jusqu’à mort, aux principes de la République et de son école ».
Les États doivent imposer un travail de mémoire au citoyen : qui peut, en effet, espérer devenir un citoyen lucide, confiant et honnête s’il est interdit de mémoire ou instruit dans l’ignorance ou la partialité de l’Histoire, surtout la plus sensible ?
C’est, je crois, le sens qu’il faut donner à la plaque commémorative, apposée au ministère de l’Éducation nationale le 12 décembre 2001, qui honore à jamais la mémoire de ceux qui sont allés à l’idéal en comprenant le réel, comme l’a écrit Jaurès :

À la mémoire de
- Max Marchand, inspecteur d’académie, chef du service des Centres sociaux éducatifs d’Algérie,
- Mouloud Feraoun, adjoint au chef du service des Centres sociaux éducatifs, écrivain,
- Marcel Basset, inspecteur des Centres sociaux éducatifs,
- Robert Eymard, inspecteur des Centres sociaux éducatifs,
- Ali Hammoutene, inspecteur de l’enseignement, adjoint au chef du service des Centres sociaux éducatifs,
- Salah Ould Aoudia, inspecteur des Centres sociaux éducatifs assassinés dans l’exercice de leurs fonctions le 15 mars 1962 à Alger, victimes de leur engagement pour les valeurs de la République et pour l’indépendance de l’Algérie dans une relation fraternelle avec la France.

19 avril 2004
Jean-Philippe Ould-Aoudia
Salah Ould Aoudia, assassiné le 15 mars 1962.

[1Jean-Philippe Ould-Aoudia poursuit son combat pour la vérité concernant l’assassinat des six inspecteurs des centres sociaux éducatifs.

Jean-Philippe Ould Aoudia a écrit plusieurs livres, tous publiés chez Tiresias : L’assassinat de Château-Royal, Un élu dans la guerre d’Algérie.
Le dernier en date, La Bataille de Marignane (éd. Tiresias, 20 €, 2006), a bénéficié de la collaboration de Jean-François Gavoury ; Jean-Philippe Aoudia en a écrit la première partie intitulée 6 juillet 2005 - La République, aujourd’hui, face à l’OAS, et Jean-François Gavoury la seconde, Mort pour la France - 31 mai 1961, Alger.

[2Éditions Tirésias, 1992.

[3Rémi Kauffer, OAS, histoire d’une organisation secrète, Paris, éd. Fayard, 1986, p. 260.

[4Alexander Harrison, Challenging de Gaulle, Éd. Praeger, New York, 1989, p. 160.

[5Alleg Henri, La Question, Éd. de Minuit, 1986, p. 36.

[6Gilles Manceron et Hassan Remaoun, D’une rive à l’autre, Syros, p. 178.