Histoire coloniale et postcoloniale

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 80% des 44 millions de réfugiés dans le monde se trouvent dans les pays en développement

mardi 21 juin 2011

Le nombre de réfugiés, demandeurs d’asile et déplacés ne cesse de progresser dans le monde. Il atteint près de 44 millions de personnes en 2010. Contrairement aux idées reçues, 80% d’entre eux se trouvent dans des pays en développement, indique l’agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dans une note publiée à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés.

En France, le ministre de l’Intérieur invoque la « saturation de nos capacités d’accueil » pour fermer la porte à toute réinstallation de réfugiés en provenance de Libye. Commentant les inquiétudes des pays européens quant à un afflux de migrants venus d’Afrique du Nord à la suite du printemps arabe, et l’hostilité à leur égard qui s’accroît dans de nombreux pays industrialisés, la note du HCR reprise ci-dessous souligne le « profond déséquilibre dans le soutien international aux personnes déracinées » : « ce sont les pays les plus pauvres qui doivent supporter le plus lourd fardeau. »

Communiqué de presse de France terre d’asile
 [1]

Journée mondiale du réfugié : la gifle !

Paris, le 20 Juin 2011


Dans une lettre en date du 15 juin 2011, par l’intermédiaire de son chef de cabinet, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant ferme la porte à toute réinstallation de réfugiés en provenance de Libye, « compte tenu de la crise actuelle de notre dispositif d’asile, et notamment de la saturation de nos capacités d’accueil », tout comme à l’application de la directive de protection temporaire, car pour l’instant l’Union européenne n’a « pas estimé que les conditions d’application de cette directive étaient réunies, position partagée pleinement par le ministre ».

Cette position nous semble totalement contraire aux intérêts de la France et de l’Europe, et fait l’effet d’un véritable camouflet, à l’occasion de la Journée mondiale du réfugié et du 60e anniversaire de la Convention de Genève.

A la veille du Conseil européen des 23 et 24 juin, nous avons adressé, avec le Conseil européen pour les réfugiés et les exilés ainsi que 7 autres organisations non gouvernementales[*], un courrier aux chefs d’Etat et de gouvernement européens, les enjoignant à faire preuve de solidarité envers les pays d’Afrique du Nord, et envers les personnes nécessitant une protection internationale.

La crise humanitaire en Libye s’aggrave de jour en jour, et son impact sur les pays voisins s’étend. Près d’un million de personnes ont fui le pays depuis le mois de février, se réfugiant en Tunisie, en Egypte et dans certains pays voisins ; par ailleurs, plusieurs milliers de personnes ont été déplacées à l’intérieur de la Libye. La réponse européenne à cette situation politique et à celle des réfugiés fuyant la région est, jusqu’ici, plus que décevante (seules 700 places de réinstallation ont été offertes à ce jour).

Les organisations européennes de protection des réfugiés et des demandeurs d’asile continuent à en appeler à l’Union européenne et à ses Etats membres afin qu’ils :

  • Offrent un nombre significatif de places de réinstallation aux réfugiés les plus vulnérables qui fuient la Libye ;
  • Continuent d’assurer l’accès à leur territoire et à une procédure d’asile équitable aux personnes arrivant sur le sol européen ;
  • Fassent preuve de responsabilité et d’une réelle solidarité, en venant en aide aux pays européens particulièrement touchés par l’arrivée de migrants et de réfugiés ;
  • Aident les pays nord africains, notamment l’Egypte et la Tunisie, à construire leurs systèmes d’asile et à assurer la protection de ceux qui en ont besoin.

Nous n’avons pas beaucoup de raisons de nous réjouir aujourd’hui. Il est peu probable que le Conseil européen des 23 et 24 juin apporte une réponse politique forte à la crise humanitaire nord africaine, dans un esprit de solidarité avec les pays de la région, et en vue d’honorer ensemble nos obligations internationales en matière de droits de l’homme et de droits des réfugiés.

[*] Caritas Europe, Commission internationale catholique pour les migrations, International Rescue Committee, Conseil international de réhabilitation pour les victimes de torture, Service jésuite des réfugiés, Save the Children, Solidar.

80% des réfugiés vivent dans des pays en développement, selon le HCR

Genève, le 20 Juin 2011 [2]


Le rapport statistique du HCR sur les tendances mondiales en 2010 publié aujourd’hui révèle un profond déséquilibre dans le soutien international accordé aux personnes déracinées dans le monde. En effet, les pays en développement accueillent les quatre cinquièmes des réfugiés, à une période où l’hostilité à l’égard des réfugiés s’accroît dans de nombreux pays industrialisés.

Le rapport statistique du HCR sur les tendances mondiales en 2010 montre que de nombreux pays parmi les plus pauvres au monde abritent de vastes populations réfugiées, aussi bien en valeur absolue que par rapport à la taille de leur économie. Le Pakistan, la République islamique d’Iran et la République arabe syrienne comptent les plus fortes populations réfugiées avec respectivement 1,9 million, 1,07 million et 1,005 million.

Le Pakistan en supporte également les plus lourdes répercussions économiques avec 710 réfugiés pour un dollar de son PIB par habitant (en parité de pouvoir d’achat), suivi de la République démocratique du Congo et du Kenya avec respectivement 475 et 247 réfugiés. En comparaison, l’Allemagne, le pays industrialisé qui accueille la plus importante population réfugiée (594 000 personnes), héberge 17 réfugiés pour un dollar de son PIB par habitant.

Dans l’ensemble, le rapport statistique du HCR sur les tendances mondiales en 2010 présente un environnement de protection qui a radicalement changé par rapport à celui observé il y a 60 ans, lors de la création du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. À cette époque, le nombre de réfugiés bénéficiaires était de 2,1 millions d’Européens, alors déracinés par la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, le HCR travaille dans plus de 120 pays, au bénéfice de personnes forcées de fuir à l’étranger, mais également à l’intérieur des frontières de leur propre pays.

Le rapport statistique du HCR sur les tendances mondiales en 2010 montre que 43,7 millions de personnes sont déracinées à travers le monde, soit à peu près l’ensemble de la population de la Colombie ou de la République de Corée, ou encore de la Scandinavie et de Sri Lanka à la fois. Sur ce total, on dénombre 15,4 millions de réfugiés (dont 10,55 millions sont pris en charge par le HCR et 4,82 millions sont enregistrés auprès de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA)), 27,5 millions de personnes déplacées à l’intérieur même de leur propre pays par les conflits et près de 850 000 demandeurs d’asile, dont près d’un cinquième d’entre eux se trouvent en Afrique du Sud.

Il est particulièrement alarmant de noter le nombre de 15 500 demandes d’asile déposées par des mineurs non accompagnés et des enfants séparés de leur famille, pour la plupart des Somaliens et des Afghans. Le rapport ne couvre pas les déplacements de population qui se sont produits en 2011 depuis la Libye et la Côte d’Ivoire.

« Dans notre monde d’aujourd’hui, il est préoccupant d’observer les idées fausses sur les mouvements de réfugiés et le paradigme de la protection internationale », a déclaré António Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. « Les craintes d’afflux supposé de réfugiés dans les pays industrialisés sont très exagérées ou associées à tort avec des problèmes relatifs à la migration. En attendant, ce sont les pays les plus pauvres qui doivent supporter le plus lourd fardeau. »

Compte tenu du caractère prolongé de plusieurs conflits internationaux majeurs de notre époque, le rapport montre que des millions de personnes dans le monde doivent vivre en tant que réfugiés sur des périodes de plus en plus longues. Pour le HCR, le terme de situation de réfugiés prolongée est utilisé quand une importante population est exilée pendant cinq ans ou plus.

En 2010, et pour les réfugiés relevant de la compétence du HCR, 7,2 millions de personnes se trouvaient dans cette situation, soit plus que jamais depuis 2001. Parallèlement, seulement 197 600 personnes ont pu rentrer chez elles. C’est le nombre le plus faible depuis 1990.

Certains réfugiés vivent en exil depuis plus de 30 ans. Les Afghans, qui avaient fui dès l’invasion soviétique en 1979, représentaient un tiers des réfugiés dans le monde en 2001, tout comme en 2010. L’Iraq, la Somalie, la République démocratique du Congo et le Soudan figuraient également parmi les dix pays ayant généré le plus grand nombre de réfugiés au début comme à la fin de la décennie.

« Un seul réfugié privé d’espoir, c’est déjà trop », a affirmé le Haut Commissaire António Guterres. « Le monde se soustrait à ses obligations envers ces personnes, en les laissant attendre la fin de l’instabilité déchirant leur pays et en leur demandant de mettre indéfiniment leur vie entre parenthèses. Les pays en développement ne peuvent pas continuer à supporter seuls cette charge et le monde industrialisé doit corriger ce déséquilibre. Il faut accroître les quotas de places de réinstallation. Nous avons besoin d’initiatives de paix accélérées pour les conflits prolongés, afin que les réfugiés puissent rentrer chez eux. »

Contrairement au faible niveau de retours de réfugiés l’an dernier, la situation des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, que l’on appelle les déplacés internes, a connu une évolution. En 2010, plus de 2,9 millions de déplacés internes ont regagné leur foyer dans des pays comme le Pakistan, la République démocratique du Congo, l’Ouganda et le Kirghizistan. Néanmoins, même avec ce niveau de retours, le nombre global de 27,5 millions de déplacés internes était le plus élevé depuis 10 ans.

Un autre groupe, plus difficile à quantifier et qui relève de la compétence du HCR, est celui des apatrides, c’est-à-dire des personnes qui ne bénéficient pas du filet de sécurité que constitue la nationalité. Le nombre de pays faisant état de populations apatrides a augmenté régulièrement depuis 2004, mais des différences dans les définitions et les méthodologies empêchent encore d’obtenir des données fiables sur l’ampleur du problème.

En 2010, le nombre déclaré d’apatrides (3,5 millions) s’élevait à pratiquement la moitié de celui de 2009, mais cet écart était principalement dû à des changements méthodologiques dans certains pays ayant transmis les informations. Selon des données officieuses, le nombre d’apatrides à travers le monde avoisine plutôt les 12 millions. En août prochain, le HCR lancera une campagne mondiale pour mieux faire connaître le sort des apatrides dans le monde et accélérer les programmes pour leur venir en aide.


Des centaines de boat people meurent en Méditerranée.
Le Gisti va déposer plainte contre l’OTAN, l’Union européenne et les pays de la coalition en opération en Libye
 [3]

[...] Les États puissants de la planète se sont mobilisés militairement pour, disent-ils, empêcher le massacre de populations civiles et mettre en œuvre « la responsabilité de protéger » dont l’ONU est garante. Mais la responsabilité de protéger ne passe-t-elle pas aussi par le respect du droit maritime, des conventions internationales en matière de sauvetage en mer et des textes sur la protection des réfugiés ?

Nous ne pouvons plus contempler les images de corps ramenés à terre après des naufrages, ou apprendre par des survivants combien de personnes étaient à bord d’un bateau disparu en mer. Nous voulons savoir qui sont les responsables de ces morts : l’Union européenne ? l’agence Frontex ? l’OTAN ? les États de la coalition formée en Libye ?

C’est pourquoi le Gisti s’apprête à lancer - avec ceux qui voudront s’associer à cette démarche - une campagne de plaintes, sur la base d’éléments recueillis auprès de victimes et de témoins de ces drames. À l’heure des révolutions arabes, les États européens ne peuvent plus continuer à considérer les boat people comme des vies sans valeur. La Méditerranée doit cesser d’être le champ de bataille de la guerre aux migrants pour redevenir un espace de droits et de solidarités.

9 juin 2011



[3Le communiqué du Gisti dans son intégralité : http://www.gisti.org/spip.php?artic....