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Algérie : les familles de disparus dénoncent l’autoritarisme et l’impunité

dimanche 30 mars 2014

Dans une déclaration publique à l’occasion de l’élection présidentielle, les familles de disparus estiment que « seul un régime démocratique permettrait de répondre » à leur « légitime revendication de Vérité et de Justice ». Pour elles, le problème de fond réside essentiellement dans la nature du régime en place, qualifié « d’autoritaire ».
Elles appellent les Algériennes et les Algériens « à soutenir et à relayer la lutte qu’elles mènent depuis de nombreuses années contre l’impunité, pour le droit à la Vérité, à la Justice et à la Mémoire ».

Ci-dessous, un communiqué de SOS Disparus, suivi d’une déclaration en décembre dernier de Nassera Dutour.

Communiqué de SOS Disparus [1]

« Le régime cherche à assurer sa continuité dans l’autoritarisme et l’impunité »

Au moment où la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un quatrième mandat éclaire la déliquescence du régime politique qui mène lentement l’Algérie à l’impasse, les familles de disparus appellent les Algériennes et les Algériens dans toute leur diversité, à soutenir et à relayer la lutte qu’elles mènent depuis de nombreuses années contre l’impunité, pour le droit à la Vérité, à la Justice et à la Mémoire.

Au-delà de la responsabilité politique personnelle du titulaire du poste présidentiel et de l’absence de limitation du nombre des mandats présidentiels, les familles de disparus ont pu constater au cours des mandats successifs d’Abdelaziz Bouteflika, que le problème de fond réside essentiellement dans la nature du régime en place. Elles estiment que ce régime autoritaire est comptable politiquement, conjointement avec les groupes armés islamistes, de la guerre civile qui a profondément affecté notre pays.

Des agents de l’Etat ont, tout comme des membres des groupes armés islamistes, massivement commis des crimes et des violations des droits de l’Homme. En particulier, des milliers d’Algériennes et d’Algériens ont disparu, les uns arrêtés par les services de sécurité de l’Etat qui prétendent ne rien savoir sur leur sort, d’autres enlevés par les groupes armés islamistes. Dans les deux situations, les familles, malgré d’inlassables recherches, vivent à ce jour la torture d’être sans nouvelles et de ne rien savoir sur le sort de leurs proches tandis que les auteurs de ces crimes restent impunis.

Avec l’adoption de la Charte dite pour la paix et la réconciliation nationale en 2005, le régime a officiellement assuré l’impunité aux auteurs de ces violations et à leurs commanditaires. Il a par ailleurs démontré qu’il n’admet aucune responsabilité politique dans les violations massives des droits de l’Homme commises par les agents de l’Etat. L’impunité est ainsi bel et bien une caractéristique fondamentale de ce régime : les dirigeants actuels – qu’ils soient sur le devant de la scène ou occultes – se sont ainsi octroyé une impunité dans tous les domaines.

La lutte contre l’impunité fait partie intégrante du jeu démocratique et constitue donc un enjeu fondamental de ces élections. Elle pèsera fortement sur la possibilité d’enclencher une transition politique véritable. C’est pourquoi cet appel s’adresse en particulier à ceux et celles qui se sont engagés en faveur de l’instauration de la démocratie, et du respect des droits de l’Homme et des libertés publiques.

Les questions de Vérité et de Justice participent de ce combat pour la transparence. Au-delà du sort individuel de chacun des disparus intéressent la société algérienne dans son ensemble et ne peuvent être occultés.
Citoyennes, en colère et indignées, les familles de disparus, lorsqu’elles manifestent chaque mercredi pour lutter contre l’oubli et connaître le sort réservé à leurs proches, expriment aussi leur indignation et leur colère face à l’injustice et au mépris du peuple par les dirigeants d’un régime inique dont le seul souci est de se maintenir en place. Elles luttent pour l’établissement de la démocratie, qui espèrent-elles favorisera le respect des droits de l’Homme dans notre pays et garantira le respect des droits et de la dignité de chacun.
A l’heure où le régime cherche à assurer sa continuité dans l’autoritarisme et l’impunité, les familles de disparus appellent toutes les citoyennes et les citoyens engagés en faveur de la démocratie et des droits de l’Homme à soutenir et relayer la lutte pacifique contre l’impunité et pour le respect des droits de l’Homme et à en faire une question centrale des débats sur la transition politique.

Le 14 mars 2014, à Alger

Droits de l’Homme, disparitions forcées et lutte contre l’impunité

En cette journée internationale des droits de l’Homme célébrant l’anniversaire de l’adoption, le 10 décembre 1948, de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH), la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées (FEMED) et son réseau de 26 associations-membres présentes sur les deux rives de la Méditerranée souhaiteraient rendre hommage à toutes les familles de disparus, les associations de familles, les défenseurs des droits de l’Homme et les organisations non-gouvernementales qui luttent pour faire toute la lumière sur le sort des disparus et contre l’impunité.

Cette journée consacre également le droit de savoir et le devoir de vérité, le droit à la réparation pleine et entière, pour faire en sorte que les crimes de disparitions forcées restent l’apanage du passé, mais qu’ils ne soient pas impunis. C’est ce message fort que les associations membres de la FEMED n’ont jamais cessé de réitérer lors de la Quatrième rencontre euro-méditerranéenne des associations de familles de disparus, qui s’est tenue du 23 au 25 novembre 2013, à Beyrouth au Liban, pays qui compte près de 17 000 disparus du fait de la guerre civile ayant fait rage de 1975 à 1990.

L’année 2013 laisse un goût amer pour la défense des droits de l’Homme et en particulier pour les familles de disparus et les associations qui les représentent. Malgré la ratification par le Maroc de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées le 14 mai 2013, peu nombreuses ont été les avancées juridiques dans la région euro-méditerranéenne. La Libye, malgré l’adoption le 9 avril 2013 d’une loi criminalisant la torture, les disparitions forcées et la discrimination, n’a guère avancé sur le sujet des réponses à apporter aux familles de disparus, et ce dans un climat sécuritaire très tendu où règne l’impunité la plus totale pour les auteurs de disparitions forcées. Même constat en Irak, où les interventions militaires n’ont pas abouti à la pacification d’un pays en proie à une forte insécurité dont a été récemment la cible notre association-membre en Irak, Al-Ataa for Human Rights.

Ce constat ne pousse guère à l’optimisme. En Algérie, les familles de disparus sont les premières victimes d’une ouverture démocratique en trompe-l’œil, manifestée par un étau qui se resserre autour du libre exercice de la liberté d’expression, de réunion et de manifestation pacifique. Immobilisme également au Maroc où les familles de disparus n’ont trouvé aucune résonance à leur quête de vérité et de justice, et ce en dépit des recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation.

Prévenir l’oubli, c’est empêcher une amnésie collective. C’est rappeler le devoir des Etats et de la communauté internationale, les mettre face à leurs responsabilités, et donner aux associations de familles de toutes les victimes le rôle qui leur incombe afin d’interpeller les politiques sur le plan national, les instances régionales et internationales, en vue d’une ratification universelle de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. C’est le rôle que la FEMED et ses associations membres entendent poursuivre, au nom des associations de familles de disparus, et en partenariat avec la Coalition internationale contre les disparitions forcées ainsi que les coalitions régionales asiatiques (AFAD) et latino-américaines (FEDEFAM).

Paris, 10 décembre 2013

Pour la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées [2]

Nassera Dutour



Voir en ligne : les disparus d’Algérie, par Raphaëlle Branche


[2La Femed :
Secrétariat : (+33) 1-42-05-06-22
Nassera Dutour : (+33) 6-13-07-29-13