Connaître l’histoire coloniale, combattre les racismes et l’antisémitisme

Accueil > La reconnaissance du passé colonial > Armande et le mémorial de Sète

Armande et le mémorial de Sète

lundi 2 novembre 2009, par la rédaction

Un Mémorial dédié aux 218 Héraultais morts dans les conflits d’Afrique du Nord a été inauguré à Sète mardi 27 octobre 2009, en présence de nombreuses personnalités civiles et militaires, de dizaines d’associations d’anciens combattants et de plusieurs milliers de personnes. Ce monument a été implanté sur la Corniche de Sète à l’initiative de l’association du Mémorial héraultais présidée par Jacques Bousquet.

Un Mémorial où – espérons-le – on aura une pensée pour les morts algériens, lors des futurs hommages [1]. Sans oublier ceux qui se sont opposés à ces guerres coloniales, comme le rappelle Armande dont nous reprenons le cri de protestation.

[Mise en ligne le 1er novembre 2009, mise à jour le 2 novembre]


Une manifestation visant à empêcher le départ pour l’Algérie d’un train de rappelés.

La cérémonie au "mémorial des soldats héraultais morts en AFN" me laisse un goût amer.

par Armande [2]


C’est le 26 novembre 1957 que j’étais traduite devant le Tribunal Correctionnel de Montpellier, avec 5 camarades communistes, dont Gilbert Martelli qui fut plus tard, maire de notre ville. Notre crime ? Nous avions manifesté, avec des centaines d’autres pacifistes, contre l’envoi des "rappelés" en Algérie, en allant en gare de Sète, bloquer les trains de jeunes gens, partant vers la guerre, peut-être la mort, en tout cas vers l’horreur.

Et on me dit aujourd’hui que ces jeunes ont sacrifié leurs espérances de vie (et de bonheur) pour la patrie ? Qu’ils sont morts pour que "d’autres s’investissent dans un avenir de paix" (cf. Midi Libre) ? Sonnez, tambours, résonnez, trompettes ! Je ne suis pas certaine que ces jeunes "se sacrifiaient". Je pense qu’ils ont "été sacrifiés". Sur l’autel de la patrie ? Je ne le crois pas davantage. On les a sacrifiés à l’idéologie colonisatrice. La même qui fait écrire (cf. L’Hérault du Jour) encore aujourd’hui : Afrique "Française" du Nord. La même qui voudrait réhabiliter l’OAS. Et pourquoi pas l’usage de la torture ?

Je comprends que les familles qui ont perdu un des leurs dans cette "sale guerre" aient besoin d’un lieu pour se recueillir. Je comprends que l’on reconnaisse enfin que ces jeunes sont morts dans une "guerre" alors qu’on nous a asséné pendant des années le nom "d’évènements" d’Algérie. J’aurais aimé d’ailleurs que dans les discours on ait eu une pensée pour les morts algériens. Les souffrances des familles sont les mêmes : (leurs) "sanglots font un seul glas"(Aragon).

C’était une guerre. Mais, hélas, pas pour l’honneur de la Patrie. Et pour cette guerre comme pour tant d’autres, on peut redire avec Anatole France : "On croit mourir pour la Patrie, on meurt pour des industriels"... Enfin, pas seulement des industriels...

Sète, le 31 octobre 2009

Armande

Inauguration du mémorial à Sète, le 26 octobre 2009 (photo Midi libre).

Un Mémorial à Sète inauguré par la foule

par Jean-Pierre Souche, Midi libre, le 27 octobre 2009


«  C’était une cérémonie de haute tenue. » Sincèrement ému, le préfet de Région Claude Baland a présidé hier matin, sur la Corniche à Sète, la cérémonie d’inauguration du Mémorial dédié aux 218 enfants héraultais tombés en Afrique du Nord.

Une cérémonie consensuelle qui a réuni des dizaines d’associations d’anciens combattants du Département, autant de porte-drapeaux, des personnalités politiques de tous horizons, les autorités militaires et des centaines d’anonymes souvent touchés directement par les conflits de la deuxième moitié du siècle dernier en Afrique du Nord.

Fruit de longues années de négociations, l’imposant Mémorial dévoilé par Claude Baland, le maire de Sète François Commeinhes et le président de l’association pour le Mémorial héraultais
Jacques Bousquet, est posé face à la Grande bleue sur la promenade Maréchal Leclerc non loin d’un autre monument, celui de Rose Roc érigé en souvenir des déportés de la Seconde guerre mondiale. « C’est un apport supplémentaire contre l’oubli », a indiqué le maire de Sète. « Il honore les militaires nés, résidants ou inhumés dans l’Hérault, qui sont morts dans les combats d’Algérie, du Maroc ou de Tunisie. 228 noms sont pérennisés dans l’acier », a insisté Jacques Bousquet.

Nombre d’intervenants ont également insisté sur les dizaines d’années qui sont passées avant que l’Etat ne reconnaisse la réalité de la guerre d’Algérie. Aujourd’hui, cette reconnaissance est entière. Le préfet a parlé « d’une nécessaire initiative de mémoire » pour qualifier cette cérémonie.

La cérémonie s’est achevée par la lecture des 218 jeunes héraultais morts en Afrique du Nord et à ce jour identifié par l’association pour le Mémorial, puis par un dépôt de gerbes.


Le blog de Cessenon comporte un autre texte dont voici des extraits :

A propos d’une stèle

Il eut été opportun de rappeler à cette occasion l’anachronisme de cette guerre d’un autre temps, son absurdité, l’impasse à laquelle elle a conduit et les souffrances qu’elle a engendrées. [...]

Mais les souffrances c’est d’abord le peuple algérien qui les a endurées. S’inscrivant dans une période coloniale qui a vu la conquête du pays puis son occupation par une puissance économiquement et militairement supérieure, cette guerre a connu les exactions et les crimes que l’on sait, la pratique de la torture par l’armée française étant aujourd’hui parfaitement établie.

Au nombre des victimes on n’oubliera pas les appelés du contingent envoyés dans une expédition militaire qu’en majorité ils n’approuvaient pas. [...]

On pourrait y associer les soldats français qui se font massacrer aujourd’hui en Afghanistan dans une odeur de pétrole ou de gaz naturel.


[1Alors que les victimes algériennes n’avaient, semble-t-il, pas été évoquées au cours de la cérémonie officielle, le Midi libre a intitulé un article daté du 28 octobre : « Un mémorial qui résonne au-delà de la mer ».

[2Repris du blog de Cessenon.