Bernard Kouchner et l’addiction à la guerre


article de la rubrique international
date de publication : samedi 22 septembre 2007


En 2003, Bernard Kouchner justifiait l’invasion de l’Irak, tout en se déclarant opposé à la guerre [1]. Aujourd’hui le fondateur de Médecins sans frontières utilise, vis à vis de l’Iran, le langage viril d’un “militaire sans frontières”. Mais sait-il que l’on estime aujourd’hui à un million le nombre des victimes irakiennes depuis l’invasion américaine du pays en mars 2003 ?

La guerre... Le choix des mots n’est pas innocent. D’ailleurs, l’ex-“french doctor” ne fait que suivre l’exemple du Président de la République qui, dans son allocution à la conférence des Ambassadeurs, au Palais de l’Élysée, le 27 août dernier, n’a pas craint d’évoquer « une alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran ».


Voir en ligne : de la “mission civilisatrice” coloniale à l’ingérence humanitaire

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D’après Plantu (Le Monde du 20 septembre 2007)

La guerre ! La guerre ! La guerre ! [2]

Il déclare, avec cette mâle gravité qui lui va si bien au teint, que nous devons, je cite, nous « préparer au pire ».

Et qu’est-ce que c’est que ce pire, ô Grand Phare De La Pensée Humanitaire — lui ont demandé les journaleux ?

« C’est la guerre », a tranquillement répondu Bernard Kouchner.

La guerre contre l’Iran.

Le petit enfant des rizières et son petit ami de Somalie sont une chose.

Le petit enfant iranien en est une autre.

Nous devons nous préparer à l’idée que nous allons devoir balancer, d’une très haute hauteur, des bombes dans la gueule des petits enfants iraniens — parce que c’est de ça qu’il est, naturellement, question, quand on parle de guerre.

On va faire ça très proprement, façon école de chirurgie — et si quelques civil(e)s crèvent, ben c’est les risques du métier.

C’est des victimes collatérales — de moindrissime importance.

Puis bon, n’a pas trop le choix : c’est ça, ou la fin du monde.

Si on reste sans réagir, ces gens-là vont nous jeter sur le coin de la gueule des ADM fabriquées dans des laboratoires secrets si bien planqués dans leurs nombreux sous-sols que même les missionnaires de l’ONU les trouveront jamais.

Si on reste sans réagir, ces gens-là vont nous attaquer, alors que nous, par exemple, est-ce qu’on attaque des gens sans raison(s) — à part bien sûr de temps en temps quelques tribus algériennes et guatémaltèques et laotiennes (liste non exhaustive), mais c’est pas la même chose !

Après le sac de riz en Somalie...
le sac de munitions contre l’Iran
[Le Canard enchaîné du 19 sept. 07]

Il déclarait en 2003

Dans une interview réalisée en avril 2003 par Marlène Belilos, journaliste à la TSR [3], Bernard Kouchner critiquait la position de la France : « Brandir le veto était un peu enfantin face aux Américains. » Il expliquait son agacement face au veto français par son amitié pour le peuple kurde : « Depuis vingt-huit ans, il demande la même chose : être libéré de Saddam Hussein. Je ne pouvais être infidèle à ces amis, à ce peuple qui m’a fait confiance. » Et le fondateur de Médecins sans frontières invitait ceux qui ne partageaient pas son opinion à laisser la parole aux Irakiens : « C’est aux victimes de juger, on verra bien ce que dira le peuple irakien. »

Deux mois plus tard, à l’occasion d’une table ronde organisée par Médecins du Monde, le 13 juin 2003, Bernard Kouchner déclarait : « En Irak, même si on ne connaît toujours pas le nombre de victimes de la guerre américaine, il y a eu moins de victimes qu’on ne pensait, en tout cas infiniment moins que les 500 000 morts — on dit plusieurs millions, à Bagdad — que Saddam avait directement causées ! »  [4]

Quatre ans plus tard :

Plus d’un million d’Irakiens ont été victimes de cette guerre

L’institut de sondage britannique ORB estime à plus d’un million le nombre d’Irakiens victimes de la guerre. Sur les quatre millions de familles irakiennes, près d’un quart a perdu au moins l’un de ses membres. 9% des tués auraient été victimes des bombardements aériens américains.  [5]

Durant l’étude, qui s’est déroulée du 12 au 19 août 2007, les enquêteurs de l’institut ORB ont demandé aux Irakiens interrogés quel était le nombre de personnes décédées pour cause de violence depuis 2003 dans leur famille, c’est à dire vivant sous le même toit qu’eux.

22% des sondés ont déclaré avoir perdu au moins l’un des membres de leur famille. Le dernier recensement a estimé à 4 050 597 le nombre de foyers irakiens.

Près d’une famille sur deux à Bagdad a perdu l’un de ses membres. Les provinces de Diyala et de Ninive sont également parmi celles où le nombre de victimes est le plus grand.

43% des tués l’ont été par balle, 20% par une explosion de voiture piégée et 9% par un bombardement aérien de la coalition.

ORB note que le nombre de victimes en, Irak excède désormais celui du Rwanda, estimé à 800 000.

L’année dernière une étude publiée par la revue médicale Lancet, appliquant la méthodologie utilisée par l’ONU pour l’estimation des catastrophes humanitaires, avait estimé le nombre de décès à 650 000.

______________________

Selon un décompte de l’Afp basé sur des chiffres du Pentagone, depuis le début des opérations américaines en Irak en mars 2003, le nombre des victimes militaires américaines serait de 3 719.

« C’est aux victimes de juger » disait-il en avril 2003...

Notes

[1] Voir « Ni la guerre ni Saddam », par Bernard Kouchner et Antoine Veil, Le Monde du 4 février 2003.

[2] Ce texte est inspiré du blog Vive Le Feu.

[3] Pour écouter l’interview : http://rue89.com/2007/08/22/kouchne....

[4] Source : Humanitaire , revue éditée par Médecins du Monde , N° 8, automne 2003.

[5] Source : Contre Info.info.
Méthodologie :

  • Entretiens individuels sur un échantillon représentatif de 1720 personnes.
  • Marge d’erreur 2,4%
  • L’enquête a été conduite dans 15 des 18 régions irakiennes. Pour des raisons de sécurité les provinces de Kerbala et d’Anbar ont été exclues, et les autorité d’Erbil ont refusé d’accorder une autorisation.

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