Histoire coloniale et postcoloniale

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Égypte : condamnation de la violence

lundi 19 août 2013

Un massacre est un massacre et l’indignation ne doit pas être sélective. Après avoir déposé le premier président régulièrement élu de l’histoire de l’Egypte, la junte militaire a délibérément exécuté des centaines de ses citoyens. A balles réelles, dans la tête ou la poitrine, tirées par des hommes qui avaient reçu l’ordre de tuer. Les Frères musulmans ne représentent certes pas l’idéal des combattants de la liberté, certains – peu nombreux – étaient armés, mais l’essentiel des victimes restent des civils, abattus les mains nues. Le général Al-Sissi, le véritable homme fort du pays, a montré la vraie nature du régime qu’il entend instaurer par la force en Egypte. Une dictature militaire à la Moubarak. [...]

François Sergent, Libération, éditorial du 15 août 2013


Déclaration du REMDH sur les événements en Egypte

Copenhague le 16 août 2013 - Le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) condamne sévèrement le recours à la violence pendant, et après, les évènements qui viennent de se dérouler en Egypte. Si l’usage de la violence, quel qu’en soit l’auteur, doit être condamné, le REMDH entend souligner la responsabilité particulière, comme partout ailleurs, que supportent les forces de l’ordre dans l’usage excessif de la force mais aussi dans le devoir de préserver les vies humaines et de prévenir les violences.

Manifestement tel n’a pas été le souci principal des responsables de l’ordre public alors qu’ils ne pouvaient ignorer les habitudes désastreuses contractées pendant les décennies de dictature et les agressions commises par des membres des Frères Musulmans, notamment à l’égard de leurs opposants et à l’égard de Coptes d’Egypte.

Ces évènements étaient prévisibles. L’accaparement de tous les instruments du pouvoir par les Frères Musulmans et le Président MORSI a entraîné une réaction populaire légitime. L’intervention des forces armées s’est appuyée sur ce mouvement mais dans la perspective du maintien du rôle de l’armée dans les institutions égyptiennes.

Le refus de la mainmise des Frères musulmans sur toutes les institutions s’est donc accompagné d’un retour au pouvoir des tenants d’un pouvoir militaire. Le bain de sang qui vient d’avoir lieu, accompagné du rétablissement d’un état d’urgence qui n’avait jamais été véritablement levé, le recours à la violence des Frères Musulmans, attestent des immenses difficultés de l’Egypte à retrouver les voies de la démocratie.

Une commission d’enquête, indépendante et crédible, doit déterminer la réalité des faits survenus et les responsabilités encourues depuis la chute du régime de M MOUBARAK. Elle doit ouvrir la voie à un véritable processus de justice transitionnelle portant sur les années de dictature comme sur la période contemporaine.

D’ores et déjà, le REMDH réitère son exigence du rétablissement de la liberté pacifique de manifestation, de la fin des procès de complaisance et au cantonnement de l’armée à son rôle de défense de l’intégrité territoriale de l’Egypte.

Seule une solution politique, qui passe par l’organisation sans délai de nouvelles élections, et la garantie de tous les droits civils et politiques, peut permettre à l’Egypte de renouer avec la démocratie.

Le REMDH appelle l’Union Européenne et ses pays membres à favoriser une démarche de cette nature en maintenant son aide aux forces démocratiques et à la société civile égyptienne.