Histoire coloniale et postcoloniale

Accueil > La reconnaissance du passé colonial > Falco : “le devoir de mémoire est d’abord un devoir de vérité”

Falco : “le devoir de mémoire est d’abord un devoir de vérité”

dimanche 28 juin 2015, par la rédaction

Cette année, le premier sujet de philosophie proposé aux candidats au baccalauréat série S était le suivant : « La politique échappe-t-elle à l’exigence de vérité ? »

Nous avons eu envie de sonder sur cette question notre sénateur-maire, ancien ministre, et homme politique au long cours. Il a été plus simple de relire ses discours et interviews. Et nous nous félicitons de la profondeur de sa réflexion qui l’amène à déclarer qu’avant toute chose l’essentiel est de respecter la vérité. Il n’y a aucun doute, si Hubert Falco avait passé l’épreuve de philosophie cette année, il aurait obtenu une note excellente.

Mais alors, comment expliquer le refus qu’il nous oppose quand nous lui faisons une demande très raisonnable – lire notre lettre ouverte – : installer une plaque explicative à côté du monument de la Porte d’Italie ?

En tant que Secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, Hubert Falco a prononcé un discours solennel, à l’occasion de la Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et
antisémites de l’Etat français et d’Hommage aux « Justes » de France, le 18 juin 2010. Dans ce discours [1] il avait évoqué à plusieurs reprises la vérité et la mémoire, déclarant que “Le devoir de mémoire est, d’abord, un devoir de vérité”. Il devait préciser sa pensée un peu plus tard dans une interview :

(Photo : Sénat)

Guerre d’Algérie - Hubert Falco : "Nous avons un devoir de vérité"

interview de Hubert Falco, publiée dans France-soir le 18 octobre 2010 [2]


C’est mardi [19 octobre 2010] que sera officiellement installée la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats de Tunisie et du Maroc. Un sujet sensible et même explosif, tant les plaies de la colonisation et de la guerre sont encore à vif.

Hubert Falco, secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, veut, au nom de la France, saisir l’occasion de « réconcilier toutes les mémoires » entre les ennemis d’hier, qu’ils soient issus du FLN ou de l’OAS. Vaste programme lorsque l’on constate les polémiques que déclenche une fiction, le récent film Hors-la-loi, qui évoque de façon orientée les pages sombres de cette période. Le chemin semble encore long avant que soient recousues les déchirures franco-françaises liées à la guerre d’Algérie, sans même évoquer celles qui subsistent entre les deux rives de la Méditerranée.

  • France-Soir Concrètement, à quoi servira une fondation consacrée aux mémoires, apparemment irréconciliables, sur la guerre d’Algérie ?

J’ai récemment rencontré un harki qui me disait, les larmes aux yeux : « Aidez-moi ! Aidez-moi à expliquer aux miens, à mes enfants, le pourquoi de notre histoire. Pourquoi j’ai quitté l’Algérie, pourquoi je suis resté fidèle à la France. » Vis-à-vis de ces hommes et de ces femmes, nous avons un devoir de vérité. C’est à cela que devra servir la Fondation. Songeons à la façon dont, après la Seconde Guerre mondiale, la France de De Gaulle et l’Allemagne d’Adenauer ont, à partir de 1963, organisé leur réconciliation.

  • Est-ce à dire que cette fondation a vocation à écrire – voire à réécrire – l’histoire ?

En aucun cas. La Fondation est au service de l’histoire. Elle doit faire avancer la recherche historique et être ouverte à tous. La réconciliation ne passe ni par l’oubli ni par la falsification de la réalité, mais par le fait de regarder les réalités. La Fondation doit être ouverte à tous : historiens, scientifiques, militaires français, harkis, rapatriés, proches du FLN ou sympathisants de l’OAS.

  • Pensez-vous vraiment pouvoir faire dialoguer les ennemis d’hier ?

Chacun pourra venir dire « sa » vérité. Continuer, comme on le fait aujourd’hui, à mettre un mouchoir sur ces événements, ce n’est pas la solution ! La Fondation doit être un lieu de débat ouvert à tous, y compris aux Algériens.

  • Comment les autorités algériennes perçoivent-elles cette fondation ?

Il n’y a pas de réaction officielle, et surtout pas de réactions négatives. Celles des différentes associations mémorielles d’Algérie sont plus contrastées.

  • L’enseignement sur la guerre d’Algérie est, en France, très limité…

Il faut respecter l’institution scolaire. Mais la Fondation peut offrir à l’Education nationale des ressources complémentaires, des moyens documentaires. On peut imaginer la création d’un concours sur le modèle de celui dédié à la mémoire de la déportation, auquel 40.000 jeunes participent chaque année.

[...]

Propos recueillis par Philippe Cohen-Grillet