Histoire coloniale et postcoloniale

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Gaza : la communauté internationale doit prendre ses responsabilités

lundi 25 août 2014

Michel Tubiana président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme, demande à la communauté internationale de prendre enfin les mesures nécessaires pour qu’Israël respecte le droit international.

C’est ce que le président de l’AFPS — Association France Palestine Solidarité — attend du pro­chain Conseil de l’Union Euro­péenne du 30 août, ainsi qu’il l’a écrit dans la lettre qu’il a adressée à François Hollande.

Michel Tubiana sur Gaza :
"Tirer sur des civils est un crime de guerre"

[Propos recueillis par ?Damien Roustel, L’Humanité, le 22 août 2014]


« Il faut que la communauté internationale prenne ses responsabilités car s’il est une chose qu’elle ne fait pas depuis maintenant des décennies dans cette affaire qui dure depuis longtemps, c’est bien cela. C’est elle qui a créé l’État d’Israël. À elle de prendre les mesures nécessaires pour que cet État respecte le droit international comme n’importe quel autre État. J’attends la création d’une force d’interposition sous mandat de l’ONU. Cette instance doit enfin être investie dans les accords de négociations. Il est clair que le champ d’activités de l’ONU pourrait être immense. Il faut faire pression sur le gouvernement français. C’est le minimum minimorum. Si la communauté internationale se met d’accord, il ne sera pas très compliqué de régler ce conflit. Je vois mal qu’Israël puisse à lui seul décider de se rebeller contre la totalité de la communauté internationale.

Le problème, aujourd’hui, c’est qu’Israël dispose d’un parrain absolu qui le couvre systématiquement, qui sont bien évidemment les États-Unis. Et puis, Israël dispose du soutien d’autres États pour des raisons diverses qui tiennent à l’histoire et aux rapports de forces d’aujourd’hui. Ils passent leur temps à tenir des discours et à ne pas les convertir en actes. Je pense à l’Union européenne qui ne cesse de payer la reconstruction des biens palestiniens que les Israéliens ne cessent de détruire. Il faudra bien que la communauté internationale, qui s’est donné les moyens de créer une Cour pénale internationale, apprenne que ne peuvent rester impunies les morts de femmes et d’enfants. Tirer sur des civils, quelle que soit leur nationalité, est un crime de guerre passible en tant que tel de la Cour pénale internationale. Il faut donc que celle-ci intervienne. Par ailleurs, l’urgence sanitaire, alimentaire et économique impose la levée du blocus pour que Gaza puisse respirer. Aujourd’hui, Gaza est comme un cœur qui bat de moins en moins, qui fibrille de plus en plus parce que tout le monde appuie dessus en l’enfermant dans une caisse. Tant que nous ne serons pas en mesure de faire pression sur nos propres gouvernements et que ceux-ci ne se décideront pas à imposer une politique au niveau international, les choses continueront à aller de mal en pis. »

Lettre adressée à François Hollande [1]

Mon­sieur François HOL­LANDE Pré­sident de la Répu­blique
55 Rue du Fau­bourg Saint- ??Honoré 75008 Paris

Paris, le 14 août 2014

Objet : Conseil de l’Union Euro­péenne du 30 août 2014 ?– ?position sur la Palestine

Monsieur le Président de la République,

Le pro­chain Conseil de l’Union Euro­péenne va se tenir le 30 août pro­chain. Il est bien sûr essentiel que la situation en Israël et Palestine et par­ti­cu­liè­rement à Gaza soient à l’ordre du jour de ce Conseil.

L’Europe a une res­pon­sa­bilité toute par­ti­cu­lière dans la recherche d’une paix juste entre Pales­ti­niens et Israé­liens. La position de l’Europe qui ressort des conclu­sions du Conseil de l’Union du 15 juillet et du Conseil Affaires Etran­gères du 22 juillet, en ne pro­nonçant aucune condam­nation claire de l’agression israé­lienne contre la popu­lation de Gaza, n’a fait qu’encourager l’Etat d’Israël à com­mettre plus de mas­sacres et de destructions.

Il n’est pas accep­table non plus de laisser les Pales­ti­niens, peuple occupé, et Israël, puis­sance occu­pante et grande puis­sance mili­taire, dis­cuter face à face les condi­tions d’une trêve sans que l’Europe ne fasse entendre sa voix.

L’Europe doit parler à haute et intel­li­gible voix et mani­fester clai­rement sa volonté poli­tique : le Conseil de l’Union Euro­péenne du 30 août est l’occasion de le faire, et la France doit en être un des artisans principaux.

Les prin­cipaux élé­ments d’un dis­cours cohérent de l’Europe ont déjà été affirmés dans de nom­breuses prises de position antérieures :

  • l’Europe a maintes et maintes fois condamné le blocus de Gaza, punition col­lective contre tout un peuple, mais sans se donner les moyens d’être entendue : on en voit le résultat aujourd’hui ;
  • l’Europe, dans les conclu­sions du Conseil des Affaires Étran­gères du 12 mai, a exprimé sa confiance dans le gou­ver­nement pales­tinien d’entente nationale : quelques jours après la consti­tution de ce gou­ver­nement, Israël est parti en guerre pour le décon­si­dérer par tous les moyens, par des actions vio­lentes et des bom­bar­de­ments en Cis­jor­danie et à Gaza. Le soutien au pro­cessus de récon­ci­liation inter- ??palestinienne a été réitéré par le Conseil des Affaires Etran­gères du 22 juillet, qui a de plus sou­ligné que ce gou­ver­nement devait prendre en charge la Bande de Gaza ;
  • le statut pri­vi­légié d’Israël par rapport à l’Union Euro­péenne est inti­mement lié au respect des droits de l’Homme par Israël, comme le stipule notamment, dans son article 2, l’Accord d’Association entre Israël et l’Union Européenne.

Mon­sieur le Pré­sident, aucune sortie de la crise actuelle n’est pos­sible sans une levée immé­diate du blocus et du siège de Gaza ; après ce que la popu­lation pales­ti­nienne de Gaza a subi ces der­nières semaines, il est tout à fait normal qu’aucun préa­lable ne soit accepté par les parties pales­ti­niennes. Laisser Israël imposer des préa­lables, c’est se résigner à ce blocus sans fin.

Taoufiq Tahani
Président de l’AFPS