Histoire coloniale et postcoloniale

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Jean-Claude Gaudin : « de Villiers [...] a toujours été très net vis-à-vis du Front national, et nous aussi »

jeudi 27 août 2009

Le maire de Marseille et Philippe de Villiers ont en commun d’avoir longuement fréquenté le Front national. C’est son alliance avec l’extrême droite qui a permis à Jean-Claude Gaudin de devenir président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte-d’Azur, le 25 avril 1986. Il a ainsi pu gérer la région, avec le concours du Front national qui comptait plusieurs vice-présidents. Deux ans plus tard, lors des élections législatives, Jean-Claude Gaudin passait des accords de désistement réciproque avec le Front national – cela a permis à la droite locale de conserver certains sièges de députés.

De son côté, le président du Mouvement pour la France n’a jamais renié sa proximité idéologique avec le Front national.

Aujourd’hui, Jean-Claude Gaudin fait entrer Philippe de Villiers dans le comité de liaison de la majorité présidentielle. Un moyen de recycler le président du MPF dont le discours intolérable sur l’immigration se trouve ainsi légitimé a posteriori. Un moyen également de le conforter dans son rôle de passerelle entre l’extrême droite la plus dure et la majorité présidentielle.

[Mise en ligne le 24 août, complétée le 27 août 2009]


La LICRA désapprouve le recyclage de de Villiers par la majorité présidentielle :

Communiqué de la LICRA

le 13 Août 2009

Pour la LICRA, tenter de récupérer l’électorat d’un parti connu pour ses positions anti-européennes et son discours intolérable sur l’immigration est une chose, recycler le leader de ce parti et lui permettre de se racheter ainsi un brevet de bonne conduite et d’honorabilité en est une autre.

Pour la LICRA, le discours politique de l’UMP ainsi que celui de la Majorité présidentielle n’ont rien à gagner à l’arrivée du supplétif Philippe de Villiers, sauf à « droitiser » voire « extrême-droitiser » leurs propres discours. C’est pour l’UMP cautionner a posteriori les propos intolérables et racistes de M. de Villiers sur ceux qui « se reproduisent comme des rats ».

La LICRA et son président Patrick Gaubert rappellent que M. de Villiers fut expulsé vigoureusement de la manifestation qu’elle organisait en février 2006 après l’assassinat d’Ilan Halimi alors que M. de Villiers tentait d’y imposer sa présence.

Patrick Gaubert rappelle également qu’il a combattu au Parlement européen, en tant que député du groupe UMP, les discours anti-européen et anti-immigré de M. de Villiers.

Un point de vue que ne partagent ni Eric Besson ni Jean-Claude Gaudin :

Le ministre de l’Immigration a rencontré Philippe de Villiers fin juillet : «  Je ne le connaissais pas. Je l’ai trouvé subtil, complexe et érudit. Je n’ai rien contre la personne. Et il faut en finir avec les clivages oui-non, droite-gauche. Je suis bien dans cette majorité, je le revendique. » [1]

De son côté, Jean-Claude Gaudin, vice-président du Sénat, déclare : « Il est clair que nous n’avons pas tous les mêmes idées que Philippe de Villiers, mais nous voulons un large rassemblement en vue des échéances électorales. Et M. de Villiers n’est pas l’extrême droite. »
Le vice-président du Sénat, qui s’attellera en septembre à l’élaboration des listes pour les régionales de 2010, souligne qu’il faut « ouvrir les bras à tous ceux qui veulent nous rejoindre ».
« On veut se rassembler, on veut s’unir, ce sont les consignes, la volonté du président de la République », a souligné M. Gaudin.

« Quand M. de Villiers constate que, globalement, l’action du président de la République et du gouvernement lui donne satisfaction, eh bien il se rapproche de nous » et « s’il fait un pas vers nous, nous nous devons lui tendre la main », a-t-il dit.

« s’il fait un pas vers nous, nous devons lui tendre la main »

M. Gaudin a exclu toute dérive vers l’extrême droite : « M. de Villiers n’est pas de l’extrême droite. Il a toujours été très net vis-à-vis de Front national et nous aussi, par conséquent ça s’arrête là ». [2]

Jean-Claude Gaudin, expert en recyclage :

En 2004, il recyclait Daniel Simonpieri

Après avoir été réélu conseiller général, Daniel Simonpieri, maire de Marignane (élu maire en 1995 sous l’étiquette FN, avant de passer au MNR), rejoint le groupe UMP-UDF du conseil général des Bouches-du-Rhône. C’est arrivé le 1er avril 2004 [3].

Pour les municipales de 2008, Jean-Claude Gaudin impose l’investiture de Simonpieri au nom de l’UMP Le député UMP de la circonscription, Eric Diard, proteste et rappelle que Simonpieri avait inauguré dans sa ville une stèle en hommage aux généraux putschistes d’Algérie et aux membres de l’OAS. Diard a été élu maire de Marignane, à la tête d’une liste qui a largement devancé la liste UMP officielle de Simonpieri.

Une histoire qui est toujours d’actualité :

« Il ne s’agit pas d’histoire ancienne. La coopération électorale entre la droite et le FN a constitué une des racines de la légitimation de ce parti et de son irruption à la présidentielle d’avril 2001. La campagne de Sarkozy en 2007 a prolongé cette entreprise d’intégration des thèmes d’exclusion portés par l’extrême-droite. »


« Samedi 22 avril 2006, Nicolas Sarkozy avait ravi les nouveaux militants de son parti en déclarant “Si certains n’aiment pas la France, qu’ils ne se gênent pas pour la quitter”. Soit le décalque d’un vieux slogan lepéniste – “La France, aimez-la ou quittez-la” – lui-même repompé par Philippe de Villiers en 2005 sur ses affiches. » [Antoine Guiral] [4]

Cliquez ici pour entendre Jean-Claude Gaudin déclarer le 18 août 2009 sur France Info que : « M. de Villiers n’est pas de l’extrême droite. Il a toujours été très net vis-à-vis de Front national et nous aussi, par conséquent ça s’arrête là » (5’ 41”). [5]


De Villiers recycle un ancien dirigeant du GUD  [6]

Benoît Fleury, professeur de droit dont la nomination à l’université de Poitiers avait fait grand bruit en 2008, va devenir le directeur des affaires juridiques du conseil général de Vendée.

Des membres de l’opposition dénoncent la mise en place d’un « laboratoire extrémiste » dans le département. En effet Benoît Fleury avait présidé le GUD (Groupe union défense ou droit, selon les versions) à Assas, entre 1995 et 2000 [7].

Ce n’est pas le premier ancien militant d’extrême-droite à rejoindre la garde rapprochée de Philippe de Villiers. Guillaume Peltier, ancien membre des jeunesses frontistes, était devenu porte-parole du MPF avant de rejoindre l’UMP, alors que Jacques Bompard, ex-MNR, s’est lui aussi rallié à de Villiers.


[1« A l’UMP, Besson n’a rien contre de Villiers », La Provence du 19 août 2009

[2« Critiques de Boutin sur l’alliance UMP-MPF-CPNT », Le Point du 18 août 2009.

[3Référence : article 40.

[4Extrait de « Nicolas Sarkozy, comme Philippe de Villiers, braconne sans complexe sur les terres de Le Pen », par Antoine Guiral, Libération du mardi 25 avril 2006 : voir cette page.

[5Si ce lien ne fonctionnait pas, vous pouvez aller sur France-Info.

[6Ajouté le 27 août, d’après un article de Sylvain Mouillard, publié sur Libération.fr, le 26/08/2009 à 15h42.

[7Ce violent groupuscule d’extrême-droite, créé en 1968, avait été dissous au début des années 2000.