Histoire coloniale et postcoloniale

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Mali : et maintenant ?

jeudi 4 avril 2013

Le Conseil de sécurité des Nations unies
se penche sur la situation au Mali, un pays dont les trois quarts des 15 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et qui compte plusieurs centaines de milliers de personnes déplacées ou réfugiées dans les Etats voisins.

La situation sécuritaire y demeure incertaine et notamment du fait du comportement de militaires maliens. Confirmant les inquiétudes manifestées par le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a recueilli près de Tombouctou les témoignages de personnes portant des marques de tortures que leur auraient infligées des militaires maliens qui les soupçonnaient d’être des partisans de groupes terroristes armés. "Le recours à la torture par des soldats qui ont précisément pour mandat de restaurer la sécurité dans le nord du Mali ne peut qu’aggraver une situation déjà difficile", a déclaré l’organisation [1].

Lors de son intervention télévisée de jeudi 28 mars sur France 2, François Hollande avait émis deux signaux contradictoires à propos de la crise malienne. Il avait en effet tenu à se démarquer de la Françafrique, en affirmant que le « temps où la France désignait des chefs d’Etat en Afrique est révolu » tout en se déclarant « intraitable » sur le respect d’un calendrier électoral : « nous voulons qu’il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet.  » [2]

Les voix opposées à l’intervention militaire française restent minoritaires mais continuent à se faire entendre : les propos d’Aminata Traoré au Forum social mondial de Tunis, ainsi qu’un “appel citoyen”, sont repris ci-dessous ...

Communiqué du HCDH

Le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme s’inquiète de la montée des représailles exercées par les troupes maliennes

[12 mars 2013] — La récente intervention militaire lancée dans le nord du Mali a été suivie d’une escalade sérieuse des représailles de la part des troupes gouvernementales, qui semblent prendre pour cible des membres de divers groupes ethniques perçus comme des partisans des groupes armés, a indiqué mardi un responsable des Nations Unies.

La Haut Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’homme, Kyung-Wha Kang, a confirmé mardi devant le Conseil des droits de l’homme que les Peules, les Touaregs et les Arabes était particulièrement visés : « La situation a été exacerbée par la propagation d’une rhétorique incendiaire, notamment dans les médias, qui stigmatise les membres de ces communautés, dont des milliers auraient pris la fuite de crainte de représailles de la part de l’armée malienne. »

« Ceux qui restent dans le pays redoutent d’être pris pour cible non pas pour ce qu’ils auraient fait, mais pour ce qu’ils sont », a expliqué Mme Kang, tandis qu’elle présentait le dernier rapport en date de la Haut Commissaire sur la situation des droits de l’homme au Mali.

Ce document s’appuie sur des témoignages recueillis en novembre 2012 dans ce pays, ainsi qu’au Burkina Faso, en Mauritanie et au Niger. La période couverte s’étend de janvier à novembre 2012, pendant laquelle plusieurs groupes armés – Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Ansar Dine et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) notamment – ont imposé une stricte application de la loi islamique.

Cette situation a entraîné de graves violations des droits de l’homme, des exécutions sommaires, des viols punitifs « pour piété insuffisante » et des tortures, ainsi que des amputations au nom d’une interprétation particulière de la charia. Le rapport signale aussi des allégations d’exécutions extrajudiciaires, par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) notamment.

Mais le rapport, a insisté Mme Kang, attire aussi l’attention sur les violations des droits de l’homme dans les régions sous contrôle gouvernemental, notamment en ce qui concerne l’exercice de la justice, la liberté d’expression et le droit à l’information.

Aussi a-t-elle appelé les autorités à protéger les communautés à risques, avant de préciser que le Haut Commissariat aux droits de l’homme avait, de son côté, commencé de renforcer son équipe chargée de surveiller la situation sur le terrain.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime à plus de 200.000 le nombre de personnes déplacées et à 45.000 celui des réfugiés dans les pays voisins.

Aminata Traoré critique l’intervention militaire française au Mali

Lors du Forum social mondial, fin mars à Tunis, la militante altermondialiste malienne Aminata Traoré, renouvelant les critiques qu’elle avait formulées dès novembre 2012, a mis en cause l’opportunisme de l’intervention militaire française au Mali, conséquence selon elle de l’opération militaire engagée par Nicolas Sarkozy en Libye.



Une initiative citoyenne

Un groupe de citoyens, auteurs d’un appel-pétition pour la paix, s’adresse aux députés qui devront bientôt se prononcer pour ou contre la poursuite de la guerre au Mali.

Les signataires de cet appel invitent chacun d’entre nous à intervenir dans ce sens auprès de son député[e].