Histoire coloniale et postcoloniale

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Michèle Alliot-Marie favorite pour le prix colonialiste de l’année 2010

jeudi 17 février 2011, par nf

Pour la sixième année consécutive, la Semaine anticoloniale va se dérouler à Paris (20e). Cette semaine se veut à la fois forum de discussion et moment d’initiatives concrètes, politiques et culturelles. Elle vise à fédérer tous ceux pour qui l’anticolonialisme n’est pas seulement une commémoration de quelques grands événements mais également l’expression vivante des luttes d’aujourd’hui et de demain.

Les événements historiques qui se développent de l’autre côté de la Méditerranée donnent une coloration toute particulière à cette sixième semaine anticoloniale. Et les organisateurs feront du 26 février, point d’orgue de la semaine, une manifestation de solidarité avec les peuples de cette région et une dénonciation de la politique étrangère du gouvernement.

Le programme de la semaine comporte en particulier la désignation des lauréats du prix du “colonialiste de l’année” et du prix “Françafrique”. Tout le monde peut voter (cliquer). Les résultats seront proclamés, samedi 19 février, lors du « Salon anticolonial », à la Bellevilloise (19-21 rue Boyer, 75020 Paris, métro Gambetta). Le lauréat se verra remettre le « casque colonial » (le programme).

Les nominés

Les nominés de l’année 2010 sont : Brice Hortefeux, Eric Zemmour, Hubert Falco, Michèle Alliot Marie, Riposte laïque et Jean-Paul Guerlain.
Vous trouverez ci-dessous de brèves présentations des candidats individuels.

Brice Hortefeux – Visage sécuritaire gouvernemental chargé de plaire à l’électorat de l’extrême droite. Après avoir inauguré le ministère de l’immigration et de l’identité nationale, il cumule maintenant ces fonctions avec celles de ministre de l’intérieur. Deux condamnations figurent déjà à son palmarès, l’une pour atteinte à la présomption d’innocence et l’autre pour propos racistes : pour lui, les Français issus de l’immigration, « quand il y en a un, ça va... c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ! ».

Jean-Paul Guerlain – Ses propos racistes au journal télévisé : "Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin..." témoignent, si besoin en était, de la permanence des représentations coloniales dans notre société.

Eric Zemmour – Habitué des dérapages et discours réactionnaires, il se pose en victime pour continuer à sévir. Sa spécialité est de rendre les principales victimes des discriminations responsables du sort qui leur est fait. Pour lui, Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs ou arabes. [1]

Michèle Alliot-Marie – Adepte de la manière forte en termes de « techniques de maintien de l’ordre », elle a suggéré en janvier que « le savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, permette de régler des situations sécuritaires de ce type ». « C’est la raison pour laquelle nous proposons effectivement aux deux pays [l’Algérie et la Tunisie] de permettre dans le cadre de nos coopérations d’agir pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l’assurance de la sécurité. »

Hubert Falco – L’ancien secrétaire d’Etat aux anciens combattants a lutté sans relâche pour la réhabilitation de la « nostalgie coloniale ». Habité par une vision colonialiste décomplexée, il a su déclarer qu’il savait « ce que les Français d’Algérie ont apporté à ce beau et grand pays » – l’Algérie –, il a témoigné sans honte de son soutien aux nostalgiques de l’OAS, il a honoré comme il pensait devoir le faire d’un éclairage tricolore le monument de Toulon qui rend hommage aux “martyrs de l’Algérie française”…

Entre les deux ...

Difficile de déterminer entre ces deux excellents nominés que sont Hubert Falco et Michèle Alliot-Marie, lequel est le meilleur. Deux éléments importants doivent être pris en compte :

  • le goût amer laissé par l’installation foireuse de « la Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie, prévue par la loi du 23 février 2005 »,
  • le fait que c’est précisément Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense du gouvernement Raffarin, qui a déposé le 10 mars 2004 le projet de loi qui devait devenir la fameuse loi du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ».

Certes de nombreux Toulonnais sont des supporters enthousiastes d’Hubert Falco. Mais le choix de Michèle Alliot-Marie comme “colonialiste de l’année 2010” ne serait-il pas porteur d’une plus grande signification universaliste ?


Dimanche 20 février 2011 à 16h, le Prix du Livre Anticolonial 2011 sera remis aux deux lauréats ex æquo :

  • Y a bon les colonies. La France sarkozyste face à l’histoire coloniale, l’identité nationale et l’immigration, Alain Ruscio
    (éd. Le Temps des Cerises, 2011)
  • Kamerun, la guerre cachée de la France en Afrique Noire (1968-1971), Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsita (éd. La Découverte, octobre 2010).

L’association Ishtar, les librairies Le Point du Jour et Envie de Lire remettront leurs prix dimanche 20 février 2011, à 16h, dans la salle La Bellevilloise (19/21 rue Boyer – Paris 20e) dans le cadre de la Semaine anticoloniale 2011.


[1[Ajouté le 18 février 2011] – Le chroniqueur Eric Zemmour a été condamné vendredi 18 février à une amende avec sursis de 2.000 euros pour provocation à la haine ou à la discrimination raciale après ses propos sur les « noirs et les arabes ».