Histoire coloniale et postcoloniale

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Nice célèbre le cinquantième anniversaire de l’exode des Français d’Algérie

lundi 20 février 2012

Comment faut-il comprendre Christian Estrosi quand il déclare à propos de la célébration du cinquantenaire de “l’exode d’un million de personnes” : «  Tout n’a pas été dit sur cette période. Il reste bien des choses à dire. Et ce qui doit être dit doit être dit à Nice [1] » ?

Cette question se pose pour différentes raisons. En effet, le député-maire de Nice s’était ému il y a quelques jours de la tenue dans sa ville d’un colloque organisé par la LDH les 10 et 11 février 2012, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, et il avait fait aussitôt connaître sa « totale désapprobation quant à cette démarche, qui ne s’inscrit en aucune manière dans le cadre ou l’esprit, de la commémoration du Cinquantenaire à Nice ».

En octobre 2011 déjà, Christian Estrosi avait interpellé le consul d’Algérie à Nice pour lui exprimer son étonnement face à l’organisation d’une conférence sur les événements du 17 octobre 1961 « qu’un certain nombre de ses administrés considèrent comme une provocation susceptible de générer des tensions ».

En revanche, pour le cinquantenaire du putsch d’Alger en avril dernier, il avait permis aux nostalgiques de l’OAS de fleurir le mémorial dédié “aux martyrs de l’Algérie française” du jardin d’Alsace-Lorraine – monument qui rend notamment hommage à Roger Degueldre, responsable des “commandos Delta” qui assassinèrent six dirigeants des centres sociaux-éducatifs à Alger, le 15 mars 1962.

Un détail du mémorial de Nice

La municipalité niçoise a prévu de célébrer le cinquantenaire de l’“exode”. Le programme officiel précise que la commémoration doit se dérouler « sous le sceau de l’exigence mémorielle et du recueillement ». Un élément important sera sans doute l’érection sur la Promenade des Anglais d’un monument à la mémoire des Pieds-Noirs – « un monument qui regardera de l’autre côté de la mer » et qui sera inauguré le 30 juin prochain.

La première annonce de ce projet a été faite en décembre dernier :

Pieds-Noirs : un monument qui regardera de l’autre côté

par V. M., Nice Matin, le 14 décembre 2011 [2]


A l’occasion des dix ans de la Chaire algérianiste, Christian Estrosi a annoncé son édification, l’année prochaine sur la Promenade des Anglais, face à la mer.

Ambiance émotion, dans l’amphithéâtre du MAMAC où, devant de nombreux Pieds-Noirs, ont été célébrés les dix ans d’existence de la Chaire algérianiste en présence de Christian Estrosi, député-maire de Nice et d’Agnès Rampal, adjointe déléguée aux Rapatriés.

Basée au CUM [3], cette chaire, fondée par le professeur Fernand Destaing et présidée, depuis 2007, par Émile Serna, inspecteur général honoraire de l’Éducation nationale, s’attache à retracer le passé de l’Algérie au travers de conférences.

Pour faire toute la lumière sur la présence française en Algérie

« Permettre aux enfants et petits-enfants de Pieds-Noirs d’aller à la recherche de leurs racines, explique Émile Serna. Non, nous n’avons pas à rougir de notre œuvre bâtie dans la sueur, le sang et les larmes. »

Saluant « l’objectivité irréprochable » des travaux et recherches menés par la Chaire algérianiste, Christian Estrosi a souligné que les conférences « sont suivies par un public fidèle, fier de son passé là-bas  ».

Profitant de cette célébration, le député-maire a annoncé la célébration, l’an prochain, d’un autre anniversaire à marquer d’une pierre blanche pour la communauté : le cinquantenaire du rapatriement.

Lancement d’un concours d’artistes

« Nice se hissera à la hauteur de cet événement puisque les commémorations seront placées sous le haut patronage de Nicolas Sarkozy. Ces cérémonies s’attacheront à rendre hommage à l’œuvre que vous avez entreprise de l’autre côté de la Méditerranée. »

Et de révéler, sous les applaudissements du public, la construction d’un «  monument sur la Promenade des Anglais, face à la mer, qui regardera de l’autre côté ». Pour cela, la Ville entend lancer dès janvier, un concours d’artistes, avec un cahier des charges précis. Et ce sera à un jury composé de Pieds-Noirs, de sélectionner parmi les œuvres présentées, celle à réaliser.

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Émile Serna, président de la Chaire algérianiste
« Viscéralement attachés à l’Algérie »

Pour fêter les 10 ans de la Chaire algérianiste, son président, Émile Serna, a donné une conférence sur le thème « des problèmes de l’eau à Oran », avant d’évoquer le personnage de l’abbé Lambert [4].

  • La Chaire algérianiste est unique en France ?

Oui. Elle a été créée par le Cercle algérianiste, la Ville et le CUM pour porter à la connaissance du grand public l’histoire de l’Algérie. Au travers de conférences, tous les thèmes sont abordés : l’urbanisation, les problèmes de santé, mais aussi les courants littéraires, artistiques, etc.

  • Et le public suit ?

Oui et c’est un public fidèle, composé de Pieds-Noirs d’Algérie, mais aussi du Maroc, de Tunisie. Les sujets de nos conférences sont à même d’intéresser les jeunes. Parce qu’ils traitent de la réalité algérienne à travers l’œuvre du romancier et poète espagnol Miguel de Cervantès (Don Quichotte de la Mancha, Nouvelles exemplaires, etc.) C’est aussi une manière de revivre notre passé et d’informer la jeune génération de ce qu’a été notre vie là-bas.

  • Le cinquantenaire du rapatriement, un anniversaire pour vous ?

Une commémoration. D’ailleurs, nous préférons le terme exode. Rapatriement signifie retour vers la patrie. Or, beaucoup de Pieds-Noirs sont morts là-bas sans avoir connu la France, comme le père d’Albert Camus, par exemple. D’autres, tout aussi nombreux, l’ont découverte pour t’avoir défendue durant les deux guerres mondiales.

  • L’émotion sera présente pour cette commémoration ?

Bien sûr. Même si nous avons vécu plus de temps en France, l’Algérie restera pour nous, Pieds-Noirs, viscéralement ancrée en nous. C’est notre terre. Celle de nos racines.

Le projet est confirmé en janvier :

Un monument aux Rapatriés sur la Prom’ en face du CUM

par Philippe Fiammetti, Nice Matin, le 21 janvier 2012


Présentation du programme du cinquantenaire du rapatriement des Français d’Algérie, au palais Masséna devant un parterre de pieds-noirs. (Yannis Benhamed)

30 juin 2012 à 17 heures. Les regards des pieds-noirs et des harkis se tourneront vers la Promenade des Anglais, se fixeront sur le trottoir sud, face à la mer. C’est à cet instant que sera dévoilé le monument érigé en hommage à tout un peuple victime d’un douloureux exode. Un peuple qui, chassé d’une rive, a appris à revivre sur l’autre rive.

Et notamment dans cette Baie des Anges où le maire de l’époque, Jean Médecin, leur a tendu les bras. Sur les 60 000 rapatriés en exil sur la Côte d’Azur, 40 000 ont élu Nice comme nouvelle terre natale. Ce ne fut pas un hasard.

Ce monument voulu par le maire actuel sera en quelque sorte la pierre angulaire du cinquantenaire du rapatriement des Français d’Algérie célébré à Nice en cette année mémorielle. Des manifestations qui, placées sous le haut patronage du président de la République, seront investies d’une dimension nationale.

On connaîtra ce 15 mars le nom de l’artiste choisi par le jury pour incarner la mémoire de ce passé, ses malheurs mais aussi ses grandeurs, les œuvres accomplies. La sculpture regardera l’horizon, là-bas vers le sud, vers cette terre abandonnée mais jamais oubliée.

Hier, Christian Estrosi a levé le voile sur le lieu où l’œuvre sera posée : le trottoir sud de la Prom’, en face du Centre Universitaire Méditerranéen. Tout un symbole. La proximité de ce temple d’un savoir universel donnera sans nul doute une dimension elle aussi universelle à ce monument.

Colloques, festival de cinéma, théâtre...

Cette inauguration du 30 juin, suivie de plusieurs festivités le 1er juillet, sera l’un des jalons d’une année entière dédiée aux Français d’Algérie : colloques historiques et scientifiques avec les plus éminents spécialistes, dès ce 26 janvier, festival de cinéma baptisé « Nostalgérie », création au théâtre national de Nice autour de textes d’Albert Camus et de Mouloud Feraoun, hommage aux littératures d’Afrique du Nord, célébration des traditions culinaires d’Algérie, de Tunisie et du Maroc, etc.

Le député-maire a évoqué les racines, l’histoire à retrouver à travers cette commémoration, un demi-siècle après : « Les petits-enfants des Français d’Algérie, désormais Niçois, veulent savoir, veulent comprendre. Ils posent des questions et ils ont raison. Les pages écrites par les Français d’Algérie là-bas, sur l’autre rive, méritent d’être lues. Les rapatriés et les harkis ne doivent pas être, ne seront pas les oubliés de l’histoire ».

Pour Agnès Rampal, l’adjointe déléguée aux Rapatriés, arrachée à l’Algérie à l’âge de six ans avec sa famille, ce cinquantenaire sera aussi l’occasion « pour nous les enfants, de dire merci à nos parents, eux qui ont tout fait pour qu’on puisse vivre heureux et s’épanouir en France, en dépit des malheurs de l’histoire ».

Des parents et des enfants qui, a rappelé Eric Ciotti, député, président du conseil général, ont participé avec tant d’ardeur à l’essor de la Côte d’Azur au cours de ce demi-siècle écoulé.

Mais certains Pieds-Noirs ont déjà déclaré : « Nous ne voulons pas de son mémorial ... nous ne voulons pas de sa fête du cinquantenaire, alors que nous serons en deuil. »

à suivre ...


[1Nice-Matin daté du 20 février 2012.

[3[Note de LDH-Toulon] – Le C.U.M., Centre Universitaire Méditerranéen, est un établissement municipal, sur la promenade des Anglais, qui offre au grand public des conférences, concerts, colloques, tables rondes… ainsi que des animations pour enfants et adolescents.

[4[Note de LDH-Toulon] – Voir 1898 : l’embrasement antijuif en Algérie.