Nice : le maire et le préfet laissent célébrer le putsch d’avril 1961


article  communiqué de la section de Nice de la LDH  de la rubrique extrême droite > nice et son mémorial
date de publication : lundi 25 avril 2011


En dépit des nombreuses protestations qu’il a suscitées, un rassemblement a pu se tenir à Nice, samedi 23 avril 2011, dans le jardin Alsace-Lorraine, devant le monument où est gravé le nom de Roger Degueldre, chef des commandos delta de l’OAS. Il s’agissait de célébrer le soulèvement contre la République des généraux à Alger en avril 1961.

Après le succès de la rencontre organisée le 20 avril dernier par les organisations regroupées autour de la section de Nice de la LDH, cet épisode montre le travail de vérité qu’il reste à faire pour que la guerre d’Algérie soit considérée pour ce qu’elle a été. L’aspect guerre coloniale–guerre d’indépendance de ce conflit, dont le cinquantenaire de la fin sera célébré l’an prochain, doit être reconnu. Tout en s’inclinant devant toutes les victimes, la section de Nice de la Ligue des droits de l’Homme, envisage l’organisation en 2012 d’une rencontre permettant de développer une réflexion sur les séquelles aujourd’hui de ce conflit colonial, dans le respect de la vérité historique.

[Mis en ligne le 24 avril 2011, mis à jour le 25]


Communiqué de la section de Nice de la LDH

dimanche 24 avril 2011

Avec l’aval du maire Christian Estrosi,
un hommage au putsch d’Alger a eu lieu à Nice

En dépit des multiples protestations provoquées par l’annonce par certaines associations proches de l’extrême droite de leur intention de célébrer le soulèvement contre la République des généraux à Alger en avril 1961, un tel rassemblement a eu lieu à Nice samedi 23 avril, dans le jardin Alsace-Lorraine, devant le monument où est gravé le nom du chef des tueurs de l’OAS Roger Degueldre “symbole de l’Algérie française".

Malgré le succès de la réunion organisée par la section de Nice de la LDH le 20 avril [*], avec le soutien de nombreuses associations :

Les Alternatifs,
Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons,
Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS
Association Nationale des Pieds Noirs Progressistes et leurs Amis
Association des Amis de la Démocratie,
ACR, ADN, Attac, CGT, FASE,
Association des Anciens Appelés en Algérie Contre la Guerre
Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie Maroc et Tunisie
Grand Orient de France,
LDH, MRAP, Nicea, NPA, Parti de Gauche, PCF, SUD-PTT, ADLPF,UFAL,Vie & partages,

malgré le rassemblement de protestation qui a eu lieu sur place le 22 avril, des personnes ont pu se livrer à un éloge public de cette insurrection contre les institutions républicaines.

Le préfet a fait mine de considérer ce rassemblement comme illégal tout en ne faisant rien pour l’empêcher.
Le maire, qui avait accepté de fermer les grilles du jardin à la demande d’élus scandalisés, les a fait rouvrir afin de permettre au rassemblement de s’y dérouler.

Cela suscite l’indignation de tous les citoyens attachés aux valeurs de la République.
Ils ne comptent pas en rester là et vont poursuivre leurs efforts pour dire la vérité sur la colonisation ainsi que sur la barbarie de l’OAS qui a marqué ses derniers moments.

D’ores et déjà, la section de Nice de la Ligue des droits de l’Homme, en lien avec toutes les associations républicaines, prépare une rencontre sur le thème de la reconnaissance des réalités de cette période de notre histoire et de la réflexion sur ses conséquences aujourd’hui. Pour en finir avec la répétition des mythes et l’instrumentalisation des douleurs.

[*] La rencontre s’est déroulée mercredi 20 avril à 18h30, à l’Hôtel Splendid, 50 boulevard Victor Hugo, à Nice. Le site internet de la LDH de Toulon rend compte de cette réunion de protestation ainsi que des autres réactions citoyennes.

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Communistes, altermondialistes et associatifs se sont rassemblés hier pour s’insurger contre la commémoration (photo F. Lec)

Une contre-manifestation

Hier [22 avril], des opposants à cette commémoration se sont regroupés devant la stèle. Avec ce slogan en lettres noires sur une immense banderole : « Non à la réhabilitation de la colonisation et de l’OAS ».

Venus dénoncer « des amalgames inacceptables », élus et militants communistes, altermondialistes ou associatifs ont occupé le terrain en silence pendant quelques minutes. « Pour marquer notre désapprobation face à cette tentative de révision de l’Histoire », a expliqué l’alternatif Bruno della Sudda. « Et pour que Nice ne soit pas demain la capitale des nostalgiques de l’OAS », ont ajouté Denise Vanel, de la Ligue des droits de l’Homme, et Cécile Dumas, du PCF.

Parmi les manifestants, Modeste Alcaraz, de l’Association nationale des pieds-noirs progressistes : « Notre but n’est pas d’effacer le passé. Mais prôner aujourd’hui la colonisation et l’Algérie française, c’est aller à l’encontre de l’Histoire. »

E. Lec, Nice-Matin, 23 avril 2011

La palinodie des autorités

Selon Nice-Matin, le préfet des Alpes-Maritimes avait déclaré illicite le rassemblement prévu le 23 avril pour commémorer les cinquante ans du putsch d’Alger :

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Nice-matin, le 23 avril 2011

En dépit de l’interdiction préfectorale, les organisateurs de cet hommage au putsch ont maintenu leur commémoration. Samedi matin à 10h30, l’accès au jardin d’Alsace-Lorraine était fermé. Mais, vers 11h15, le préfet a fini par autoriser la cérémonie. Les nostalgiques de l’Algérie française ont pu déposer leurs gerbes au pied du monument érigé aux « martyrs de l’Algérie française » et entonner Le Chant des Africains en hommage aux officiers putschistes.

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Nice-matin, le 24 avril 2011

D’après Nice-Matin du 24 avril 2011, l’hommage s’est poursuivi l’après-midi par une table-ronde animée, entre autres, par Pierre Descaves, à l’origine de la naissance de l’OAS en métropole, Roger Holeindre – un ancien de l’OAS avant d’être un des fondateurs du Front national –, le Dr Jean-Claude Pérez – un des principaux animateurs, à Alger, des groupes extrémistes européens depuis l’"affaire du bazooka" (janvier 1957) jusqu’à la fondation du "Front national français" (FNF) (novembre 1958) et la Semaine des barricades (janvier 1960), puis l’un des fondateurs et des principaux chefs de l’OAS lors de son organisation à Alger au lendemain du putsch.

Pour information ...

« Ce putsch a été un sursaut de l’honneur »

entretien avec André Loré, président d’action patriotique,
à l’origine de la commémoration

Nice-Matin, le 21 avril 2011


  • Comprenez-vous les réactions hostiles que suscite cette commémoration, notamment de la part de la Ligue des Droits de l’Homme ?

On s’y attendait. Cette Ligue a toujours défendu le FLN contre la présence française en Algérie. Elle dit protéger les droits de l’homme. Mais, en 1962, elle a été absente lors du dramatique exode des pieds-noirs et des harkis. Nous voulons simplement dire la vérité, faire parler les témoins encore vivants de ce moment qui aurait pu changer le cours de l’Histoire. Ce putsch a été un acte légitime de révolte après la trahison du général de Gaulle.

  • Pourquoi célébrer un événement qui a été un fiasco ?

Doit-on ne commémorer que les victoires ? Ce fut un sursaut de l’honneur. Ces généraux putschistes qui cumulaient à eux quatre 20 étoiles, ont préféré « l’honneur à la gamelle », comme l’a dit Hélie de Saint- Marc, l’un des participants à ce soulèvement. Pour cela, ils ont été dégradés, embastillés.

  • Aujourd’hui, pensez-vous sérieusement que l’Algérie aurait pu rester française ?

Les pieds-noirs voulaient rester chez eux. Qui peut le leur reprocher ? Beaucoup y croyaient. Vivre en bonne harmonie avec le reste de la population, ce rêve n’était pas impossible. Comme l’a montré beaucoup plus tard l’exemple de l’Afrique du Sud.

  • Le putsch a débouché sur l’OAS et ses crimes. N’est-ce pas là le problème ?

L’OAS n’a été qu’un mouvement désespéré de résistance et de défense des pieds-noirs dont beaucoup ont été enlevés et égorgés par le FLN.

Philippe Fiammetti, Nice-Matin, 21 avril 2011

P.-S.

A propos de l’Afrique du Sud [Note de LDH-Toulon]

La référence faite par André Loré à l’Afrique du Sud est pertinente… mais totalement à contre-sens ! En effet, on ne peut que regretter qu’une solution politique n’ait pas été trouvée pour conduire l’Algérie à une indépendance où tous ses habitants auraient trouvé leur place. Mais cela supposait que les européens d’Algérie acceptent l’égale citoyenneté de tous les habitants, selon le principe "un homme = une voix", comme l’a fait De Klerk en Afrique du Sud en acceptant de dialoguer avec le chef de l’ANC Nelson Mandela, qu’ils acceptent le dialogue avec le FLN comme l’a fait le général de Gaulle, approuvé par la grande majorité des Français. Or, c’est la voie totalement inverse qu’ont choisie les initiateurs du putsch et de l’OAS, qui ont fait la guerre à outrance aux nationalistes algériens, bien qu’en négociation avec la France puis signataires d’un cessez-le-feu avec elle, et à tous les européens d’Algérie, gaullistes, communistes ou "libéraux", partisans de la recherche d’une solution d’indépendance qui permettrait, comme plus tard en Afrique du Sud, le maintien de tous les habitants du pays. C’est cette politique de la guerre, de terrorisme et de la "terre brûlée", à l’opposé de la voie sud-africaine, qui a provoqué le drame des pieds-noirs.


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