Histoire coloniale et postcoloniale

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Nicolas Sarkozy contraint d’annuler son voyage aux Antilles

vendredi 9 décembre 2005, par nf

Elus et syndicats s’étaient mobilisés pour protester contre la loi du 23 février 2005 sur la colonisation, qui reconnaît "le rôle positif de la présence française outre-mer".

Lire également DE LOIN, par Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau.

[Première mise en ligne, le 7 décembre,
mise à jour, le 9 décembre]

Manifestation, à Fort-de-France pour demander l’abrogation de « la loi de la honte » (photo AFP)

Un millier de personnes ont manifesté, mercredi 7 décembre, à Fort-de-France, chef-lieu de la Martinique, pour réclamer l’abrogation de la loi française sur la colonisation. Ces Martiniquais répondaient à un appel lancé par plusieurs collectifs d’élus, de syndicalistes, d’associations. Tous voulaient dénoncer la loi du 23 février 2005, dont l’article IV stipule que « les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ».

Au départ, la manifestation avait pour but de protester contre la venue de Nicolas Sarkozy. Depuis, le ministre de l’Intérieur a décidé de reporter sa visite dans les Caraïbes, mais les organisateurs ont maintenu la manifestation à Fort-de-France. Ils voulaient faire pression sur le gouvernement pour obtenir le retrait de l’amendement controversé, inséré dans une loi plus générale sur les rapatriés et les harkis. Dans le défilé en Martinique, de nombreux élus, dont le président indépendantiste de la région, Alfred Marie-Jeanne, s’en sont pris au ministre de l’Intérieur : « Monsieur Sarkozy doit se reprendre. Nous n’avons jamais demandé de réparation. Nous demandons simplement du respect par rapport à ses propos outranciers et racistes », a déclaré le fondateur du mouvement indépendantiste martiniquais. « Il faut qu’il sache que l’avenir de la Martinique ne passe pas par la soumission », a-t-il encore déclaré.

Une pétition a également été lancée en Martinique pour obtenir l’abrogation de l’article incriminé. En Guadeloupe, un meeting s’est aussi déroulé, auquel ont assisté environ 300 personnes, toujours pour demander le retrait de cet amendement.

Manifestation, à Fort-de-France pour demander l’abrogation de « la loi de la honte » (photo AFP)

Sarkozy annule son voyage aux Antilles

[07.12.2005 - 00:14] Nicolas Sarkozy a annulé son voyage en Martinique et en Guadeloupe programmé de jeudi à samedi, le reportant de "quelques semaines", a-t-il annoncé dans une interview à paraître aujourd’hui dans France-Antilles.

© Dominique Hasselmann

[Reuters - 5 déc 2005, 21:59]

Des élus et des syndicats martiniquais réunis dans un collectif d’une trentaine d’organisations ont appelé à une mobilisation contre la venue de Nicolas Sarkozy jeudi dans l’île.

Ils dénoncent des déclarations du ministre de l’Intérieur à propos de la situation dans les banlieues, dont beaucoup d’habitants viennent des Antilles françaises - il a notamment parlé de "racaille" et de nettoyage "au karcher".

"Lorsque que le ministre emploie ces mots, nous nous sentons visés, car il parle de nos frères et soeurs qui vivent dans les banlieues", a dit Garcin Malsa, maire indépendantiste de la commune de Saint-Anne, située à l’extrême sud de l’île.
"Un haut responsable de l’Etat ne peut pas avoir de tels propos et fouler le sol d’un pays qui a un lourd passé colonial sans qu’on ne lui fasse savoir", a-t-il ajouté.

Francis Carole, conseiller général et porte-parole du collectif, proteste également contre la loi du 23 février 2005 sur la colonisation, qui reconnaît "le rôle positif de la présence française outre-mer" dans les manuels scolaires.
Plusieurs manifestations sont prévues sur l’île durant la visite de Nicolas Sarkozy, dont des concerts de klaxon lors de ses prises de parole.

Le poète et homme politique Aimé Césaire a pour sa part annoncé lundi qu’il ne recevrait pas le ministre de l’Intérieur. Nicolas Sarkozy avait prévu un entretien jeudi matin avec le chantre de la "négritude" - concept né dans les années trente, en réaction au système colonial français.
L’auteur de “ Toussaint Louverture ” dénonce un "piège" dans lequel "il ne tombera pas".
"Je n’accepte pas de recevoir le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy pour deux raisons. Première raison : des raisons personnelles. Deuxième raison : parce que, auteur du “ Discours sur le colonialisme ”, je reste fidèle à ma doctrine et anticolonialiste résolu. Je ne saurais paraître me rallier à l’esprit et à la lettre de la loi du 23 février 2005", écrit Aimé Césaire dans un communiqué.

Les partis de gauche et les indépendantistes ont promis un séjour difficile au président du l’UMP.
Durant son déplacement, le ministre de l’Intérieur a prévu de rencontrer des policiers, des gendarmes, des sapeurs-pompiers et des représentants de l’association des victimes d’un accident d’avion où ont péri de nombreux Martiniquais en août.

Vendredi, il se rendra en Guadeloupe.

Quelques rappels

  • Le 26 décembre 1997, à l’aéroport de Fort-de-France-Lamentin en Martinique, Jean-Marie Le Pen avait été vivement pris à partie par une cinquantaine de militants indépendantistes et antiracistes. Arrivé de Paris dans l’après-midi, le président du Front national, accompagné de quatre personnes, devait embarquer trois quarts d’heure plus tard sur un vol à destination de San Juan, à Porto Rico.

    Une cinquantaine de militants indépendantistes, parmi lesquels le maire et conseiller général de Sainte-Anne, Garcin Malsa, ont forcé les contrôles de la police pour envahir la salle des VIP, où attendaient Jean-Marie Le Pen et sa suite. Dans un brouhaha indescriptible, M. Le Pen a été agressé par des manifestants qui lui reprochaient notamment ses propos sur « l’inégalité des races » ou sur « le point de détail » que constitueraient les chambres à gaz. Un échange de coups s’est ensuivi, des policiers tentant vainement de s’interposer. C’est par une porte dérobée, sous bonne escorte, que Jean-Marie Le Pen a finalement pu gagner l’avion à destination de Porto Rico.

  • Le 6 décembre 1987, l’avion qui transportait Jean-Marie Le Pen n’avait pas pu atterrir à Fort-de-France. Des manifestants avaient envahi le tarmac de l’aéroport du Lamentin, empêchant l’atterrissage.