Histoire coloniale et postcoloniale

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Oran 1962, par Fouad Soufi : 3. “le 28 février 1962”

lundi 5 février 2007, par nf

Troisième partie de la communication de Fouad Soufi, conservateur en chef aux Archives nationales d’Algérie et chercheur au Centre de recherches en Anthropologie Sociale et Culturelle [CRASC] d’Oran :

Oran, 28 février 1962, 5 juillet 1962
Deux événements pour l’histoire, deux événements pour la mémoire

lors du colloque en l’honneur de Charles-Robert Ageron, « La guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises » [Sorbonne, novembre 2000].

DEUX ÉVÉNEMENTS DANS LA GUERRE

Les tragiques événements qui ont secoué Oran en février 1962 et en juillet 1962 ont donc affecté deux consciences collectives distinctes. Certes, chacune leur a donné un poids, une présence et une interprétation particulières mais les deux vont réagir de façon presque identique.

Faut-il rappeler le passé ? Alain-Gérard Slama avait écrit en signe d’avertissement, que :

« l’affreux carnage d’Oran est resté un de ces traumatismes enfouis qui risquent de devenir explosif à force de n’être pas reconnus » [1].

Il est vrai que le refoulement est porteur de danger. Mais il n’est pas moins vrai que le choix par l’historien et la sélection par la mémoire collective d’un événement précis (de même que son occultation) n’est jamais totalement innocent. Il est tout aussi vrai que l’oubli est parfois salutaire.

Il ne s’agit pas de nier le besoin de mémoire. Il ne s’agit pas plus d’opposer la nécessité d’un oubli radical à la légitime revendication d’une communauté de se souvenir des moments terribles qu’elle a eu à subir à un moment donné de son histoire, sous le prétexte d’éviter un éventuel conflit de mémoires. Il s’agit, sans chercher à essayer d’établir la réalité des faits dans sa totalité (se peut-il être ?), d’essayer de comprendre les enjeux qui entourent ce passé, de comprendre comment ceux qui l’ont vécu l’appréhendent aujourd’hui, comment ils se le représentent.

L ’attentat le plus meurtrier : 28 février

Le mercredi 28 février 1962, en plein mois de Ramadan, vers 16 h, et sur l’esplanade du boulevard le plus fréquenté de la Ville-Nouvelle, un véhicule piégé explose tuant 25, 30 ou 35 personnes et en blessant une cinquantaine d’autres. Cet attentat « est le plus
meurtrier » (Christian Guy, l’Aurore 2 mars), « c’est le plus sanglant de la guerre d’Algérie » (J.-P. Renard, Paris-Presse, 2 mars).

La journée avait été fertile en événements. Elle avait commencé par une nouvelle série d’explosions.

Vers 5 h 45 et 6 h, une nouvelle opération « plastic en chapelet » ébranle les Planteurs, les Bas-Quartiers, la limite du quartier israélite et de la Ville-Nouvelle et le Plateau Saint-Michel. Une vingtaine d’explosions se font entendre. De nombreuses grenades éclatent accompagnées de coups de feu. Ces explosions provoquent une vive effervescence chez les Algériens qui descendent dans les rues en scandant des slogans nationalistes. Les manifestations sont vite réprimées.

« Selon un officier qui se trouvait sur place, ... ce sont des Musulmans encadrés par des Européens qui ont posé les charges explosives sur la chaussée » (Echo-Soir daté du 28 février).

Oran républicain du 1er mars est plus affirmatif :

« Il apparaît désormais certain que se sont des Musulmans, encadrés par des Européens qui ont déposé les charges explosives ».

Une nouvelle légende se forme, celle des commandos musulmans de l’OAS.

Un incident encore plus grave, puisqu’il y eut mort d’homme, se produit vers 10 heures. Deux soldats en faction, dans leur véhicule, devant le cinéma Régent, rue Général-Leclerc, sont agressés. L’un d’eux est tué, le second grièvement blessé. Écho-Soir et Oran républicain diffèrent dans leur vision de l’agression. Certes, il est vrai qu’Oran républicain a eu l’avantage de paraître le lendemain et de bénéficier d’informations plus fiables, plus complètes. Écho-Soir met entre parenthèses la qualité des victimes (deux militaires), donne l’identité du civil blessé et rapporte la rumeur :

« Selon des témoins qui ont porté secours aux victimes (deux militaires), ce sont deux musulmans vêtus à l’européenne qui seraient les auteurs des coups de feu ».

Oran républicain donne plus de précision, condamne l’agression, rejette la rumeur et reprend le communiqué des autorités civiles et militaires qui spécifiait bien qu’il s’agit de quatre Européens. Le
dépôt d’une gerbe au nom de l’OAS ne trompe personne. Pour le Figaro, les assassins « des petits gars venus de France » appartiennent à l’OAS. L’Aurore rapporte ce qu’aurait déclaré le jeune militaire blessé qui confirme avoir été attaqué par des Européens.

L’attentat de l’esplanade du Boulevard J. Andrieu aura un double et triste privilège : pour la première fois des charges explosives sont placées dans un véhicule, pour la première fois un attentat occasionne un nombre aussi important de victimes
 [2]. Il avait été d’autant plus douloureusement ressenti que la ville connaissait une sorte de détente. Des femmes avaient repris le chemin du Centre-ville, soit pour retrouver leur emploi de femmes de ménage chez leurs patrons européens, soit aussi pour se rendre au Crédit Municipal gager quelque bijou
 [3]. Les plus optimistes attendaient le retour des fonctionnaires, employés et des ouvriers. Puis ce fut le drame.

Dans le rapport du Commandant de la Gendarmerie, daté du 3 mars, il est consigné :

« Explosion en Ville Nouvelle. Le 28 février 1962, vers 15 h 50, boulevard Joseph Andrieu, une très forte explosion, probablement à l’intérieur d’un véhicule automobile qui a été pulvérisé, a provoqué la mort de 35 personnes, hommes et femmes FSNA, ainsi que des enfants et qui a fait 50 blessés FSNA Il s’en est suivi une très forte effervescence au cours de laquelle un militaire FSNA a été tué par balles et son arme enlevée ».

La presse parisienne et locale rapporte plus de détails.

« Il était 15 h 52 lorsque la plus formidable explosion qui ait jamais éclaté à Oran partit d’un véhicule... Un obus de 105mm piégé venait d’éclater. L’immeuble à côté s’effondra. Il y eut des cris, des pleurs et aussitôt des yous-yous tristes et terrifiés » (L’Aurore, 1er mars).

Léo Palacio dans son reportage pour le Monde, plan d’Oran à l’appui, écrit :

« Mercredi à 16 h, la foule des promeneurs déambulait ... Tout à coup, à quelques minutes d’intervalle, ce furent deux violentes explosions : deux obus de 105 déposés dans une 403 Peugeot et une camionnette tôlée Citroën venaient de sauter. Les véhicules furent désintégrés, tandis que tout était déchiqueté aux alentours. Le sol se joncha de corps d’hommes, de femmes, d’enfants atrocement mutilés, méconnaissables, des lambeaux humains, des morceaux de chair qui baignaient dans le sang. Quelques maisons vétustes dans lesquelles vivaient entassées depuis l’exode plusieurs familles s’écroulèrent dans un nuage de poussière. Les blessés hurlaient. Plusieurs canalisations coupées par l’explosion déversaient des flots d’eau. La patrouille militaire fut aussitôt prise à partie par une foule hystérique. Ambulanciers, brancardiers militaires européens durent renoncer à pénétrer en Ville Nouvelle pour éviter des incidents ».

Jean-Pierre Renard était sur les lieux de l’attentat quelques minutes après l’explosion :

« C’était la première fois depuis trois mois que des Européens entraient en pleine ville musulmane... Jamais je n’ai vu un tel carnage, une telle hystérie. C’est miracle que les musulmans ne soient pas descendus sur la ville européenne » (Paris-Presse, 2 mars).

La presse oranaise était soumise à une censure plus stricte que la presse métropolitaine. L’information sur les attentats avait une origine officielle. Elle était regroupée sous une rubrique spéciale. Seuls les événements marquants faisaient l’objet d’un reportage particulier ou d’une reprise des dépêches d’agences (AFP, AP, UPI). Si L’Écho d’Oran consacre un encart à l’événement, Oran républicain l’inscrit dans la suite chronologique des attentats de la journée et Écho-Soir, se contente de reprendre une dépêche de l’AFP-Alger consacrée au bilan de l’attentat : « La voiture piégée de la ville nouvelle a fait 23 morts et 32 blessés ». Léo Palacio [4], chef des Services Informations de ce journal, est également correspondant du Monde à Oran. C’est au quotidien parisien qu’il envoie son reportage.

Pour Oran républicain,

« Un fourgon Peugeot piégé vraisemblablement conduit jusque les lieux par un Musulman, explose... La foule s’agglutine ... Un second engin explose alors. Terrible bilan : 30 morts et 50 blessés, tous Musulmans ».

L’Écho d’Oran est encore plus précis :

« Une voiture piégée explose au centre de la ville Nouvelle. Bilan 25 morts et 32 blessés ... Hier après-midi, une très violente explosion était entendue dans tous les quartiers de la ville ... On apprenait qu’une voiture piégée, soit avec un obus de 105 soit à l’aide d’engins explosifs avait explosé... L’effet de souffle pulvérisait d’autres véhicules garés à proximité entre une vespasienne et le Café des Sportifs... Des maisons vétustes ont subi d’importants dégâts... »

Selon des personnes qui affirment s’être rendues sur les lieux après l’explosion, il s’agit bien d’un véhicule de marque 403 Peugeot dont les restes calcinés sont restés presque un mois sur place. Le véhicule était stationné en face du Café des Sportifs, qui avait été le siège de l’USMO
 [5], et de la rue de Mascara qui relie le Boulevard Joseph Andrieu en Ville-Nouvelle au boulevard Fulton au quartier Saint-Michel. Il était garé à proximité d’une vespasienne et deux kiosques qui ont été complètement détruits par l’explosion. Il n’y aurait eu qu’un seul véhicule piégé et l’OAS est bien à l’origine de l’attentat.

Plusieurs hypothèses avaient alors été avancées pour déterminer l’origine de l’attentat et de ses exécuteurs. Léo Palacio résume les deux hypothèses admises :

« Ou bien le FLN avait préparé cet engin infernal pour le descendre dans un quartier européen et l’explosion aurait été prématurée, ou bien au contraire, il s’agit d’une voiture piégée préparée par l’OAS. Dans ce cas, l’automobile n’a pu être conduite en Ville Nouvelle que par des Musulmans, car depuis longtemps il est impossible à un Européen de s’aventurer en Ville Nouvelle ou dans les faubourgs musulmans... Musulmans appartenant à l’OAS... »

Jean Lauze et Christian Guy de l’Aurore croient pouvoir pousser plus loin les spéculations :

« Comment savoir si l’obus piégé n’était pas destiné à aller exploser dans un quartier européen ? Provocation du PCA ou du MNA ? Possibilité d’un attentat monté par l’OAS et exécuté par des éléments musulmans dont elle dispose ? »

Christian Guy, le 2 mars, présente les trois hypothèses envisagées par les enquêteurs : « attentat OAS, attentat MNA ou bien ... accident FLN ». Que sont devenus les résultats de l’enquête ?

Le collaborateur de l’agence UPI fait remarquer que

« selon certains témoins, l’engin aurait été placé à l’intérieur de l’immeuble qui s’est effondré. Dans ce dernier cas, on pourrait se demander s’il s’agit d’un attentat délibéré ou bien de l’explosion prématurée d’un engin en cours de fabrication ».

Christian Guy fait un sort à l’hypothèse de l’attentat FLN :

« Ceux qui songent à cette dernière éventualité imaginent que la voiture piégée devait être conduite, en principe, en ville européenne et qu’elle aurait éclaté au moment justement où on allait la mettre en marche vers l’endroit choisi. Cette hypothèse nous semble quant à nous extrêmement hasardeuse. Beaucoup sont ceux qui croient que la voiture piégée a été amenée sur les lieux par des éléments du MNA. Mais en réalité rien ne permet d’affirmer ou d’infirmer l’une de ces thèses plutôt que l’autre ».

L’hypothèse d’un attentat FLN est d’autant moins plausible que le FLN venait d’apposer sur les murs, et diffuser par centaines la veille, un tract demandant à la population de rester calme malgré les provocations :

« Peuple algérien ? Aucun fait important ne doit troubler la paix et la sérénité. Gardez le calme et redoublez de vigilance. Vive le GPRA ! Vive le FLN ! Vive l’ALN ! » [6]

La question était de comprendre comment un véhicule piégé a pu pénétrer, sans être fouillé, dans un quartier bouclé par l’année. La réponse était simple :

« Il ne fait aucun doute que ce devait être des musulmans car personne parmi les européens ne s’aventurerait même en voiture dans ce quartier ».

Et soit ces Musulmans appartenaient au MNA, soit ils faisaient partie, même en petit nombre, des commandos de l’OAS. Le MNA, à Oran, avait été mis hors de combat après l’assassinat d’un de ses responsables, chauffeur de taxi de son état, et qui avait pourtant cessé toute activité politique. Pour les Algériens le coupable est vite désigné : « c’est l’OAS ! »

Le correspondant de l’AFP, que reprend visiblement le Figaro ouvre une nouvelle piste

« On pense que les deux véhicules ont pu être amenés à l’endroit où ils ont explosé par des conducteurs européens vêtus en militaires ou par des musulmans qui en petit nombre font partie des réseaux OAS » (Le Figaro, le 1er mars).

Le correspondant de l’AFP écrit :

« A la question : « comment deux voitures piégées ont-elles pu pénétrer en plein quartier musulman », on ne peut que répondre par des hypothèses. Les deux automobiles ont pu être amenées boulevard Joseph Andrieu par des conducteurs européens vêtus en militaires ou par des musulmans qui en petit nombre font partie des réseaux OAS.... Il semble cependant plus probable que les deux automobiles aient été conduites par de faux militaires. En effet tout véhicule est en principe fouillé à l’entrée comme à la sortie... Seules les voitures de l’armée échappent à ces contrôles ». [souligné par nous]

Vêtus de tenues militaires, les commandos de l’OAS avaient trompé maintes fois la vigilance des gendarmes et des soldats. Ces derniers avaient demandé à porter un type de casque particulier. Profitant de l’alliance objective qui commençait à se tisser entre l’armée française et le FLN et du courant de confiance qui commençait à s’établir entre l’armée, les gendarmes et la
population algérienne, les commandos de l’OAS ont su déjouer la surveillance établie tant par l’armée que par le FLN et berner tout le monde.

L’hypothèse des commandos musulmans de l’OAS va faire florès. Elle a probablement une origine objective. Mais elle va surtout provoquer des troubles de confiance au sein des responsables FLN vis-à-vis de l’armée française. Cette rumeur aurait été alimentée par des policiers musulmans qui ont rejoint le FLN. Il nous a été cité deux cas de jeunes Algériens qui auraient travaillé ou activé au sein de l’OAS, l’un aurait été retourné au profit du FLN, l’autre aurait été tué. Mais leur implication dans des attentats n’a jamais été invoquée. Dans des documents privés, datés de septembre 1962, il est fait mention de l’appartenance à l’OAS de trois garçons de café, algériens du fameux bar Majestic, place des Victoires. Leur participation, à une action quelconque, n’est pas pour autant signalée [7]. Quelle est la part de la vérité et celle du règlement de compte ?

L’attentat qui aurait fait 35 morts et 50 blessés est vite oublié dépassé par les évènements qui suivirent. On se désintéresse de l’enquête, et de l’attentat lui-même. Il est éclipsé par l’assassinat d’une Européenne et de ses deux enfants à Mers-el-Kébir. « Fous de colère, après l’atroce tuerie de Mers-el-Kébir, les Européens brûlaient tout dans les bidonvilles » écrit Lucien Bodard (France-Soir, 4-5 mars). Le crime est tellement atroce que l’APS en rend responsable des provocateurs de l’OAS.

Cet épisode, si tragique fut-il, de cette fin de la guerre d’Algérie n’a été retenu ni par l’histoire ni par la mémoire. L’infatigable pisteur qu’est B. Stora, commet une légère confusion avec un autre évènement : « A la fin du mois d’avril » écrit-il,

« une voiture piégée explose dans un marché très fréquenté par les Algériens en ce mois de Ramadan. C’est une première du genre... »  [8]

Il est vrai que le 17 avril, habillés en soldats, les commandos de l’OAS avaient encore une fois pris à défaut la vigilance des éléments du FLN et s’étaient attaqué à la Cité des Oliviers. Vingt personnes avaient trouvé la mort. Anne-Marie Duranton-Crabol, dans ses repères chronologiques, note : « 28 février, à Oran, explosion d’une voiture piégée, une trentaine de victimes musulmanes : affrontements intercommunautaires ». Il n’y eut pas d’affrontements ce jour-là. Aucun historien algérien, parmi ceux qui se sont attelés à travailler cette période, n’a retenu cette date.

Par contre, il est intéressant de relever que l’événement s’est comme réfugié dans les tréfonds de la mémoire oranaise. En 1992, déjà, il avait fallu solliciter nos interlocuteurs par deux fois pour faire revenir le souvenir de cette journée. Qu’ils aient entendu parler de l’explosion – parce que vivant dans un autre quartier – qu’ils aient seulement entendu la déflagration sans se rendre sur les lieux ou qu’ils gardent le souvenir des corps déchiquetés, des lambeaux humains plaqués contre les murs et des arbres, nos interlocuteurs n’ont réagi qu’à la seconde fois à la question : « que vous rappelle la date du 28 février 1962 ? » et à son complément : « quel souvenir avez-vous gardé de la bombe de l’esplanade ? » Dans les mémoires, le lieu l’emporte sur la date. Très vite l’effacement s’est installé. Aucune chronologie établie depuis 1962, ne retient cette date. A aucun des 28 février des trois premières années de l’Indépendance, il ne sera rappelé celui de 1962. La journée de l’Arbre de la jeunesse, organisée le dimanche 28 février 1965 n’y fait aucune référence non plus. Le 1er novembre 1969, une stèle est érigée à l’emplacement même de l’attentat mais sans qu’il en soit fait référence de façon explicite. Il s’agissait alors de rendre hommage au quartier dans son ensemble. Par contre, parce que porté par la mémoire ouvrière, pris en charge par la mémoire du syndicat UGTA, l’attentat du port d’Alger est commémoré le 2 mai de chaque année.

Le retour de mémoire ne s’est fait qu’en 1992 et seulement à Oran. La stèle est alors réaménagée, une plaque de marbre sur laquelle sont inscrits les noms de 27 victimes identifiées (dont un seul enfant de 10 ans) et 9 mentions « inconnu » est inaugurée. Parmi ces victimes, Abdelkader Djari qui, nous a-t-il été rapporté, se promenait tenant sa petite fille par la main. Il n’aura été retrouvé d’eux que les deux mains et il n’aurait été identifié que grâce au petit bijou que portait sa fille à l’un de ses doigts. Le nom de sa fille n’est pas gravé sur le marbre. Le 28 février 1962 ne sera pas non plus gravé dans la mémoire collective algérienne.

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[1Alain-Gérard Slama, « Oran, 5 juillet 1962. Le massacre oublié », L’Histoire, 1999.

[2Cet attentat n’est dépassé dans l’horreur que par celui de l’explosion d’un autre véhicule piégé le 2 mai au Port d’Alger et qui fit 62 morts et une centaine de blessés.

[3Pour les hommes ayant perdu leur emploi, gager bijoux et objets de valeurs constituait une source de revenu. Une sorte de nouveau métier, à haut risque, s’était développé. Des femmes acceptaient de quitter la Ville Nouvelle pour se rendre au Crédit Municipal situé rue Ozanam entre la Cathédrale et le Café Riche. C’est dire que les risques étaient énormes de tomber sous les balles des snipers ou de se faire lyncher (Saddek Benkada).

[4Ancien des Jeunesses Socialistes SFIO, Léo Palacio avait collaboré à la fin des années 1930 au journal CGT-SFIO d’Oran, le Semeur. Léo Palacio est expulsé d’Algérie le 17 mars 1962.

[5Union Sportive Musulmane d’Oran (USMO), club musulman le plus prestigieux d’Oranie et le plus titré d’Algérie jusqu’en 1956.

[6 Paris-Presse du 1er mars et le Monde du 2 mars 1962.

[7Papiers personnels du premier préfet algérien d’Oran, Houari Souïah, dont M. Sid Ahmed Souïah, son fils a bien voulu me donner à lire, une partie. Qu’il en soit ici remercié.

[8Benjamin Stora, « Oran. Été 1962 », in Jean-Pierre Rioux (dir.), Fins d’Empire, Paris, Plon-Le Monde Éditions, 1993.