Histoire coloniale et postcoloniale

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Oran 1962, par Fouad Soufi : 4. “le 5 juillet 1962”

lundi 5 février 2007, par nf

Quatrième et dernière partie de la communication de Fouad Soufi, conservateur en chef aux Archives nationales d’Algérie et chercheur au Centre de recherches en Anthropologie Sociale et Culturelle [CRASC] d’Oran :

Oran, 28 février 1962, 5 juillet 1962
Deux événements pour l’histoire, deux événements pour la mémoire

lors du colloque en l’honneur de Charles-Robert Ageron, « La guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises » [Sorbonne, novembre 2000].

La fête confisquée ! Le massacre oublié ? Le 5 juillet

Le 5 juillet, vers 11 h 55, alors que la population algérienne manifeste dans les artères du centre ville, des coups de feu éclatent. Qui a tiré ? Où ? Les faits n’ont jamais pu être établis avec certitude, le nombre des victimes non plus. Ce massacre aura duré cinq heures, entre midi et 17 heures. Cinq heures durant lesquelles, le centre de la ville et certains quartiers – notamment Eckmühl, Petit Lac, Victor-Hugo et le Centre ville – ont été livrés à eux-mêmes.

Rien dans le passé immédiat ne laissait présager un tel drame. Bien au contraire.

Lors du premier meeting place Foch, le 1er juillet, devant 4 000 personnes et en présence des membres de la Commission mixte de Réconciliation, le capitaine Bakhti, commandant la Zone Autonome d’Oran, avait déclaré :

« un voile épais a séparé les deux communautés. Ne cherchons plus les responsables, ayons seulement la force d’âme propre à oublier tout ce qui a pu nous séparer ».

Propos qui se veulent rassurants et qui sont repris à l’adresse des ASE (Algériens de Souche Européenne) le 3 juillet lors de la cérémonie officielle qui s’était déroulée devant le Palais des Sports. Dans leurs discours, le nouveau préfet Lahouari Souïah, le cheikh Tayeb el Mahadji et le capitaine Bakhti appellent à la réconciliation et à l’oubli de ce qui s’est passé mais « n’oublions pas les 1 500 000 morts ou disparus ». Un tract FLN distribué à Eckmühl est adressé aux enfants musulmans : « l’enfant européen sera ton compatriote, respecte-le, aie pour lui la même sollicitude que tu auras pour ton frère musulman ».

Toutefois et pour mieux gérer les mouvements de foule, la ZAO
avait interdit toute manifestation le 3 – décrété jour chômé et payé – et le 4 juillet. La fête avait été programmée pour le 5 juillet.

Comme depuis le meeting du 30 juin, ce 5 juillet, dès 8 heures du matin, des cortèges se dirigent vers la place Foch (la place d’Armes) [1]. La population qui avait eu l’autorisation de manifester au centre ville, le fit en masse. Un grand rassemblement se tint devant l’Hôtel de Ville. « Au milieu de cette foule les Européens circulaient sans être inquiétés » (Écho-Soir, 6-7 juillet). Elle le fit d’autant plus facilement que les responsables de la ZAO avaient choisi la grande place centrale d’Oran pour fêter l’Indépendance. Il n’y eut pas de défilé officiel.

« Des défilés précédés de cavaliers brandissant des étendards parcourent les artères centrales où les airs des chants populaires, les danses, sont accompagnés par un tintamarre de sifflets et de klaxons. Drapeaux algériens et chérifiens flottent sur des voitures, des chars fleuris et garnis de branches de palmiers fermant la marche de la population en liesse ... Pour la première fois depuis l’avènement de l’Algérie à l’Indépendance, on constate que des Européens restent sur leurs balcons pour assister à ce spectacle bruyant et multicolore. »

Jusque vers 11 h 35, l’horloge de la place Foch faisant foi pour l’Écho Soir, c’était l’allégresse.

Les premiers coups de feu ont-ils été tirés dans une artère derrière l’Opéra comme le rapporte le correspondant de l’AFP repris par Écho-Soir ? Ont-ils été tirés depuis les terrasses ou les balcons d’un immeuble de la place Karguentah ? Immeubles occupés exclusivement par des Européens ? Devant la gare ? Ont-ils été tirés par un agent de police dit ATO (Auxiliaire-Temporaire-Occasionnel) qui avait voulu interdire aux militants du FLN de hisser le drapeau national avant midi ou qui au contraire avait manifesté sa joie ? Ultime provocation des derniers groupes de l’OAS ou initiative isolée ? Quelle est la part de responsabilité des éléments de l’ALN dans les assassinats d’Européens ?

Le Monde du 7 juillet note :

« L’origine des premiers coups de feu est mal déterminée. Un officier français d’une unité de tirailleurs raconte qu’il a vu tirer du premier étage d’un immeuble sur des scouts musulmans. Le FLN confirme que ces derniers étaient bien visés mais que les coups de feu partaient d’une voiture, une Dauphine ».

Lorsque les coups de feu éclatent, un seul cri retentit : « c’est l’OAS ! ». Dès lors,

« La foule devint menaçante à l’égard des Européens... de nouveaux coups de feu étaient entendus... Ce fut une débandade folle. Les manifestants sautaient des camions et des voitures. Les femmes se jetaient à plat ventre. Tout le monde tirait : les militaires de l’ALN avec leurs armes automatiques, les civils du FLN et les ATO avec leurs pistolets. Les militaires français avec leurs mitraillettes, puis leurs mitraillettes lourdes. Tous ces hommes tiraient dans la confusion la plus totale » [2].

Le bilan donné par le Dr. Naït directeur de l’hôpital fait état de 101 morts, 76 Algériens et 25 Européens, d’une part, et 145 blessés, 105 Algériens et 40 Européens. L’Écho d’Oran (daté du 6 au 9 juillet donc paru le 9) et Écho-Soir du 7 puis du 8 juillet 1962, publient une liste des victimes, communiquée par l’hôpital civil, par l’hôpital militaire Baudens et par l’antenne chirurgicale de la rue de Tombouctou (l’hôpital Bendaoud du FLN). Parmi ces victimes décédées, on relève 28 Européens
 [3] dont neuf non identifiés, 2 décédés à leur domicile (dont le patron de l’hôtel Martinez [4]) et une femme Mme Lévy née Benkimoun. On relève également 72 Algériens, pas tous identifiés, dont 19 femmes, 9 enfants entre 4 et 9 ans dont une fillette de 8 ans. 24 noms de blessés européens sont publiés.

La répression contre les fauteurs de troubles a été brutale au centre de la ville et dans ses abords immédiats ainsi qu’en Ville Nouvelle. Toute personne armée était nous a-t-on dit mise hors
d’état de nuire par les soldats de l’ALN.

Mais le gros des crimes se commettaient dans les quartiers périphériques de Petit-Lac et Victor-Hugo ainsi que sur l’autoroute conduisant à l’Aéroport. Les victimes étrangères à la ville se dirigeant soit à l’Aéroport soit au port tombaient dans des embuscades dressées par des éléments de la bande d’Anou. Une première intervention plus que musclée de l’ALN met fin aux activités de ce groupe. Mais il faut attendre l’opération militaire dans la nuit du 9 au 10 juillet dans les quartiers de Petit-Lac et Victor-Hugo pour que la bande soit neutralisée. Attou et ses complices ainsi que d’autres pillards et assassins sont présentés à la presse le 12 juillet.

L’appel à la gendarmerie française aura pour effet de rassurer la population européenne. Ainsi au moment où les soldats de l’ALN et les responsables FLN aidés par les ATO neutralisaient les Algériens qu’ils protégeaient hier encore, les gendarmes mobiles français assuraient la protection des Européens qui hier encore les vilipendaient et même les agressaient.

Ces évènements étaient-ils prévisibles ?

Selon Morland-Barangé-Martinez, « personne ne doute que demain, les Musulmans vont avoir de lourdes factures à présenter » [5]. Cette thèse qui veut que les Algériens attendent patiemment de pouvoir prendre leur revanche revient souvent. On a pu la lire à propos des massacres du 8 mai 1945. Ne faudrait-il pas lire là quelque prédiction après-coup ? En fait, Lahouari Souïah, nouveau préfet d’Oran, semble leur donner raison. Apparemment excédé par l’impatience et les exigences de la commission de sauvegarde et par les difficultés qu’il rencontre pour remettre en marche l’administration préfectorale, le préfet admet dans un communiqué :

« que le problème des disparitions des Européens soit préoccupant, (mais) toutefois que ce problème est la conséquence inévitable de 7 années de répression féroce où les disparitions de Musulmans se sont comptées par milliers [souligné par nous] dans la seule région d’Oran ».

Il dénonce le départ concerté des fonctionnaires français qu’il assimile à une volonté de saboter et de désorganiser la vie administrative (Écho d’Oran, 24 juillet).

Michèle Villanueva s’interroge :

« Qui a voulu ce 5 juillet et pourquoi ? Simple écho sanglant de ce que fut la terreur imposée par l’OAS ? Vengeance sauvage ? Eléments de la lutte qui s’affirme au sein des combattants algériens ? Justifications à rebours de la tiédeur d’hier ? Désir ou manière de chasser les Européens... Pari de l’OAS... ? Ces raisons s’entremêlent sans doute, non liées à l’indépendance, mais plutôt au contrecoup des mois terribles que la population algérienne venait de vivre » [6].

Problème de source, conflit de mémoire

L’administration préfectorale paralysée ne produisait plus ses rapports et ne recevait pratiquement plus de rapports après le mois d’avril 1962. De nombreux dossiers ont été détruits lors des différentes explosions qu’a subies la Nouvelle Préfecture. Les rapports de police n’ayant pas été conservés, les archives de la wilaya V de l’ALN ayant été soit transférées à Alger selon certaines sources, soit détruites selon d’autres, ne restent que les archives de l’armée françaises ; les journaux de marche du général Katz et autres ont pu être consultés.

Quel a été le destin des archives de l’Association des familles de disparus ? Que sont devenues celles de l’Association de Sauvegarde que présidait Alexandre Soyer ? Celles du Comité provisoire de liaison population-autorités administratives réunies sur l’initiative de l’ex-maire-adjoint Coignard, les archives de la sous-délégation du Comité International de la Croix-Rouge ?

Les documents d’archives faisant défaut, il a fallu d’abord consulter la presse locale et la presse française. Il a fallu surtout
retrouver témoins et acteurs et solliciter leur mémoire [7]. D’une manière générale, la majorité des personnes contactées a adopté au départ, une attitude de méfiance et de réserve : « A quoi bon réveiller les vieux souvenirs ? » Dans tous les cas, témoins et acteurs ont exprimé, clairement ou pas, un sentiment de culpabilité. Coupables de n’avoir pu intervenir plus tôt et plus efficacement
 [8]. Ce qui explique le refoulement quasi-général de ces événements. Tous les ont condamnés et mis en exergue l’aide et les secours apportés aux Européens en danger. Les récits, particulièrement ceux des responsables des bureaux de la Sécurité Militaire de l’ALN portent sur leurs interventions contre les tueurs. Le regroupement des Européens avait pour objet leur mise à l’abri mais également la vérification de leur identité dans le cadre de la recherche d’éventuels membres de l’OAS. Selon un responsable de l’ALN, quarante-cinq personnes furent ainsi retenues puis libérées par petits groupes et accompagnées ou pas à Mers-el-Kébir, dans les jours qui suivirent. Au 12 juillet, à l’entrée de Ben Bella à Oran, il n’en restait plus qu’une vingtaine libérées sur ses ordres. Ben Bella qui aurait exigé des comptes sur le sort réservé aux vingt cinq autres et sanctionné les responsables.

Une histoire en cours de reconstruction ? Les faits selon Alain-Gérard Slama

Alain-Gérard Slama pose un principe fondamental : « On ne confie pas la connaissance du passé à des juges, pas plus qu’on ne construit l’avenir avec des ressentiments »
 [9]. Et l’on ne peut que partager ce principe. Reste à le respecter, reste à l’historien à ne pas se transformer ni en juge, ni en procureur, et à retenir les leçons de Lucien Febvre. Reste au politologue à prendre un peu de hauteur et à honorer son statut et ne pas faire ces terribles rapprochements qui sont à la limite du racisme, disons le tout net [10].

Ainsi affirmer que les évènements du 5 juillet 1962 ont été oubliés ne participe peut-être pas de la volonté de construire un avenir sans ressentiment. C’est également mépriser le travail de mémoire qui a été réalisé en France autour de cette date et oublier les rappels des historiens. Écrire que :

« Peut-être aujourd’hui la connaissance que nous avons au quotidien et par l’image des abominations perpétrées par les islamistes sur le même sol donnera-t-elle plus de crédit au témoignage d’horreur... rapporté par ce rêveur d’Edmond Jouhaud... ce fanatique d’Henri Martinez... où ce naïf de père de Laparre... »

n’est peut-être pas très honorable. Non seulement ce rapprochement entre deux faits qui n’ont strictement aucun lien est terrible mais de plus il n’apporte strictement rien à la connaissance historique. Le présent n’explique pas le passé.

D’autre part les témoins cités à la barre posent problème. Aucun d’entre eux ne se trouvait à Oran à cette date. Jouhaud était en prison et selon A.-G. Slama lui-même, les éléments de l’OAS, dont Martinez faisait partie et dont le R.P. Laparre était sympathisant actif, avaient, en principe, quitté la ville [11]. En effet, A.-G. Slama, après Benjamin Stora, lequel se réfère au témoignage de Paris-Match, note que :

« les commandos de l’OAS étaient tous partis – ce qui exclut l’hypothèse [tous les mots soulignés le sont par moi] d’une provocation de leur part –, les pieds-noirs qui étaient restés étaient livrés à la merci des représailles du FLN qui avait dressé des listes de proscription, et de l’émeute.

C’est bien ainsi que s’est déroulé le scénario du 5 juillet. A 11h50, à la suite peut-être d’une provocation de l’ALN de l’intérieur qui, dans sa rivalité avec les politiques, cherchait à s’imposer comme la seule force de maintien de l’ordre, des manifestants musulmans envahirent la ville européenne. Katz donna l’ordre à ses troupes, à 12 h 15 l’ordre formel de rester consignées. D’après un JMO manuscrit retrouvé aux archives de Vincennes [12] par le général Faivre, l’ordre de protéger les Européens ne fut donné qu’à 14 h 20, et les escadrons de gendarmerie mobile ne commencèrent à être mis qu’à partir de 15 h 30. Katz reconnaît que l’intervention ne fut effective avec l’accord du FLN, qu’en fin de soirée...

Le bilan officiel des victimes, étayé sur le chiffre donné par le directeur de l’hôpital, proche du FLN, [précision importante dans la démonstration ? Enlèverait-elle toute crédibilité au témoignage ?] fut de 25 morts. Une note du général Katz fait état de « plus d’une centaine de disparus ». Le consulat de France déclara alors 800 disparus en quelques jours. Comme le nombre des Européens signalés disparus ... dans toute l’Algérie entre le 19 mars et le 31 décembre 1962 s’élève... à 1746, il est probable que les massacres de juillet à Oran ont fait au moins, deux ou trois centaines de morts  ».

Cette citation est certes longue mais elle pose des problèmes précis. On reviendra sur l’invasion de la ville européenne.

Le FLN aurait donc prémédité ces tueries. Il aurait dressé des listes ? Sauf à retrouver celles-ci, tout démontre le contraire. Par contre, entre le peut-être et le probable, on aura d’abord refait l’histoire en exonérant l’OAS de ses responsabilités. Mais comme l’écrit Constantin Melnik, à propos de l’OAS : « avec le recul du temps, un certain romantisme estompe l’horreur des crimes qui ont été commis »
 [13]. On aura également subrepticement glissé des morts aux disparus, et d’Oran à l’Algérie.

En fait, Alain-Gérard Slama a deux préoccupations : reprendre
le procès fait au général Katz et charger le FLN. Ce rappel du passé n’est pas innocent. Cette histoire qui se reconstruit plus avec les témoignages qu’avec les archives ramène les évènements de cette journée à trois points essentiels :

  • La responsabilité du général Katz et partant du gouvernement français et du général de Gaulle qui par mépris, par vengeance et au nom de la raison d’Etat ont abandonné la population pied-noir d’ Oran.
  • La responsabilité matérielle du FLN qui a préparé et organisé les tueries.
  • Le nombre de personnes assassinées avec en prime la confusion avec la question des disparus depuis le mois d’avril.

Des responsabilités et des morts

Le général Katz s’est défendu des accusations portées contre lui dans son ouvrage. Son secrétaire particulier, Thierry Godechot, avait dans l’édition du Monde du 12 avril 1972, répondu à Gérard Israël. Ce dernier en présentant trois hypothèses classiques, procède par élimination :

« l’origine de la fusillade est difficile à établir. L’OAS ? Il n’y avait plus de commando depuis une semaine. Un Européen enragé par le spectacle des Arabes triomphants ? Folie incompréhensible. Une provocation des Algériens eux-mêmes désireux de se venger de ce qu’il ont subi depuis des mois ? La chose n’est pas impossible. En tous cas le général Katz a rétabli l’ordre dès qu’il l’a voulu c’est-à-dire à 17 heures ».

Mais apparemment l’histoire-procès ne retient que les témoins à charge. Elle n’hésite pas non plus devant les chiffres.

Combien de morts et de disparus ? Alain-Gérard Slama passe de 1 200 (1991), à 500 (1994) puis 2 à 300 (1999). Thierry Godechot puis le général Katz s’en tiennent aux chiffres officiels : 20 à 25. Gérard Israël évoque 500 disparus alors que le Dr. Alquié affirme qu’il y a eu 1 500 disparus. En réponse à A.-G. Slama, Jacques Lenoir ramène le bilan à environ 40 à 50 (L’Histoire, n°183, 1994).

Bernard Droz et Evelyne Lever d’abord, Jean Lacouture puis Benjamin Stora rappellent que parmi les victimes de cette tragique journée il y eut également des Algériens.

Enfin un responsable de l’ALN nous a rapporté que selon le commissaire central adjoint, il aurait été recensé 235 corps dont 10 femmes et 12 enfants.

*
* *

En rapprochant ces deux événements, il ne s’agit pas d’expliquer le second par le premier et d’essayer de justifier l’injustifiable. Il s’agit d’essayer de comprendre comment ces deux événements ont pu avoir lieu et comment réagissent aujourd’hui certains acteurs d’hier. Mais ces deux événements sont reliés par un même fil : la Bataille d’Oran ; le premier est un moment autant horrible que spectaculaire de cette Bataille ; le second peut être considéré comme sa tragique et déshonorante conclusion.

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[1La thèse de l’invasion du quartier européen par la foule venue des quartiers musulmans reprise systématiquement et sans critique ne peut être reçue. Elle sert à accréditer l’idée que ce qui est arrivé a été prémédité.

[2Le Monde 7 juillet (correspondance AFP et UPI).

[3Dans les avis de décès parus dans Oran républicain du 12 juillet, deux noms en particulier apparaissent, celui de Don Ateliano Sierra Suarez, 45 ans, lieutenant-colonel d’artillerie de l’armée républicaine espagnole et celui de Perez Sanchez Juan, réfugié espagnol.

[4L’hôtel Martinez, aujourd’hui disparu, était l’hôtel chic d’Oran. Il avait servi de siège à la commission du cessez-le-feu. De nombreux officiers de l’armée y avaient séjourné.

[5Morland, Barangé, Martinez, Histoire de l’Organisation Armée Secrète, Paris, Juillard, 1964. p. 496.

[6Michèle Villanueva, L’écharde, Paris, Nadeau, 1992. p. 275-276.

[7Cette enquête se poursuit. Seuls n’ont pas été volontairement contactés les responsables avérés des tueries.

[8Le Dr. Alquié, dans son témoignage, rapporte : « Un Algérien musulman à qui j’en ai parlé le lendemain m’a répondu : "Tais-toi toubib ne me parle plus de cela c’est trop horrible" », le Monde du 12 juillet 1972. Et c’est bien là le sentiment général qui prévaut encore aujourd’hui.

[9Alain-Gérard Slama, « Oran, le 5 juillet 1962 : le massacre oublié »,
L ’Histoire, n° 231, avril 1999.

[10Le Dr. Alquié probablement encore sous le choc dix années plus tard n’hésite pas à écrire : « La population d’Oran fut livrée à la folie sanguinaire de près de cent mille musulmans armés entraînés par quelques centaines de voyous et d’assassins... ». Il s’en est trouvé quelques uns pour lui sauver la vie, comme à beaucoup d’autres.

[11Cette information est considérée comme un acquis de la recherche historique que nul ne cherche à mettre en doute et que nul ne cherche à démontrer.

[12Cf. Maurice Faivre, « Les archives de la guerre d’Algérie », L’Algérianiste, n°80, 1997, qui écrit en note : « Certaines pages des JMO ont disparu comme celles qui concernent la fusillade de la rue d’Isly ou le 5 juillet 1962 à Oran. Mais il est possible de tourner la difficulté en consultant les JMO manuscrits et ceux des régiments ».

[13Enquête sur l’histoire, n°2, 1992, p. 28.