Perpignan : succès de la mobilisation contre les nostalgiques de la colonisation


article communiqué de la LDH  de la rubrique extrême droite > l’O.A.S.
date de publication : samedi 16 juin 2007


Le 7 juin 2007, l’Adimad n’a pu tenir à Perpignan son rassemblement annuel d’hommage aux assassins de l’OAS.

[Première mise en ligne le 9 juin, mise à jour le 16 juin 2007]

Communiqué de la LDH

Perpignan : succès de la mobilisation contre les nostalgiques de la colonisation

Pour la première fois depuis 2003, le rassemblement annuel d’hommage autour d’une stèle élevée aux assassins de l’OAS au cimetière du Haut-Vernet n’a pu se tenir le 7 juin à Perpignan. La quarantaine d’associations qui se sont mobilisées pour obtenir l’interdiction de cette manifestation et qui ont tenu la veille une conférence de presse au siège de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme se réjouissent de cette victoire.

Mais ce n’est qu’une première étape. Le collectif demande maintenant que la stèle soit déplacée vers un lieu privé. Et que le Centre de la présence française en Algérie envisagé par le maire UMP de Perpignan en liaison avec certains groupes de nostalgiques de la colonisation devienne un musée reflétant toutes les facettes de l’histoire. Comme l’ont demandé les dix historiens et chercheurs en sciences sociales, spécialistes de la question algérienne, dans la synthèse de leur réflexion collective accessible sur le site Internet de l’Université de Perpignan [1].

Paris, le 11 juin 2006

COMMUNIQUE DE PRESSE
COLLECTIF DES PYRENEES ORIENTALES

Perpignan : les anciens de l’OAS réduits à l’impuissance

Une quarantaine d’organisations locales, régionales ou nationales se sont levées pour défendre les valeurs et les principes de la République contre une action prévue par l’Adimad, groupuscule extrémiste.

Cette action avait pour objet de rendre gloire, le 7 juin 2007, devant la stèle érigée à leur mémoire, à deux des quatre condamnés à mort et exécutés de l’OAS.

Ces quatre terroristes portent notamment la responsabilité :

  • du massacre, le 15 mars 1962 à Alger, de 6 inspecteurs des centres sociaux éducatifs créés par la déportée résistante Germaine Tillion,
  • de l’assassinat en 1961 du commissaire central Roger Gavoury, envoyé à Alger pour maintenir l’ordre républicain,
  • de deux attentats contre le général de Gaulle, qui avait conduit la politique de décolonisation,
  • de quelque 2700 morts, en Algérie et en France, parmi les civils et militaires d’origine algérienne ou européenne.

La détermination de 41 organisations républicaines a contraint le préfet à prendre un arrêté prévoyant l’interdiction de tout rassemblement aux abords du cimetière nord de Perpignan, site prévu pour l’hommage public à l’OAS.

De son côté, Jean-Paul Alduy, sénateur-maire UMP de Perpignan s’est vu contraint de prendre par arrêté, une mesure de fermeture du cimetière pour empêcher la tenue de cette cérémonie. Dur revers pour Monsieur Alduy qui avait favorisé l’installation de la stèle en 2003.

Les 41 organisations considèrent que cette interdiction est une victoire et que ce n’est qu’un début dans la lutte contre le révisionnisme.

Il leur apparaît maintenant essentiel de :

  • déménager cette stèle de Perpignan dans un lieu privé,
  • plus généralement, faire disparaître toutes les stèles analogues qui se trouvent en France dans un lieu public,
  • remettre en cause le projet d’élévation d’un mur dit des disparus de l’Algérie Française,
  • refuser que le Centre de la présence française en Algérie, financé par les deniers publics, soit géré et animé par le Cercle algérianiste dont les liens avec l’Adimad sont connus.

Les 41 organisations exigent que le musée de la période française en Algérie reflète toutes les facettes de l’histoire et ne soit pas le reflet d’une pensée unique. Ils en appellent à nouveau à la réconciliation entre les peuples français et algérien.

Perpignan, le 7 juin 2007

L’Adimad en échec

Perpignan - Après de longs atermoiements, le préfet des P.-O. et le maire de Perpignan se sont vus contraints d’interdire la cérémonie prévue par les nostalgiques de l’OAS.

Comme chaque 7 juin, depuis 4 ans, l’Adimad entendait organiser sa cérémonie rituelle dans l’enceinte du cimetière du Haut-Vernet devant la stèle dédiée à des tueurs de l’OAS. Les deux premières fois, la protestation s’était réduite à des communiqués de presse. Mais, la bataille de Marignane [2] du 6 juillet 2005 avait servi d’alerte générale, et le 7 juin 2006 à Perpignan, c’est sous les huées de dizaines de manifestants que la cérémonie de l’Adimad avait pu encore une fois se dérouler.

Cette année, les organisations réunies depuis plusieurs mois dans un collectif opposé au « projet de musée la mairie de Perpignan à la gloire de la colonisation » ont très tôt alerté l’opinion publique et coordonné leur action avec plusieurs organisations nationales [3]. Dès le 17 avril, Jean-François Gavoury, président de l’Anpromevo et Jean-Philippe Ould Aoudia, secrétaire général de l’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, s’adressaient au préfet des P.-O. et au maire de Perpignan pour qu’ils interdisent la « cérémonie » des pro-OAS considérée à juste titre comme « une forme d’expression de l’apologie de crimes de guerre et constitutive notamment d’un trouble réel à l’ordre public » [4].

Le 17 mai, vingt organisations départementales accomplissaient la même démarche. Le 6 juin, le préfet leur notifiait que « tout rassemblement aux abords du cimetière du Haut-Vernet était interdit » [5], son arrêté n’indiquant pas de façon explicite que la cérémonie des nostalgique de l’OAS à l’intérieur du cimetière était elle aussi interdite. L’ambiguïté de cette rédaction avait de quoi surprendre, au point qu’au cours d’une conférence de presse tenue le même jour, les organisateurs du contre-rassemblement et diverses personnalités [6] exprimaient leurs doutes quant aux intentions réelles du préfet : manœuvre dilatoire ou maladresse rédactionnelle ?

En fait, ni l’un ni l’autre, puisqu’il s’agissait d’un partage des taches entre la préfecture et la mairie, comme devaient le constater le lendemain dès huit heures, les nombreux militants venus exercer leur droit de vigilance : les portes du cimetière du Haut-Vernet étaient fermées par arrêté municipal et les gendarmes étaient chargés de faire appliquer l’interdiction de se rassembler à l’extérieur comme à l’intérieur du cimetière.

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Les militants se sont relayés de 8h à 16h pour s’assurer que l’interdiction préfectorale à l’encontre du rassemblement de l’Adimad était respectée.

C’est une grande victoire dont il faut apprécier la portée réelle au regard des complaisances dont jouissent les pro-OAS et les nostalgiques de l’Algérie française de la part de la municipalité de Perpignan. On est en droit de penser que cette victoire peut changer la donne quant au projet du « Centre de documentation de la présence française en Algérie » et du « Mur des disparus ». Rien n’est encore joué, mais les démocrates et les républicains viennent de remporter une première bataille.

Roger Hillel

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Le cimetière du nord fermé pour éviter tout dérapage
L’hommage des nostalgiques de l’OAS n’a pas eu lieu hier en raison des tensions de l’an dernier

L’Indépendant du 8 juin

Le préfet des P.-O. Thierry Lataste a préféré jouer la carte précaution. Histoire d’éviter tout risque de débordements entre les anciens de l’Algérie française et leurs opposants, pour la plupart des représentants de la Ligue des droits de l’Homme, du PC, du MRAP ou de la FNACA pour ne citer qu’eux, une compagnie de gendarmerie a fait barrage hier devant les portes du cimetière du nord. Avec pour mot d’ordre : « Personne ne rentre aujourd’hui. La seule exception concerne les familles qui doivent assister dans l’après-midi à des inhumations. Nous filtrerons à l’entrée pour les laisser passer et c’est tout. Des gendarmes seront de toute façon postés autour de la stèle afin qu’aucun rassemblement n’y soit organisé », n’a eu de cesse de répéter Henri Castet, le directeur départemental de la sécurité publique, présent toute la matinée devant le cimetière du nord.

Il faut dire qu’après les événements de l’an dernier et le face à face des plus tendus entre les nostalgiques de l’OAS et les manifestants, les autorités ont cette année coupé l’herbe sous les pied des associations de pieds-noirs, harkis et du Cercle national des rapatriés. Pour le plus grand soulagement des opposants, sur le qui vive dès les premières heures de la matinée, dont Jean-François Gavoury, fils du commissaire central d’Alger, assassiné en 1962. « Il faut savoir que ces nostalgiques de l’OAS, comme on les appelle, viennent rendre hommage aux deux activistes Dovecar et Piegts fusillés pour avoir participé au meurtre de mon père. Je suis donc heureux de voir que cette fois, on a gagné. La mobilisation des 30 organisations ayant appelé à empêcher ce rassemblement a payé. Et j’espère que la mesure est définitive », confiait-il hier matin.

M. M.

Le 9 juin, L’indépendant publiait sur son site internet une réaction de lecteur :

Enfin une mesure d’un grande sagesse prise par le préfet des P O qui répare les injures faites depuis trop longtemps par la République aux victimes de l’OAS. Merci à tous ceux qui ont contribué à interdire l’accès du cimetière aux nostalgiques de l’OAS. Mon père, le Commandant Bourgogne a été assassiné par l’OAS le 11 avril 1962.

Genevieve Pilhion

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Conférence de presse du 6 juin

La veille, le collectif avait tenu une conférence de presse, en présence de plusieurs personnalités : Jean-François Gavoury, président de l’Anpromevo, Jean-Pierre Gonon, ancien avocat au barreau d’Alger, membre fondateur et vice-président de France-Algérie, Gilles Manceron, historien, membre du bureau national de la LDH, Henri Pouillot, membre du bureau national du MRAP. A cette occasion, Jean-François Gavoury a donné lecture d’une déclaration dont nous reprenons ci-après les éléments les plus importants.

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La conférence de presse du 6 juin.

En 2003, la municipalité de Perpignan, conduite par un élu dont l’appartenance à l’UMP laissait présumer la fidélité aux valeurs fondatrices de notre Constitution, a, non seulement toléré et cautionné, mais en réalité favorisé l’implantation d’un cénotaphe érigé à la gloire de ceux qui, en 1961, ont fait le choix de renverser les institutions et de retourner contre la République et contre le chef de l’Etat les armes qui leur avaient été confiées.

Comme si cette provocation ne suffisait pas, il est question que, cette année, voit le jour, dans cette même ville — dont le maire, je le souligne, se réclame du groupe sénatorial d’amitié France-Algérie —, un “Mur des Disparus” adossé au centre de promotion de la France coloniale en Algérie.

C’est dire combien, contre un tel risque, la mobilisation la plus large s’impose au sein des formations et mouvements républicains, en pays catalan comme sur l’ensemble du territoire.

A la veille du 1er tour des élections législatives, comment ne pas conjurer le président du comité départemental de l’UMP des Pyrénées-Orientales de se ressaisir en condamnant les cercles et organisations qui viennent ici, au cimetière du Haut-Vernet, chaque année depuis 2003, piétiner la mémoire du Général de Gaulle ? Comment ne pas l’exhorter, à quelques jours d’une échéance aussi déterminante, à déclarer publiquement que la Ville de Perpignan renonce à porter plus longtemps le projet d’un mémorial partisan ?

Au nom de l’Anpromevo, j’appelle les républicains de la région Languedoc-Roussillon à faire barrage à tout projet d’installation d’un nouveau lieu de culte de la seule mémoire des représentants de la France coloniale : et j’espère que ma voix, ce soir, portera jusqu’à Montpellier.

Jean-François Gavoury, président de l’Anpromevo

Notes

[1] Pour accéder à ce rapport.

[2] Voir le livre éponyme de Jean-Philippe Ould Aoudia et Jean-François Gavoury, Editions Tirésias, 2006.

[3] MRAP, LDH, ANPROMEVO, Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, MPE, FAMILLES ET AMIS D’ALGERIE, UNSA Education, Internationale Gaulliste, Union citoyenne gaulliste, France-Algérie …

[4] Voir notre page Non à la cérémonie pro-OAS du 7 juin 2007 à Perpignan !.

[5] Voir notre page interdiction de l’hommage aux assassins de l’OAS prévu à Perpignan le 7 juin 2007

[6] Jean-François Gavoury, président de l’Anpromevo, Jean-Pierre Gonon, ancien avocat au barreau d’Alger, membre fondateur et vice-président de France-Algérie, Gilles Manceron, historien, membre du bureau national de la LDH, Henri Pouillot, membre du bureau national du MRAP.


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