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Pierrefeu reçoit ses premiers migrants calaisiens

mercredi 26 octobre 2016

Quatorze réfugiés – 8 enfants et 6 adultes – venant de Calais sont arrivés le 20 octobre à Pierrefeu-du-Var. On ne peut que se réjouir de l’amélioration de leurs conditions de séjour par rapport à ce qui était prévu : ils seront logés à l’extérieur de l’enceinte de l’hôpital, en zone non inondable.

Mais le sentiment dominant aujourd’hui est celui d’un malaise profond devant la multiplication de propos racistes et due recours à des arguments xénophobes. Grande est la responsabilité de certains politiques !

Après un communiqué de l’association Forum réfugiés, et quelques notes sur la situation varoise, vous trouverez ci-dessous un communiqué de la LDH qui aborde l’évacuation de ce qui a été l’un des plus grands bidonvilles d’Europe, la "jungle" de Calais.

Communiqué de Forum réfugiés

Pierrefeu, le Forum réfugiés-Cosi accueille dans le Var quatre familles arrivées de Calais [1]

Depuis ce matin 20 octobre, Forum réfugiés-Cosi héberge dans le Centre d’accueil et d’orientation (CAO) de Pierrefeu du Var ouvert le jour même, 14 personnes en provenance de Calais, 6 adultes et 8 enfants.
Elles ont été accueillies par le Sous-préfet Sabry HANI, chargé de mission auprès du préfet du Var, la Direction départementale de la Cohésion sociale, la direction de l’hôpital psychiatrique (CHS) qui met à disposition un bâtiment non utilisé, et l’équipe de Forum réfugiés-Cosi. Les services de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et l’association Promosoins interviennent ce même jour pour un diagnostic administratif d’une part, médical d’autre part.

Conformément à l’objet du CAO, lequel verra prochainement sa capacité portée à trente places, les familles resteront à Pierrefeu le temps que les procédures administratives (admission au séjour, demande d’asile, ouverture des droits) soient engagées et qu’une place d’hébergement correspondant à leur statut soit trouvée.

Forum réfugiés-Cosi s’apprête à participer, dans plusieurs départements, à l’accueil de demandeurs d’asile arrivant de Calais après le démantèlement du campement, dès le lancement de l’opération. Un soin tout particulier est apporté pour assurer un accompagnement professionnel adapté à la vulnérabilité des personnes. Pour ce faire, Forum réfugiés-Cosi collabore étroitement avec les services de l’État, les élus, les associations et les bénévoles qui, nombreux, proposent une aide à la hauteur de la tradition d’accueil de notre pays.

Le maire de Pierrefeu, Patrick Martinelli, a très vite déclaré son opposition à ce qui n’était alors qu’un projet. Réuni dans l’urgence, le jeudi 6 octobre, le conseil municipal a adopté à l’unanimité une motion contre "l’ouverture d’un Centre d’accueil et d’orientation (CAO) pour les migrants" sur la commune.
Pour associer la population à son refus, la municipalité a organisé une "marche citoyenne" qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes de la mairie à l’hôpital, dans la matinée du samedi 8 octobre.

Un rassemblement volontairement distinct de celui du Front national – ce dernieri s’est déroulé au cours de l’après-midi du même samedi 8 octobre.

Le même jour, de 200 à 250 personnes favorables à l’accueil des réfugiés, se sont retrouvées entre 11h et 13h à Pierrefeu à l’appel notamment du Collectif migrants varois.

Pascal Brun, porte parole du Comité départemental contre l’extrême-droite a pris la parole pour expliquer les raisons de cette mobilisation : « On a décidé de faire un rassemblement pour ne pas laisser le Front National seul porter une voix sur la question des migrants. On ne peut plus entendre dire que les migrants sont des voyous, des voleurs, des violeurs ou des terroristes. »

À l’hôpital, le syndicat Sud santé sociaux réagit dans le même sens [2] :

« Je tiens à ce que les choses soient bien claires. J’ai l’impression qu’il y a un amalgame sur les migrants », observe Arnaud Troubady, son secrétaire.
« Nous sommes opposés au fait de recevoir des migrants dans un hôpital psychiatrique. Ce ne sont pas des conditions d’accueil décentes et de surcroît, dans une zone inondable », s’exclame-t-il.
Mais il rejette les appels à la haine qui se multiplient, notamment sur les réseaux sociaux.

Communiqué LDH

Paris, le 24 octobre 2016

« Mise à l’abri » des migrants de Calais : pis-aller ou respect des droits ?

L’Etat a engagé à nouveau le démantèlement de la « jungle » de Calais.

La Ligue des droits de l’Homme ne peut que s’interroger sur la préparation, les modalités et la finalité de cette opération qui intervient, à Calais et ailleurs, après une période de répression souvent brutale à l’encontre des migrants et parfois des militants et bénévoles qui leur viennent en aide.

En amont, peu d’efforts ont été faits pour établir un diagnostic fiable de la situation des personnes et trouver des solutions adaptées. Ainsi les mineurs n’ont pas été mis sous protection et ceux d’entre eux qui souhaitent rejoindre un membre de leur famille en Angleterre ne le pourront toujours pas et reviendront si on les éloigne de 7Calais. La France n’a ni tenté de renégocier la gestion de sa frontière avec le Royaume-Uni, ni envisagé de ne plus appliquer le règlement Dublin III qui fait peser une menace d’expulsion sur les migrants qui sont entrés dans l’Union européenne par des pays bien peu généreux en ce qui concerne les demandes d’asile.

Les migrants qui sont en voie d’évacuation, de leur plein gré pour les uns, par la force pour d’autres, sont emmenés vers des centres d’accueil et d’orientation (CAO) répartis sur l’ensemble du territoire. Il faut saluer à cet égard tous les maires, les élus locaux et les citoyens qui se sont engagés pour que cet accueil puisse se réaliser, malgré les campagnes xénophobes et les réactions hostiles fomentées ici et là.

Pour autant ces CAO sont avant tout des « lieux de répit », mis en place pour de
courtes durées, qui risquent de ne pas avoir les moyens d’assurer les fonctions qu’on leur a définies : fournir un accompagnement social et faire un tri, souvent discutable, entre ceux qui pourraient avoir le droit de solliciter une protection au titre de l’asile et les autres. Encore faudrait-il que dans ce qui s’apparente à des « hotspots » l’Etat assure l’information, la traduction, l’intervention de juristes, c’est-à-dire les conditions permettant de respecter les droits des personnes, aussi bien que le suivi social, médical et psychologique souvent indispensable pour ces personnes qui ont fui, au péril de leur vie, des situations dramatiques et traumatisantes.

Ce dispositif apparaît aujourd’hui comme un pis-aller, alors que l’Etat se révèle incapable d’assurer le fonctionnement normal des procédures qui existent pourtant pour les demandeurs d’asile : pourquoi faut-il plusieurs mois pour avoir un rendez-vous dans les plateformes d’accueil ? Pourquoi le nombre de places dans les centres d’accueil des demandeurs d’asile (Cada) est-il ridiculement insuffisant ? Et ne convient-il pas de prendre en compte les raisons multiples et également légitimes qui poussent les migrants à partir, en assurant à tous des possibilités de s’insérer dans la société française ?

Souvent, au cours de l’histoire, des Français ont dû s’exiler. Ils ont trouvé sur des terres souvent lointaines bienveillance et solidarité. Aujourd’hui, c’est en tenant compte de ses propres principes que la République française doit accueillir ceux qui frappent à sa porte, dans le respect de la dignité des personnes et de leurs droits fondamentaux.

Pierrefeu, le 8 octobre 2016