Histoire coloniale et postcoloniale

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Robert Ménard lance une guerilla dans les rues de Béziers

lundi 8 décembre 2014

Robert Ménard décide de débaptiser la rue du 19-Mars-1962, date des accords d’Evian, et de la renommer rue du Commandant-Hélie-Denoix-de-Saint-Marc. La proposition devrait être présentée lors du prochain conseil municipal, le 11 décembre. Robert Ménard veut dédier cette rue à la mémoire du commandant Hélie Denoix de Saint-Marc. Cet ancien résistant, opposé à la politique algérienne du Général de Gaulle, avait participé au putsch des généraux d’avril 1961.

[Mis en ligne le 5 décembre 2014, mis à jour le 8]


Robert Ménard refait la guerre d’Algérie dans les rues de Béziers

par Fanny Lesbros, Libération le 5 décembre 2014


La rue du 19-mars-1962, date du cessez-le-feu, sera débaptisée. Et renommée du nom d’un participant au putsch des généraux.
Robert Ménard refait l’histoire. Le maire de Béziers entend rebaptiser la rue du « 19 mars 1962 », date marquant le cessez-le-feu en Algérie, en rue du « commandant Hélie Denoix de Saint-Marc », un militaire ayant participé au putsch des généraux contre l’indépendance de l’Algérie.

« UNE PURE FICTION HISTORIQUE »

Pour Robert Ménard, coauteur de Vive l’Algérie française !, ce choix est « un hommage au courage et à l’héroïsme », contrairement à la date du 19 mars 1962 : « Dire que cela marque la fin de la guerre d’Algérie, c’est un pur mensonge historique ! Une pure fiction ! Il n’y a jamais eu autant de victimes de pieds-noirs et de harkis après. C’est du révisionnisme historique », avance-t-il à Libération.

Les responsables de la Fédération nationale des anciens combattant d’Algérie, Maroc, Tunisie (Fnaca) ont très mal pris l’information, ce jeudi matin, rapporte le Midi Libre. « Ça ne fait pas plaisir tout ça ! C’est se foutre du monde », a déclaré le président départemental de la Fnaca, qui n’exclut pas « l’organisation d’une manifestation » si le conseil municipal de Béziers entérine sa décision. Car pour les anciens combattants, c’est bien cette date qui marque la fin des combats en Algérie.

L’argumentaire de Ménard est habituellement utilisé par les partisans de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), organisation clandestine qui s’opposait à l’indépendance de l’Algérie par tous les moyens, y compris terroristes. D’ailleurs, la décision de débaptiser cette rue résonne avec une célébration qu’a organisée le maire d’extrême droite cet été, en l’honneur du massacre d’Oran du 5 juillet 1962 – des centaines de civils européens et des harkis ont été sauvagement tués. Robert Ménard avait décidé de prononcer son discours commémoratif devant une stèle érigée en hommage à quatre membres fusillés de l’OAS, dont Bastien-Thiry, organisateur de l’attentat raté du Petit-Clamart contre De Gaulle.
 [1]

« JURIDIQUEMENT, IL A LE DROIT DE FAIRE ÇA »

Cette renomination sera soumise jeudi au vote du conseil municipal. La commune rendra donc hommage au commandant Hélie Denoix de Saint-Marc. Né à Bordeaux en 1922 et mort à La Garde-Adhémar (Drôme) en 2013, le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc avait été résistant et déporté à Buchenwald. En 1961, il avait désobéi en participant au putsch des généraux à la tête du 1er REP (Régiment étranger de parachutiste). L’opération échouera et il se constituera prisonnier. Il sera condamné à dix ans de réclusion et effectuera cinq ans de prison avant d’être gracié par le général De Gaulle. Il a été réhabilité en 1978 et a même été élevé en novembre 2011 au rang de Grand-Croix de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy.

L’opposition socialiste de Béziers s’opposera à ce projet. « Juridiquement, il a le droit de faire ça. Mais il s’agit d’une faute politique et morale. Le rôle du maire n’est pas de dresser les uns contre les autres. Il ne faut pas réécrire l’histoire au profit de la frange la plus radicale des partisans de l’Algérie française », déplore Jean-Michel du Plaa, président du groupe PS au conseil municipal. « Il ne peut pas effacer le souvenir des appelés pour qui cette date est importante, car elle signe la fin des hostilités, le moment où ils pouvaient rentrer chez eux », ajoute-t-il.

En débaptisant la rue du « 19 mars 1962 », le maire, né à Oran, se dit satisfait d’avoir pu réaliser cette promesse faite aux harkis et aux pieds-noirs. Et refuse de passer pour un provocateur. « Je veux juste montrer que la colonisation française a eu aussi des effets positifs. Cela a permis aussi de construire des hôpitaux, des ports… et même de faire naître le sentiment national algérien. »

Des provocations et des coups médiatiques, Ménard en a pourtant enchaîné depuis son élection à la mairie au printemps avec le soutien du FN : interdiction d’étendre son linge aux balcons, couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans, interdiction de cracher et, dernièrement, installation d’une crèche dans les locaux de la mairie. Fin novembre, le préfet lui a fait savoir que cette crèche contrevenait « aux dispositions constitutionnelles et législatives garantissant le principe de laïcité ». Sans résultat.

Fanny Lesbros


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À Béziers, Robert Ménard refait l’histoire

par Alexandre Fache, L’Humanité le 8 décembre 2014


Le maire d’extrême droite veut débaptiser la rue du 19-mars-1962 pour honorer l’un ?des militaires putschistes ?d’avril 1961.

À Béziers, Robert Ménard ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Le nouvel édile, plus que jamais soutenu par le Front national, vient d’annoncer son intention de rebaptiser la rue du 19-mars-1962, date des accords d’Évian, en rue du Commandant-Hélie-DeNoix-de-Saint-Marc, l’un des tristement célèbres militaires ayant participé au putsch des généraux visant à faire tomber de Gaulle, en avril 1961. Objectif affiché par Ménard ? : « ?Rendre hommage aux combattants de l’Algérie française.? »

Car ce n’est pas tant le résistant, déporté à Buchenwald, que le maire de Béziers entend honorer par ce geste, qui doit être validé le 11 ?décembre, lors du prochain conseil municipal. Mais bien le « ?soldat splendide de l’Indochine et d’Algérie, qui tint sa parole d’officier légionnaire en tentant de sauver l’Algérie française ? », comme l’a justifié Ménard en annonçant cette décision « ?réparatrice ? », vendredi dernier. « ?C’est une provocation de plus de la part de ce va-t-en-guerre des mémoires qu’est devenu Robert Ménard ? », regrette Jean-François Gavoury, président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS. De fait, après la célébration, l’été dernier, du massacre d’Oran du 5 ?juillet 1962, et un discours prononcé devant une stèle érigée en mémoire de quatre membres fusillés de l’OAS, Robert Ménard ne recule devant rien pour faire parler de lui. La provocation, toutefois, pourrait ne pas rester sans suite.

« ?Le sous-préfet peut très bien demander au préfet de déférer cette décision devant le tribunal administratif de Montpellier, précise Jean-François Gavoury. Et des personnes s’estimant lésées par ce geste peuvent également saisir cette juridiction.? » En 2011, le Conseil d’État avait condamné la mise en place, à Marignane, d’une stèle glorifiant les « ?combattants de l’Algérie française ? », jugeant qu’elle était de nature à « ?entraîner des troubles à l’ordre public ? » [2].

Alexandre Fache



Voir en ligne : Hélie Denoix de Saint-Marc ou la fabrication d’un mythe


[1[Note de LDH-Toulon] – Voir cette page : Robert Ménard s’incline devant une stèle glorifiant l’OAS.

[2[Note de LDH Toulon] – Pour plus de précision concernant cette décision du Conseil d’État, voir : une stèle dédiée à l’OAS n’a pas sa place dans un cimetière : le Conseil d’État a tranché.