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Robert Ménard s’incline devant une stèle glorifiant l’OAS

vendredi 11 juillet 2014

À l’origine, la stèle de Béziers avait été érigée à la mémoire des morts civils et militaires laissés en Outre-Mer. Peu à peu, elle a été transformée en un hommage à l’action de l’OAS. Sur cette stèle figurent les photos des quatre membres de l’OAS qui ont été fusillés après avoir été condamnés à mort par les tribunaux français, suivies de la phrase "N’oubliez jamais leur sacrifice". Il s’agit de Jean Bastien-Thiry qui organisa en 1962 l’attentat du Petit Clamart dans le but d’assassiner le général de Gaulle ; Roger Degueldre, créateur des commandos Delta de l’OAS, Albert Docevar et Claude Piegts qui avaient participé en mai 1961 à l’assassinat du commissaire central d’Alger Roger Gavoury.

C’est devant cette stèle que le maire de Béziers, Robert Ménard, et le député UMP, Elie Aboud, ceints de leurs écharpes tricolores, ont déposé ensemble une gerbe. C’est devant ce monument que Robert Ménard a prononcé un discours provocateur. Ce n’était pas la première cérémonie organisée devant ce monument mais c’était sans doute la plus choquante.

[Mis en ligne le 10 juillet 2014, mis à jour le 11]


Béziers : Ménard s’incline devant une stèle glorifiant l’OAS

par Laura Thouny, Le Nouvel Observateur, le 10 juillet 2014


Dernière provocation en date du maire d’extrême droite : commémorer les "massacres d’Oran" devant les photographies de fusillés de l’OAS.

Robert Ménard a déposé une gerbe sur la stèle glorifiant des membres de l’OAS. (Sylvain Thomas/Pascal Guyot/AFP)

Un geste que Robert Ménard assume totalement. Le maire de Béziers, élu avec le soutien du Front national, a commémoré samedi dernier les "massacres d’Oran" du 5 juillet 1962 devant une stèle en l’honneur de quatre fusillés de l’OAS - une cérémonie en forme d’appel du pied à l’égard de son électorat pied-noir.

Depuis des années, cette stèle qui se trouve dans le cimetière municipal de Béziers provoque le courroux de l’opposition. Y figurent en effet les photographies de Dovecar et Piegts, à l’origine de l’assassinat du commissaire d’Alger, de Bastien-Thiry, organisateur de l’attentat manqué contre De Gaulle au Petit-Clamart, et de Degueldre, fondateur des commandos Delta. Quatre hommes condamnés à mort par les tribunaux français après la guerre [d’Algérie].

"Je m’en contrefiche"

(Le Nouvel Observateur)

Mais plutôt que de retirer la plaque commémorative, comme l’exigeait Aimé Couquet, membre du PCF, Robert Ménard a préféré s’incliner devant elle avec Elie Aboud, candidat malheureux aux municipales et député UMP de l’Hérault. Son ex-rival s’est joint à lui pour déposer une gerbe sur la stèle, en présence de 150 à 200 "rapatriés" de l’Algérie française. Et le fondateur de Reporters sans frontières, qui revendique ses racines pieds-noires, a prononcé un discours sur "l’indifférence du gouvernement d’alors" et les "centaines de Français d’Algérie livrés sans défense à Oran au couteau des égorgeurs" [1] Un classique de l’extrême droite, en somme. La "stèle de la honte" en supplément.

"Ça n’est pas une stèle en l’honneur de l’OAS, mais de fusillés comme il y en a tant eu, avec un certain nombre de noms qui figurent sur cette plaque", minimise auprès du Nouvel Observateur Robert Ménard. "Je suis né à Oran, mon père a failli être tué ce jour-là. Il y a un déni de réalité sur ce qui s’est passé." Les critiques ? "Je m’en contrefiche", assène le maire de Béziers.

Une démarche "électoraliste"

"C’est une véritable provocation", s’insurge de son côté Aimé Couquet, qui exigeait déjà du prédécesseur de Ménard le retrait de la stèle, en vain. "Nous n’avons rien contre les rapatriés d’Algérie. Ce qui nous pose problème c’est le fait de s’incliner devant ces photographies de tueurs de l’OAS qui ont été jugés et fusillés dans le cadre des lois de la République."

Le conseiller municipal dénonce un discours "tourné vers les principes de l’OAS". "Robert Ménard a beau avoir été élu sans l’étiquette Bleu Marine, il continue de porter des idées encore plus extrémistes que celles du FN", ajoute-t-il.

"Ça n’a pas été fait au petit bonheur la chance. Outre sa nostalgie de ce qu’a fait l’OAS en Algérie, on voit bien le côté électoraliste de la chose, vis-à-vis des nombreux rapatriés de Béziers."

Robert Ménard, lui, compte renouveler l’opération chaque année, et mettre "les drapeaux de la ville en berne le 19 mars", jour du cessez-le-feu de la guerre d’Algérie.

Laura Thouny - Le Nouvel Observateur



[Note de LDH-Toulon, ajoutée le 11 juillet 2014]

Robert Ménard a déclaré au Nouvel Observateur ; « Ça n’est pas une stèle en l’honneur de l’OAS, mais de fusillés comme il y en a tant eu, avec un certain nombre de noms qui figurent sur cette plaque ». Il semble laissser entendre qu’il y aurait eu de nombreux cas analogues à ceux dont les photos figurent sur la stèle de Béziers : Albert Dovecar, Claude Pegts, Roger Degueldre et Jean Bastien-Thiry.

Il n’en est rien : à notre connaissance, aucun autre militaire ou ancien militaire n’a été condamné à mort puis exécuté pour son action au sein de l’OAS.

Pour aller plus loin, on pourra consulter cette page : http://fr.wikipedia.org/wiki/Organi....


[1Le discours de Robert Ménard est repris sur le site de la mairie de Béziers : http://www.ville-beziers.fr/votre-m....
On remarquera que la photo qui accompagne ce texte est tronquée, dissimulant la stèle à la gloire de Dovecar, Piegts, Degueldre, Bastien-Thiry devant laquelle Ménard parlait.