Histoire coloniale et postcoloniale

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Roms de La-Seyne : “en danger”

dimanche 30 décembre 2012

Toujours pas de solution pour l’ensemble des Roms bosniens qui ont installé un campement à la cité Berthe de La-Seyne-sur-Mer – mais ils continuent à être soumis à des intimidations en vue de leur faire quitter les lieux qu’ils occupent.

Vendredi 21 décembre 2012, des membres du collectif ont essayé d’être reçus en mairie de La-Seyne. Mais en vain... Ils ont donc rendu publique la lettre ouverte adressée au maire – vous la trouverez ci-dessous, suivie de la réponse de la mairie de La Seyne, publiée dans La Marseillaise du 30 décembre.

Le 24 décembre des membres du collectif s’étaient retrouvés au campement pour remettre des jouets aux enfants.

[Mis en ligne le 24 décembre 2012, mis à jour le 30]


Action à la veille de Noël du Collectif varois de soutien aux Roms (publiée dans La Marseillaise du 30 décembre 2012) (DR)

Enfants, femmes et hommes « en danger ! »

[La Marseillaise, le 26 décembre 2012]


Roms de Berthe : Le collectif varois de soutien aux Roms s’alarme et demande audience au maire de La Seyne.

Continuant de militer pour « la reconnaissance des droits des personnes » et portant « l’exigence que la France traite dignement et humainement toutes les personnes vivant sur son sol », le collectif varois de soutien aux Roms à remis ce lundi 24 décembre des jouets aux enfants des familles installées, depuis puis plusieurs mois, dans un campement de fortune au Nord de La Seyne. Il avait déjà organisé samedi « un déjeuner de la paix ».

Si l’action apparaît symbolique dans un contexte dramatique : Ces Roms ayant fui la Bosnie, où ils étaient persécutés, pour vivre ici dans des conditions déplorables, et il sont de surcroît notamment visés par la vindicte de gens du voyage qui se trouvent à proximité. Le collectif affirme ainsi que, clairement, « de jeunes enfants, des femmes et des hommes sont en danger ».

Après (n)’avoir obtenu de la Préfecture – alertée depuis le 19 octobre- (qu’)une solution d’hébergement provisoire d’une trentaine d’entre eux, le collectif s’inquiète sérieusement, évidemment du sort de ceux restant sur le carreau (une trentaine également). Mais aussi, parce que les plus chanceux ne seront accueillis (dans les locaux de l’ancien hôpital Clemenceau à Toulon) que dans une dizaine de jours. Trop long, selon l’évaluation faite de la menace qui plane sur ces gens.

C’est pourquoi, les organisations de soutien aux Roms ont réclamé par deux fois la semaine dernière au maire de La Seyne Marc Vuillemot (PS), une rencontre.

Mais cet « appel au secours » n’ayant toujours pas été entendu, elles ont opté pour une « lettre ouverte » afin de l’alerter sur la situation. Une lettre dans laquelle le collectif déplore que « les élu(e)s de la municipalité » ne soient pas au minimum, « venus constater le dénuement dans lequel vivent ces personnes ».

L. A.


Un Noël pour les Roms à La Seyne

[Var-Matin, 25 décembre 2012]


Le collectif varois de soutien aux Roms de La Seyne s’est rendu sur le campement (au Fructidor, quartier Berthe) ce lundi matin pour apporter quelques jouets aux enfants et offrir un verre aux familles. Un geste de soutien vers ces Roms, menacés d’expulsion.

Lettre ouverte au Maire de La-Seyne-sur-Mer

La-Seyne-sur-Mer, le 22 décembre 2012

Monsieur le Maire,

Nous vous souhaitons un Joyeux Noël et une Bonne et Heureuse Année.

A deux reprises cette semaine, le collectif Roms regroupant plusieurs organisations CNL, CLCV, CGT, FSU, RESF, LDH, FAP, FCPE, ATTAC, EELV, NPA, PCF, Solidaires, PG, Secours populaire, et les familles Roms du campement de La-Seyne-sur-Mer, a sollicité un rendez-vous auprès de vous ou d’un représentant de la municipalité.

Quel était l’objet de la demande ? Tout simplement vous faire part de nos inquiétudes, au sujet du devenir de cinquante personnes vivant sur le sol de la commune. Notre intention n’était ni belliqueuse, ni outrancière, ni exubérante. En fait, nous souhaitions en toute simplicité, partager un moment d’humanité, avec un élu dont nous pensions qu’il pouvait être compréhensif face au déchirement qui occupe nos journées et hante nos nuits.

En effet de jeunes enfants, des femmes des hommes sont en danger.

Face à cette situation très grave, nous comptions sur votre implication personnelle en tant qu’élu de gauche, maire d’une des dix plus grandes villes de la région PACA, et sur l’implication des élus de la municipalité pour donner un sens nouveau au sort de ces personnes.

Nous attendions des élu-e-s de la municipalité qu’elles et qu’ils viennent constater le dénuement dans lequel vivent ces personnes.

C’est la raison pour laquelle nous avions organisé samedi dernier un repas de l’amitié et de la fraternité ; nous avons d’ailleurs regretté que seule une élue ait considéré qu’il s’agissait d’un moment important. Nous remercions cette élue qui a répondu à l’appel de détresse de ces personnes et qui réellement et concrètement a su trouver le temps en s’impliquant personnellement dans ce combat pour le respect, la dignité et le droit des personnes.

Ces personnes sont-elles « maltraitées » ? Le mot est faible. Car cela sous-entendrait qu’il y a manque de respect de la personne humaine – c’est-à-dire qu’elles existeraient. Or notre pays ne les reconnaît pas. Tout juste existent-elles lorsqu’elles gênent et occupent un patrimoine public ou privé. En fait, le mot qui convient le mieux est l’ « ignorance ». L’ignorance est confortable car elle permet de ne pas connaître, d’être indifférent et de se soustraire à son devoir de fraternité.

Ce vendredi nous sommes venus devant l’hôtel de ville avec les familles Roms dans l’espoir de vous rencontrer afin de vous demander de nous aider à venir au secours de ces personnes. Nous pensions naïvement que notre appel au secours serait entendu par le Maire de La-Seyne-sur-Mer ; force est de constater que notre démarche n’a été ni comprise ni entendue malgré la foultitude d’explications fournies dès le 19 octobre dernier.

Car c’est depuis cette date, le 19 octobre, que nous vous avons alerté ainsi que la préfecture, de la situation de vie indigne de ces personnes, menacées d’être chassées du campement qu’elles occupent, parce que le minimum de leurs droits est nié par la République. Nous réclamons Justice pour ces enfants, ces femmes, ces hommes. Nous réclamons que, chassés de leur pays, ils soient traités de façon digne et humaine par La République et tous ses élu-e-s.

Nous pensions avoir cette discussion avec vous. Malheureusement, les portes se sont fermées.

Alors que nous venions en toute fraternité discuter avec le représentant de la commune, nous avons trouvé la police municipale et la police nationale. Quelle pouvait être votre crainte ? Avons-nous précédemment agi irrespectueusement ? Qu’avons-nous fait pour ne pas mériter le respect dû à notre combat ? Défendre la personne humaine, sa dignité, son droit à vivre en toute sécurité, n’est-ce pas une cause honorable ? Agir contre toute injustice commise contre quiconque en quelque partie du monde, n’est-ce pas un combat qui honore toutes les générations de femmes et d’hommes de gauche de notre pays ?

Devons-nous en rester là de nos relations ? Nous en prendrions difficilement notre parti. La franchise de nos propos vous permettra-t-elle de percevoir notre immense déception ? Il nous importe d’être honnêtes avec le Maire de La-Seyne-sur-Mer et de ne rien cacher de nos sentiments.

Nous rencontrerons-nous ? Nous le souhaitons et nous vous renouvelons notre demande.

Recevez, monsieur le maire, nos salutations citoyennes.

Le collectif varois de soutien aux Roms :
ATTAC, CGT, CLCV, CNL, EELV, FAP, FCPE, FSU, LDH, NPA, PCF, PG, RESF, Secours populaire, Solidaires

La Ville travaille avec les services de l’Etat

[La Marseillaise, 30 décembre 2012]


Roms de Berthe. La municipalité de La Seyne apporte, par la voie d’un communiqué, des précisions sur son rôle.

Nous avions rendu compte, dans notre édition du 26 décembre, de l’inquiétude du Collectif varois de soutien aux Roms. Nous faisons à présent part du communiqué transmis par la municipalité de La Seyne qui apporte des précisions sur la situation :
« Depuis plusieurs mois, la municipalité de La Seyne travaille avec les services de l’Etat sur la situation des Roms de Bosnie installés au Fructidor. Elle a très tôt alerté sur la détresse que vivent ces personnes. La municipalité s’investit au quotidien pour obtenir de la puissance publique les meilleures solutions possibles, tant pour les conditions d’hygiène de ces familles que pour leur sécurité face à certaines agressions dont elles ont été victimes, pour la scolarisation de leurs enfants ou l’étude de leurs situations au titre des droits des réfugiés. Il s’agit aussi, pour la municipalité, de préserver l’environnement sanitaire et social d’un quartier dont des résidents l’interpellent à juste titre pour lui rappeler qu’il est délicat de rajouter de la misère à la misère.

La municipalité se réjouit que des structures humanitaires et de défense des droits s’investissent comme elle sur ce dossier. Elles sont d’ailleurs en contact régulier avec les plus proches collaborateurs du maire, que celui-ci a chargé de suivre cette situation dramatique, et qui sont sur site autant que nécessaire, avec les services de l’État. Chacun comprendra que la résolution du problème appelle du calme, de la méthode et de la discrétion, afin de ne pas nuire à une issue humaine, digne et conforme au droit républicain ».