Tibet : tout silence est complice


article communiqué de la LDH  de la rubrique international > Chine
date de publication : lundi 17 mars 2008


Devant des journalistes à Dharamsala, en Inde, siège du gouvernement tibétain en exil, le dalaï lama a réclamé qu’une « organisation internationale respectée puisse établir ce qu’est la situation au Tibet et quelle en est la cause ».

« Que ce soit de façon intentionnelle ou non intentionnelle, une forme de génocide culturel est en train d’avoir lieu », a ajouté le chef spirituel des Tibétains, en référence à la politique de Pékin visant à encourager l’ethnie majoritaire Han à migrer vers la région et les restrictions pesant sur les pratiques bouddhistes au Tibet, envahi par la Chine en 1950.


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Des soldats chinois déployés sur une avenue de Lhassa au Tibet, le 15 mars 2008 (AFP).

COMMUNIQUÉ LDH

Paris, le 17 mars 2008

Répression au Tibet : tout silence est complice

Encore une fois la police et l’armée chinoise s’en prennent brutalement à la résistance tibétaine : dix morts selon les autorités, bien davantage de toute évidence.

Alors que la Chine s’apprête à accueillir les Jeux olympiques, elle multiplie ouvertement les atteintes aux droits de l’Homme et à la liberté des peuples. Parce que le souvenir des Jeux de Berlin en 1936 est une tache ineffaçable sur le passé de l’olympisme, aucun des partenaires de la Chine pour les Jeux de Pékin 2008 n’a le droit de se taire devant la manière dont le régime chinois traite tant les peuples qu’il prétend coloniser que ses propres citoyens.

Il serait temps que le gouvernement français et l’Union européenne mettent enfin leurs actes en conformité avec leur discours et exigent du gouvernement chinois un changement radical d’attitude avant les Jeux.

La Ligue des droits de l’Homme appelle dès maintenant tous les citoyens à écrire à l’Ambassade de Chine à Paris pour exprimer leur indignation et leur solidarité avec les victimes de la répression autoritaire.

De son exil indien, le dalaï-lama se dit "très, très inquiet"

par Françoise Chipaux, le 17 mars 2008

A quelques heures de l’ultimatum du lundi 17 mars (minuit heure locale) adressé par les autorités chinoises aux manifestants tibétains de Lhassa pour qu’ils se rendent, le dalaï-lama s’est déclaré, dimanche, "très très inquiet" quant à la tournure des événements, affirmant qu’il avait, "aujourd’hui, le même sentiment que le 10 mars 1959" (le jour de son départ en exil).

Dans sa première intervention publique depuis le début des manifestations, le dalaï-lama a affirmé son "impuissance" à stopper ce qu’il a appelé "un mouvement populaire", précisant qu’il avait reçu des appels du Tibet lui demandant de "ne pas appeler à la fin des manifestations". Il a expliqué la crise actuelle par "la frustration grandissante" des Tibétains vis-à-vis de la Chine, avertissant que la force ne mettrait jamais fin à la résistance populaire. Il a appelé à une enquête internationale non seulement sur les événements mais aussi sur leurs causes.

Malgré la colère des réfugiés de Macleod Ganj, à Dharamsala, qui ont défilé en masse, dimanche, par solidarité avec leurs frères de l’intérieur, le dalaï-lama n’a pas fermé la porte du dialogue avec Pékin, affirmant même que "la Chine, de par sa population la plus nombreuse du monde, de par sa longue histoire et sa culture, mérite les Jeux olympiques". Le chef spirituel des Tibétains a toutefois ajouté qu’il est "de la responsabilité morale de la communauté internationale de rappeler au gouvernement chinois d’être un hôte convenable".

Tout au long de cette conférence de presse d’environ une heure, le dalaï-lama s’est efforcé de distinguer les responsables de Pékin de ceux de Lhassa, rejetant sur ces derniers la responsabilité de la répression. "La crise présente est de la responsabilité des leaders locaux. Ils n’utilisent que la force. La stabilité et la paix apportées par la force équivalant à la loi de la terreur." Détaillant les étapes du dialogue ouvert avec Pékin en 2001, il a affirmé qu’après un début prometteur, le dialogue avait tourné court en 2006, l’attitude des autorités au Tibet s’étant sérieusement durcie. "La situation est beaucoup plus sévère depuis la nomination \[en mai 2006\] de Zhang Qing li comme nouveau secrétaire du Parti communiste au Tibet", a-t-il précisé. Il s’est toutefois réjoui que "de plus en plus de Chinois, en particulier parmi les intellectuels, montrent des signes de solidarité" avec les Tibétains et a appelé la Chine à reconnaître qu’il ne voulait que "l’autonomie et non l’indépendance et que sa campagne était non violente".

Interrogé sur les divergences entre sa position modérée en faveur de l’autonomie et les demandes de plus en plus nombreuses d’organisations tibétaines en faveur de l’indépendance, le dalaï-lama s’est contenté d’y voir "le signe positif de la démocratie" dans le mouvement tibétain. Les banderoles brandies par les manifestants sur l’esplanade du principal temple de Macleod Ganj quelques heures avant l’intervention du dalaï-lama n’étaient pas en demi-teinte. "La Chine est forte parce que nous sommes à genoux", proclamait l’une d’elle. "Le Tibet crie, la Chine tue et les Nations unies dorment", pouvait-on lire sur une autre. "Nations unies où êtes-vous ? Je suis fatiguée, je veux rentrer à la maison", portait en bandeau sur le front une jeune étudiante. Pour se rendre au temple, les manifestants avaient foulé des drapeaux chinois sur la principale rue de Macleod Ganj. De nombreuses affiches appellent au boycottage des JO.

"Le dalaï-lama est en dehors de ces manifestations. Elles ne sont pas officielles, c’est le travail d’ONG", précisait Lhagyal Tsering, professeur dans une école tibétaine, qui avoue avoir vu ses parents pour la dernière fois en 1989 à la frontière sino-népalaise. Dimanche en fin de journée, le gouvernement en exil affirmait avoir la confirmation que "80 personnes – pour la plupart des Tibétains – avaient été tuées depuis le début des manifestations" au Tibet.

Françoise Chipaux

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