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Toulon - Marignane : histoires de stèles et de plaques

dimanche 19 mars 2006, par la rédaction

Pourquoi la section toulonnaise de la LDH s’est-elle sentie concernée par la stèle de Marignane ?

Pour répondre à cette question il faut d’abord revenir une dizaine d’années en arrière. [1]

Le 18 juin 1995, Toulon et Marignane recevaient la même gifle : ce jour-là, les élections municipales envoyaient des majorités d’extrême droite aux conseils municipaux des deux villes, ainsi qu’à Orange.

Six ans plus tard, le 18 mars 2001, les histoires des deux villes ont divergé. Marignane réélisait Daniel Simonpieri comme maire, avec une étiquette d’extrême droite - Jean-Claude Gaudin attendra l’année 2004 pour le “recycler” en lui permettant de rejoindre le groupe UMP du Conseil général des Bouches-du-Rhône. De son côté, Toulon balayait de la mairie l’équipe d’extrême droite conduite par Jean-Marie Le Chevallier. Hubert Falco aura les mains libres pour gouverner la ville : 50 conseillers municipaux UMP ou UDF, face à 9 élus de gauche, mais plus un seul conseiller municipal FN ou MNR. Signe d’une volonté de rassurer l’électorat pied-noir, le poste de quatrième adjoint était attribué à une responsable du Cercle algérianiste
 [2].

L’intérêt manifesté par certains Toulonnais pour les événements de Marignane s’explique d’abord par une vigilance accrue devant le développement des thèmes de l’extrême droite, après le départ de l’équipe Le Chevallier. Et puis, des problèmes de plaques nous en avons rencontrés ...

La plaque aux « Martyrs de l’Algérie française », aux pieds des remparts de Vauban (© Marc Poveda)

Le carrefour Salan

Plusieurs éléments expliquent le succès électoral de l’extrême droite à Toulon en 1995 : le long règne de Maurice Arreckx, la gestion discutée de son successeur, François Trucy, un climat malsain où l’affairisme le disputait au clientélisme et au banditisme, une triangulaire un peu incertaine... Mais c’est également une séquelle de la guerre d’Algérie - certains Toulonnais, pour qui le passé algérien de la France n’est toujours pas passé, l’ont d’ailleurs vécu comme une revanche sur l’échec de l’Algérie française.

Avant de laisser la place, Jean-Marie Le Chevallier, dans une tentative un peu dérisoire pour se rallier les voix des nostalgériques, avait fait adopter le 20 décembre 2000, en séance publique du Conseil municipal, une délibération attribuant le nom de « Général Raoul Salan, libérateur de Toulon »
 [3] au carrefour situé à l’intersection du boulevard Sainte Anne et du boulevard du Faron.

Dans une ambiance de grande violence verbale, deux conseillères municipales surent alors prononcer des paroles courageuses. Danielle de March (PC) : « à l’heure où l’opinion publique exige un débat sur la pratique de la torture durant la guerre d’Algérie, cette proposition [...] est inacceptable », et Monique Ribes (UDF) : « Les Français n’ont rien oublié de ce qui s’est passé en Algérie jusqu’en 1962. Ils n’ont rien oublié des combats, des attentats, des atrocités commises par les rebelles, des sévices infligés par l’armée française aux populations, rien oublié des morts de la rue d’Isly, des massacres de harkis par le FLN au départ des Français. Qu’ils soient d’un camp ou d’un autre, les Français n’oublient rien de ce passé déchirant, du départ des pieds noirs et de
leur retour amer en métropole.
[...] Donner à une de nos places le nom d’un général qui a dirigé le putsch des généraux d’Alger [...] est une démarche déplacée, polémique et provocatrice ! »

La plaque fut inaugurée en grande pompe le samedi 3 mars 2001, huit jours avant le premier tour des élections municipales. Au premier rang des personnalités présentes le jour de l’inauguration se trouvait le conseiller général (UMP) Philippe Goetz
 [4]. Interrogé par téléphone, le surlendemain de cette inauguration, il n’avait pas hésité à déclarer que le général de Gaulle comme le général Salan avaient commis des erreurs ...

Comme l’a écrit Marc-René Bayle «  L’ombre portée de l’Algérie domine la ville.  »
 [5]

Toulon, ville militaire et coloniale

Pour comprendre la prégnance à Toulon du passé colonial français, il faut revenir à l’histoire de la ville.

C’est à Toulon que s’est préparée la conquête de l’Algérie. C’est de sa rade qu’est partie l’expédition militaire, en mai 1830. Pendant une vingtaine d’années, les troupes et le matériel transiteront exclusivement par Toulon qui devint la base logistique de l’entreprise algérienne et qui prit alors un essor considérable. C’est au Fort Lamalgue, de décembre 1847 à avril 1848, qu’a débuté la détention de l’émir Abd el Kader.

La politique d’expansion coloniale de la troisième République conduite par Jules Ferry à partir des années 1880 permit à Toulon de jouer le rôle de base logistique dans la préparation des expéditions, l’embarquement des troupes et leur transport outre-mer, pour la Tunisie, le Tonkin, Madagascar ...

Plus près de nous ... Toulon fut libérée fin août 1944 par les unités, en majorité coloniales, de l’"Armée B" du général de Lattre de Tassigny, appuyées par l’action des résistants, au prix de lourdes pertes (autour de 3 000 morts du côté français). Le 6ème Régiment de tirailleurs sénégalais qui a pris une part significative aux combats était commandé par le colonel Raoul Salan.

A la suite de l’indépendance du Maroc et de la Tunisie en 1956, les premiers rapatriés d’Afrique du Nord s’installent dans le Var. Des groupes d’extrême droite apparaissent. Dès 1957, se met en place à Toulon un réseau animé par Jean Reimbold, qui sera selon ses
déclarations « le patron d’un noyau d’activistes » et deviendra l’adjoint de Pierre Sergent au sein de la neuvième division de « OAS Métropole » qui perdurera jusqu’en 1965. Créateur de l’Union pour l’Algérie française en 1958, il anime un groupe qui comptera 1 500 adhérents dont le cri de ralliement est « Algérie française ». Toulon
devient le point de rencontre des colonels Reymond
 [6], Trinquier, Thomazo, et de Jean-Marie
Le Pen [7].

Lors du référendum sur l’autodétermination de l’Algérie, le 8 avril 1962, Toulon vote « non » à 15,4 % alors que la moyenne nationale est de 9,3 %.

La guerre d’Algérie se termine en 1962, dans les conditions que l’on sait. Le rapatriement donne lieu à une arrivée massive de pieds-noirs : fin 1964, on évalue à 50 000 le nombre de ceux qui se sont installés dans le Var, dont près de 40 000 dans l’aire toulonnaise. C’est une
« communauté » électorale que Maurice Arreckx, élu maire en 1959, s’attachera à soigner. Ils représenteront autour de 20 % des électeurs dans certains quartiers de Toulon et jusqu’à 40 % dans certaines communes avoisinantes comme La Valette et La Garde. Pour ces arrivants, un homme fait l’unanimité (ou presque) contre lui : le général de Gaulle. Cela explique la physionomie particulière de la droite locale, avec la prééminence des formations non gaullistes et la force de l’extrême droite.

Maurice Arreckx avait très vite pris la défense de l’Algérie française. Avec les rapatriés il se constituera un socle électoral : il fait assaut de compassion, offre des emplois en mairie et des
places sur ses listes. Politicien démagogue et madré, le « parrain politique du département » sera maire de Toulon pendant 26 ans. Devenu Républicain indépendant (RI) avant de se fixer au Parti républicain (PR), il siège à l’Assemblée nationale de 1978 à 1981, puis au Sénat de
1986 à 1995. Il préside le Conseil général du Var de 1985 à 1994
 [8].

Le 15 août 1964, le général de Gaulle échappe à un attentat lors de sa visite au mémorial du Mont Faron...

Au premier tour de la présidentielle de 1965, l’ancien défenseur de Raoul Salan devant le Haut tribunal militaire, Jean-Louis Tixier-Vignancour, candidat de la « droite nationale », obtient
15,85 % des suffrages exprimés dans le Var, trois fois plus qu’à l’échelle nationale.

En 1970, les élus rapatriés de Toulon constituent un Comité pour l’édification d’une stèle de l’empire français et des rapatriés, patronné par le général Jouhaud. Le secrétaire général en est
le colonel Reymond. L’inauguration de cette stèle, le 14 janvier 1972, dans le cimetière de Lagoubran (à l’ouest de la ville), revêt un caractère officiel. Le préfet représente l’Etat, et deux grandes figures de l’« Algérie française », Jacques Soustelle et le général Jouhaud, patronnent la cérémonie. [9]

La stèle de l’empire français, érigée en 1972 à Lagoubran.

Le monument toulonnais aux « Martyrs de l’Algérie française »

Le monument précédent préfigurait en quelque sorte le monument aux « Martyrs de l’Algérie française » de 1980. Mais l’histoire de ce dernier mérite d’être contée plus en détail. Tout d’abord, il présente la particularité d’avoir été partiellement détruit le dimanche 8 juin 1980, quelques jours avant son inauguration officielle par un ministre de la République
 [10], le samedi 14 juin 1980.

La tête du lieutenant para de la stèle, avant qu’elle ne soit plastiquée le 8 juin 1980 (Minute n°950, 25 juin 1980)

Commençons par un extrait du journal Le Monde [11] :

« Sur un terrain situé Porte d’Italie, et donné par la municipalité de Toulon, un Comité de la stèle animé par le colonel Reymond, ancien membre de la municipalité toulonnaise, a fait édifier un monument, d’environ 2 mètres de haut sur 6 mètres de large.

« Sur ce monument, construit en pierre et dû au sculpteur Pierre Cartereau, figurent les mots : “ L’Algérie française. A tous ceux, européens et musulmans, qui, souvent au prix de leur vie, ont pacifié, fertilisé et défendu sa terre. 1830 - 1962. ” Un bas-relief
représente un parachutiste couché, dont les épaulettes sont arrachées, et on lit la formule “ Pour une parole donnée ” (allusion à la promesse de garder l’Algérie française). Beaucoup ont reconnu dans ce parachutiste Roger Degueldre, lieutenant du 1er régiment étranger de parachutistes, déserteur, créateur des commandos Delta de
l’O.A.S., condamné à mort en 1962 par la Cour de sûreté de l’Etat et fusillé au fort d’Ivry, le 6 juillet 1962.

« Le monument, dont le financement a été assuré par souscription, avait été détruit par l’explosion d’une charge de plastic le 8 juin. »

Débris de la stèle, après son plasticage (juin 1980).

Malgré cela, l’inauguration officielle eut lieu le jour prévu, samedi 14 juin 1980, comme le précise l’article suivant paru le 15 juin dans Var-Matin :

Porte d’Italie : 2 000 personnes à l’inauguration du
monument aux martyrs de l’Algérie française

Bien que détruite par une explosion, la stèle aux « martyrs de l’Algérie française » a été inaugurée officiellement hier matin à 10 heures. Environ deux mille personnes ont assisté à cette inauguration, sous un soleil de plomb. Le général Jouhaud, président du « Comité de la stèle du souvenir » a déposé une gerbe parmi les débris du monument, et devant une haie de drapeaux d’anciens combattants. MM. Dominati, secrétaire d’Etat, chargé des Rapatriés, et Arreckx, député-maire de Toulon, ont également déposé une gerbe.

La cérémonie a été « présentée » par le colonel Reymond, secrétaire général du comité de la stèle. Il donna la parole, en ouverture, à M. Arreckx, puis il lut un « message » du général Salan, ancien commandant en chef en Algérie. Le général Jouhaud dressa ensuite un historique des événements douloureux, après quoi M. Dominati s’exprima au
nom du gouvernement. Au cours de cette dernière prise de parole, des sifflets et des cris ont été entendus, couvrant à plusieurs reprises la parole du ministre, des cris demandant notamment : l’amnistie, la réhabilitation, la réparation morale et matérielle.

La manifestation se termina alors rapidement, le ministre regagnant sa voiture, tandis que des rapatriés venaient déposer à leur tour quelques fleurs ; sur les débris du monument.

Et l’édition du 17 juin du Monde :

A Toulon, des associations de rapatriés contestent l’action de M. Dominati, secrétaire d’Etat Près de trois mille personnes ont participé, samedi 14 juin, à Toulon, à l’inauguration d’un monument dédié à la mémoire des « martyrs de l’Algérie française », en présence
de M. Jacques Dominati, secrétaire d’Etat chargé des rapatriés et sous la présidence du général Edmond Jouhaud.

Ce monument à l’effigie de Roger Degueldre [...] avait été plastiqué, dimanche 8 juin, et il doit être reconstruit. Il célèbre le cent-cinquantième anniversaire du débarquement du corps expéditionnaire français à Sidi-Ferruch.

Le rassemblement, auquel participaient tous les dirigeants d’organisations de rapatriés et de nombreuses personnalités, a été troublé, au cours de l’intervention de M. Dominati, par des cris de l’assistance : « Amnistie, amnistie » et « Réhabilitation, réhabilitation » et par quelques bousculades. M. Dominati venait de déclarer : « Les Français d’Algérie ont attendu que la France reconnaisse leur sacrifice et les droits qui y sont attachés. Cela pour l’essentiel est aujourd’hui accompli. »

Le général Jouhaud avait rendu hommage au colonel Bastien-Thiry
 [12], chef du commando qui avait tiré sur le général de Gaulle au Petit-Clamart, le 22 août 1962, et qui fut exécuté en 1963, et aux trois membres des commandos Delta exécutés, Degueldre, Dovecar et Piegts [13].

A la suite de cette cérémonie. M. Jacques Roseau, porte-parole du RECOURS (Rassemblement et coordination unitaire des rapatriés et spoliés), nous a déclaré : « Les rapatriés ont largement manifesté à Toulon leur attachement et leur souvenir à ce qui fut leur idéal : une Algérie française juste et fraternelle et à ceux qui le payèrent de leur vie. Leur recueillement ne pouvait être confondu avec une quelconque approbation à l’égard des mesures qui leur sont aujourd’hui appliquées tant au plan moral, avec une amnistie toujours incomplète, qu’au plan matériel, avec une loi dont les aspects restrictifs sont inadmissibles. » [...]

Le journal télévisé Provence Méditerranée de France 3 le 14 juin 1980 : http://www.ina.fr/fresques/reperes-....

Et, pour compléter, voici quelques autres extraits du journal Var-Matin du 15 juin 1980 :

M. Arreckx : “ Aujourd’hui, nous sommes là pour inaugurer ce monument voulu par notre ami le colonel Reymond et que nous avons voulu placer dans un site historique classé. Ce n’est pas une provocation mais un hommage à ceux qui ont donné leur vie pour leur Patrie ”.

Le général Jouhaud [14] rendit hommage au comité de la stèle et au colonel Reymond. Il remercia les rapatriés qui avaient financé ce monument par leurs dons. Puis il donna le sens de ce dernier : “ Nous inaugurons aujourd’hui ce monument où toute intention politique est exclue. ” “ C’est un hommage à ceux qui ont défendu notre petite patrie. Nos pensées vont vers cette terre natale qui garde le trésor de nos rêves ”. Il évoqua sa terre natale avec nostalgie et émotion. Mais aussi “ les actions d’éclat des Français d’Afrique et des Français musulmans qui ont participé à la libération de la France en 1914-18, puis en 1939-45. Des villes comme Toulon et Marseille ont vu arriver en 1944de nombreux contingents de « l’armée d’Afrique » pour la libération de la France. ” Il retraça à grands traits “ l’épopée de la France en Algérie, pendant cent trente-deux ans ”. Ainsi que le rôle de l’armée, la pacification, la mise en valeur du pays (“ soyons fiers de nos aïeux ”). Et enfin les “ événements ” qui ont débuté à la Toussaint 1954, pour “ se poursuivre par les actes de terrorisme, les victimes civiles, le 13 mai, les barricades, la révolte des soldats et de la population face aux projets d’abandon ”. Et la fin, “ du siège de Bab-el-Oued à la fusillade de la rue d’Isly (80 morts civils soit autant de martyrs de l’Algérie française) et les massacres d’Oran le 5 juillet 1962 ”. Il rendit un hommage particulier aux “ Français musulmans que nous avons abandonnés ” et fit applaudir “ le plus prestigieux d’entre eux ”, présent à la cérémonie, le bachaga Boualem.

Le colonel Reymond lut un message du général Salan qui, après avoir rappelé le cri du général de Gaulle à Mostaganem “ Vive l’Algérie française ”, et évoqué les combats et les attentats, se terminait par : “ Honneur à tous ceux qui ont tout sacrifié pour une parole donnée ”.

Jacques Dominati s’exprima en dernier : “ Il y a 18 ans s’achevait une page glorieuse de notre histoire. La France ne l’oublie pas et n’a point honte. La France n’oublie pas l’oeuvre accomplie en Algérie ”. Le ministre rendit hommage aux “ soldats d’outre-mer qui ont puissamment participé à la libération de la France et au redressement de celle-ci. Mais aujourd’hui, le vent capricieux de l’histoire a tourné. L’épopée de l’Algérie française appartient au passé. Cette période dramatique de notre histoire se termina dans l’épreuve et l’exil ”. A ce moment du discours du ministre des cris fusèrent et la voix du ministre fut couverte. Le général Jouhaud parvint à rétablir le calme : “ ici le ministre est notre invité. Je vous demande de l’écouter même si on ne partage pas son avis ”. M. Dominati put terminer son discours en ces termes : “ Se souvenir ce n’est pas cultiver les rancoeurs. Il faut un climat d’union et de réconciliation ”. Et le brouhaha reprit.

Quelques instants après les gerbes étaient déposées sur les débris du monument tandis que résonnait au pied des remparts la sonnerie Aux morts. Après une vibrante Marseillaise tous les participants reprirent en coeur le Chant des Africains.

On notait la présence en plus du ministre, du préfet du Var, M. Manière, des députés Arthur Paecht, Maurice Arreckx, François Léotard pour le Var, Jean-Claude Gaudin pour les Bouches-du-Rhône, Jacques Médecin, député-maire de Nice ; Henri Fabre [15], premier adjoint au maire de Toulon, le Dr Jean Vitel [16], deuxième adjoint, et la quasi-totalité des adjoints et conseillers municipaux de Toulon, en particulier les élus rapatriés, le maire de La Valette, M. Roux, le colonel Gardes, M. Trappe, MM. Goinard, Forzy et Laquière, M. de Sancy, le commissaire Gavini, et de nombreux représentants de mouvements et associations.

Pour que ces événements prennent tout leur sens, il ne faut pas oublier qu’en 1980 le « vote pied-noir » était l’objet de soins attentifs de la part des futurs candidats à l’élection présidentielle de 1981. Malheureusement pour Valéry Giscard d’Estaing, c’est en faveur de
François Mitterrand que le Recours et le général Salan appelleront à voter (en échange notamment d’une promesse de réhabilitation complète des généraux putschistes de 1961 - promesse que François Mitterrand ne parviendra à faire avaliser par l’Assemblée nationale en novembre 1982 qu’en faisant appel à l’article 49-323). [17]

Par la suite, un nouveau monument a été érigé :

© Marc Poveda

au pied duquel les débris de la dalle plastiquée ont été scellés ; on distingue encore le corps d’un homme qui s’effondre :

Au pied de la dalle, les vestiges de la dalle d’origine (© Marc Poveda)

mais le visage du para a été remplacé par une petite plaque métallique :

© Marc Poveda

Les années passant, ce monument est resté le lieu de commémoration d’événements de la mémoire algérianiste. C’est ainsi que fin mars 2005, les Toulonnais ont pu voir, l’une à côté de l’autre, plusieurs jours durant, deux gerbes, en hommage aux victimes de la fusillade de la rue d’Isly à Alger
 [18] : l’une d’un ancien ministre de la République, Hubert Falco, et l’autre dédiée par l’Adimad « aux victimes du gaullisme ».

Trois jours plus tard, les fleurs déposées le 26 mars 2005 sont toujours en place.

La stèle de Marignane

Fin 2004, le projet de stèle à Marignane est rendu public dans la presse nationale. Un article d’Alexandre Nasri, dans Le Figaro daté du 6/7 novembre 2004, annonce l’intention du maire de Marignane d’attribuer à l’Adimad une parcelle vierge du nouveau cimetière de la ville, sur laquelle l’association projetait d’ériger un monument à la gloire des « fusillés et combattants morts pour que vive l’Algérie française » : Bastien-Thiry, Degueldre, Dovecar et Piegts.
L’inauguration était fixée au 6 juillet 2005, en hommage à Roger Degueldre, chef des commandos « Delta » de l’OAS à Alger, condamné à mort pour ses crimes en Algérie, dont ce sera l’anniversaire de l’exécution [19].

Les statuts de l’Adimad (Association amicale pour la Défense des Intérêts Moraux et matériels des Anciens Détenus politiques et exilés de l’Algérie française) sont dépourvus de toute ambiguïté : le but de l’association est de défendre la mémoire de membres de l’OAS,
organisation qui a tenté de renverser la République
 [20]. Elle a été déclarée, avec l’assentiment du général Salan, en novembre 1967. Elle revendique différents monuments érigés dans le Sud-Est de la France : une plaque à « Notre dame d’Afrique » à Théoule en 2002, des stèles aux cimetières de Béziers et de Pérols (Hérault), la plaque installée au Carrefour Salan de Toulon en 2001. La plus significative est la Stèle des fusillés de Perpignan, où on voit, attaché à un poteau, un homme qui s’effondre.

La stèle des “fusillés de l’Algérie française”, au cimetière du Haut-Vernet de Perpignan.

Cette sculpture symbolise la mort d’un condamné au peloton d’exécution. Sous cette icône est gravée l’inscription : « Terre d’Algérie » ; en-dessous, une autre plaque énumère quatre noms : Bastien-Thiry, Degueldre, Dovecar et Piegts. L’inauguration, le 5 juillet 2003, en présence du premier adjoint, a été l’occasion de remerciements particulièrement chaleureux adressés par le président de l’Adimad à l’intention du Sénateur-maire (UMP) de Perpignan, Jean-Paul Alduy.

Le 12 janvier 2005, le Canard Enchaîné revient sur la nouvelle tentative de réhabilitation de l’OAS et révèle les dérobades des responsables de l’UMP qu’il a tenté de contacter : Nicolas Sarkozy a éludé, Jean-Claude Gaudin et son premier adjoint, Renaud Muselier, sont restés muets.

Le plan coté de la plaque de Marignane tel qu’il figurait sur les bulletins de souscription de l’Adimad.

Laisser faire sans réagir aurait légitimé par avance la multiplication en France de monuments et de cérémonies à la gloire de ceux qui avaient tenté de renverser la République [21]. Les instances nationales de la LDH réagissent par un communiqué de presse le 24 janvier 2005 : « Contre la propagande de l’extrême droite qui, à l’aide de telles commémorations, entretient la nostalgie de l’Algérie française et gratifie ces hommes d’être « restés fidèles à la parole de la France », seul un retour critique des plus hautes autorités de la République sur le projet colonial que celle-ci a mis en oeuvre dans le passé, et auquel elle a été contrainte de mettre fin, peut constituer une véritable réponse. »

La loi du 23 février 2005

Le 2 février 2005, Le Monde publie un article intitulé Le négationnisme colonial
dans lequel
Olivier Le Cour Grandmaison
 [22] fait le lien entre une proposition de loi remontant à mars 2003, première ébauche de la loi du 23 février 2005 connue sous le nom de « loi portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés », et le projet de plaque à Marignane.

Avec le vote par l’Assemblée nationale de cette loi, le débat sur l’inauguration prochaine d’un monument à l’OAS prend une nouvelle dimension. Le jour même de la promulgation de la loi, Claude Liauzu, en faisant paraître dans Libération un texte intitulé Les enjeux de mémoire, lance la mobilisation des historiens contre cette loi.

Plusieurs groupes de personnes et d’associations agissent alors de façon convergente :

  • Des descendants de victimes de l’OAS, scandalisés que l’on puisse rendre publiquement hommage aux assassins de leurs pères : Jean François Gavoury, fils du commissaire central d’Alger, Roger Gavoury, assassiné le 31 mai 1961 par un commando de l’OAS ; et des enfants - notamment Jean-Philippe Ould Aoudia -
     [23] des six inspecteurs des centres sociaux éducatifs froidement assassinés le 15 mars 1962 à Alger.
  • Des historiens qui, regroupés autour de Claude Liauzu, lancent une
    pétition « Colonisation : non à l’enseignement d’une histoire officielle », publiée dans Le Monde du 25 mars 2005.
  • Des défenseurs des droits de l’homme - notamment la LDH - en lutte contre les articles 1 à 4, ainsi que l’article 13 qui prévoit d’indemniser d’anciens terroristes de l’OAS.
  • De nombreuses organisations associatives et syndicales.

Lors d’une conférence de presse commune au siège national de la LDH, à Paris le 17 juin, ils déclarent que « les hommages à l’OAS ne doivent plus être tolérés ! » [24]

Les réactions des instances politiques sont en général assez timides et presque toujours dépourvues de spontanéité. C’est l’indignation des associations et des individus qui les pousse à intervenir. Le sénateur-maire de Marseille, vice-président de l’UMP, Jean-Claude Gaudin ne s’exprime que le 18 juin - certainement par souci du symbole - pour déclarer que « personnellement, [il ne voulait pas] rendre hommage à ceux qui ont tenté d’assassiner le général de Gaulle. » Quant à Renaud Muselier, premier adjoint au maire de Marseille et président du groupe UMP au Conseil régional de PACA, le 24 juin, il qualife de « stupéfiante » l’initiative de Marignane [25]. Le 18 juin, Michel Vauzelle, président de la région PACA, demande l’interdiction de l’inauguration.

Le 22 juin, nous avons la surprise d’apprendre, que le ministre délégué aux Anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, « père » de la loi du 23 février, déplore et même condamne le projet d’inauguration.

A Toulon, Raoul Salan perd du galon

Dès que la décision du conseil municipal - d’honorer le général Salan comme libérateur de Toulon - a été connue, fin décembre 2000, la section toulonnaise de la LDH a protesté. Nous avons écrit aux candidats à l’élection municipale. Le 4 janvier 2001, Hubert Falco, répondant à notre courrier, avait
exprimé « le souhait, pour retrouver la concorde, que cette dénomination fasse l’objet d’une décision collégiale du futur conseil municipal ». Nous n’avons cessé de demander que le carrefour soit débaptisé : nous avons lancé une pétition, écrit aux deux enfants du général Salan, pour leur demander de s’associer à notre demande, afin d’éviter que le souvenir de leur père ne soit définitivement associé à l’extrême droite ... en vain.

Dans une première étape nous avions proposé d’attribuer au carrefour le nom du général de Bollardière, seul officier supérieur à avoir condamné ouvertement la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie. Quelle naïveté de notre part ! Comment avions-nous pu imaginer
que Toulon pourrait honorer un général qui avait manifesté dans le Pacifique, avec Greenpeace, contre la force de frappe française
 [26] ?

Mais Toulon ne pouvait rester à l’écart du débat soulevé en France par la loi du 23 février 2005 et la stèle de Marignane. Et il n’est pas vraiment surprenant que le conseil municipal de Toulon ait décidé, le 25 juin 2005, de changer la dénomination contestée du carrefour Salan.

Quelques jours avant le conseil municipal du 25 juin, la section toulonnaise de la LDH prend contact avec Bruno Maranzana, conseiller municipal socialiste. Le 25 juin, le conseil municipal se réunit en séance publique comme chaque mois dans la salle André Séguin [27]. Hubert Falco ouvre la séance, mais contrairement à la coutume, il aborde immédiatement un point qui n’était pas inscrit à l’ordre du jour : la dénomination du carrefour Salan. Différents conseillers de gauche prennent la parole. Pour Lorenzo Matéos (PC), il s’agit de ne pas nier la vérité historique. A son tour, Bruno Maranzana dit son souhait « d’en finir avec le nom de ce carrefour ». « L’Algérie n’a jamais été française, c’était une colonie » ; et il pointe un autre symbole dérangeant, le monument de la porte d’Italie à la mémoire des « martyrs de l’Algérie française ». Jean-Louis Marfaing (les Verts) regrette l’absence de vérité historique : « pour beaucoup, le général Salan symbolise celui qui a tenté de renverser la République. »
Ghislaine Ruvira, adjointe au maire, prend la parole pour protester contre certains des propos qui l’ont choquée et blessée. Calme et digne, elle défend ceux pour qui la terre d’Algérie était une « terre de France » et qui ont dû la quitter dans les conditions que l’on sait. Elle évoque le besoin de « lieux de mémoire ». Bruno Maranzana précise : « je m’incline devant ceux qui ont souffert. Loin de moi l’idée de stigmatiser la communauté pied-noire. J’y ai assez d’amis pour
prouver que j’ai mené des combats contre tous les racismes. »

Hubert Falco exprime alors sa « volonté de changer la dénomination ». Il montre des lettres reçues d’anciens combattants qui soulignent qu’ « en 1944, le colonel était des nôtres ». Il évoque également les sensibilités très diverses de la forte communauté pied-noire. « Comme le souhaitent la Ligue des droits de l’Homme et l’ensemble des Républicains (ils ne sont pas qu’à gauche), nous allons rebaptiser ce carrefour. [...] L’histoire est douloureuse et je n’ai pas
l’intention de la refaire. Il faut juste rétablir la vérité : notre ville a été libérée un certain 28 août par le général De Lattre, et dans son armée un certain colonel Salan [...] qui a fait tomber le
fort Sainte-Catherine . Je n’aurai de cesse de rendre hommage également à ces soldats aux couleurs différentes qui ont libéré nos villes et nos villages. » Et le maire propose de donner au carrefour le nom de « carrefour colonel Salan - Libération de Toulon - août 1944 »,
proposition émanant de la LDH en 2003.

Le conseil municipal est suspendu. La commission culture, immédiatement convoquée en session extraordinaire, adopte la proposition. Le conseil municipal à nouveau réuni vote la délibération à l’unanimité moins une voix - celle de Bruno Maranzana qui s’abstient [28].

Il a suffi d’une petite heure pour que la vérité historique soit respectée !

Retour à Marignane

Le 6 juin 2005, la section de Toulon de la LDH écrit au préfet des Bouches du Rhône pour lui demander d’interdire l’inauguration. Les associations et organisations suivantes s’étaient toutes exprimées en ce sens : l’Association des Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, la Ligue des droits de l’Homme, la Ligue de l’enseignement, le Mrap, le Collectif des historiens contre la loi du 23 février 2005, la Fondation Charles de Gaulle, et les syndicats SGEN-CFDT, UNSA Éducation et FSU.

Le 25 juin, le comité régional PACA de la LDH demande solennellement au préfet d’interdire la manifestation : « Il ne doit plus y avoir de cérémonies publiques d’hommage à ce groupe factieux ! ». Mais il faudra attendre le 5 juillet à 18h pour que le préfet des Bouches du Rhône prenne la décision d’interdire l’inauguration prévue pour le lendemain matin car elle est « susceptible d’entraîner des troubles à l’ordre public. [...] Je ne veux pas que tout ça dégénère ».

La stèle a été érigée en catimini sur la parcelle prévue du cimetière de Marignane. Sur la stèle sont gravées les dates d’exécution des “quatre fusillés” de l’Algérie française : Jean-Marie Bastien-Thiry, auteur de l’attentat manqué du petit Clamart contre le général de Gaulle, et le lieutenant Roger Degueldre, chef des “commandos Delta” de l’OAS, tous deux condamnés à mort par la Cour militaire de justice le 3 mars 1963 et le 28 juin 1962, fusillés au fort d’Ivry le 11 mars 1963 et le 6 juillet 1962. Albert Dovecar et Claude Piegts, auteurs du meurtre du Commissaire central d’Alger Roger Gavoury sur ordre de Degueldre, condamnés à mort par le tribunal militaire spécial de Paris le 30 mars 1962 et exécutés le 7 juin 1962 au Fort militaire du Trou d’enfer près de Rocquencourt
 [29].

Mercredi matin 6 juillet, le cimetière de Marignane est effectivement interdit d’accès. A une ou deux exceptions près, aucun des 400 à 600 sympathisants de l’Adimad, venus de tout le Sud-Est, n’a pu approcher la stèle. Ils se sont regroupés autour de la grille d’entrée du cimetière ; parmi eux, de nombreux élus locaux d’extrême droite. Tenus à bonne distance du cimetière par la police municipale, les quatre filles et fils [30] de victimes de l’OAS qui ont tenu à être présents, ce matin-là à Marignane, sont restés dignes
mais « indignés qu’un tel rassemblement puisse se tenir à la gloire d’assassins condamnés par la justice de la République ». Parmi la petite dizaine de militants qui les accompagnent, deux
viennent de la LDH de Toulon.

En fin de matinée quand on apprend que le tribunal administratif a rejeté la requête de l’Adimad contre la décision du préfet, la foule un peu échauffée des nostalgiques reflue vers le carrefour où sont regroupés les quelques protestataires silencieux. La tension monte un peu parmi les « anciens » d’Algérie et les jeunes aux crânes rasés, avant qu’ils déposent leurs gerbes au pied d’un monument d’hommage aux combattants des TOE [31]. La police protège le départ des douze militants - ils se sont sentis bien seuls, ce matin-là ...

En fin d’après-midi, une bonne centaine de manifestants se rassemblent devant la mairie de Marignane, à l’appel du Mrap et de la Ligue des droits de l’homme. Mouloud Aounit (MRAP) demande que la stèle soit détruite, Gilles Manceron (LDH) dénonce « le vent mauvais qui souffle sur notre pays », tous appellent à une mobilisation de tous les citoyens [32].

La stèle de Marignane (été 2005).

Un bilan en demi-teintes

Un bilan qui n’est pas négatif : un meilleur respect de la vérité historique à Toulon, un coup d’arrêt à la multiplication des hommages publics à l’OAS. Quoique les inaugurations prévues pour 2007 de mémoriaux et musées dédiés à la présence de la France en Algérie à Montpellier, Perpignan, Marseille, Cagnes, etc. ne manquent pas d’inquiéter par leur côté électoraliste ...

Un bilan inachevé : nous continuons à demander la destruction de la stèle de Marignane et l’abrogation d’une plus grande partie de la loi du 23 février 2005.

Reste un problème en suspens : le monument aux « Martyrs de l’Algérie française », lieu de cérémonies ambiguës, où rapatriés d’Algérie et
tenants de l’OAS se rassemblent pour commémorer des événements de l’« Algérie française ». Certes, les mémoires des rapatriés sont aussi légitimes et respectables que celles des autres Toulonnais, mais
l’apologie de l’OAS ne saurait bénéficier de la moindre tolérance.

Afin d’éviter d’entretenir la confusion, il serait souhaitable que les associations de rapatriés qui veulent ne pas être instrumentalisées par les nostalgiques de l’OAS et de la colonisation ainsi que les autorités publiques s’interdisent dorénavant de participer de quelque façon que ce soit à toute cérémonie dont ce monument serait le cadre.

Toulon, le 20 mars 2006.

En guise d’épilogue : Le 27 septembre 2005, avec plusieurs autres associations toulonnaises, nous avons accompagné en mairie de Toulon une délégation de femmes dont des proches ont disparu en Algérie au cours des années 90. Nous aurions souhaité y associer un représentant des familles de pieds-noirs disparus en 1962. Cela n’a malheureusement pas été possible.

A Toulon, la décolonisation des esprits reste un objectif encore lointain !


[1Cet article est une version allégée d’une contribution destinée à un ouvrage collectif qui sera prochainement publié.

[2Le Cercle algérianiste a été créé le 1er novembre 1973 à Toulon par une dizaine de jeunes pieds-noirs, ayant pour
objectif de faire survivre « une province française disparue géographiquement, mais toujours vivante dans le coeur
de milliers de personnes ».

[3Raoul Salan (1899 - 1984) s’engage à l’âge de 18 ans. A la tête du 6ème RTS, le colonel Raoul Salan prend une part significative à la libération de Toulon (du 20 au 28 août 1944) par la 1ère armée du général de Lattre. Il est promu général de brigade le 25 décembre 1944. Après avoir participé à la guerre d’Indochine (commandant en
chef à partir de janvier 1952), il est commandant en chef en Algérie de novembre 1956 à décembre 1958. En avril 1961, il est l’un des quatre généraux à la tête du putsch pour l’Algérie française. Après l’échec du putsch, Raoul Salan passe à la clandestinité et prend la tête de l’OAS. Arrêté à Alger le 20 avril 1962, il est condamné à la détention perpétuelle par le Haut Tribunal militaire créé par de Gaulle, le 26 mai 1962. Amnistié en 1968, il fut réhabilité par François Mitterrand en 1982.

[4Philippe Goetz, né à Alger le 31 décembre 1949, représente un canton de Toulon depuis 1988.

[5Marc-René BAYLE, « Les droites à Toulon (1958 - 1994). De l’Algérie française au Front national », thèse effectuée sous la direction de Jean-Marie Guillon et soutenue le 7 décembre 2001 à l’Université Aix-Marseille I.

[6Jean-Marie Reymond, né à Alger en 1898, entre dans la carrière militaire en 1915. Il quitte le service actif en
1946 avec le grade de colonel, et s’installe au Maroc dans le secteur agricole. Expulsé du Maroc par le nouveau gouvernement marocain en 1956, il revient en France où il milite activement pour l’Algérie française. Il s’installe à Toulon en 1958. En 1960-1961, il est
délégué régional du Ranfran (Rassemblement national des Français d’Afrique du Nord). Elu au conseil municipal
de Toulon en 1965 - chargé des affaires culturelles - il en démissionne en 1976, en réaction à la décision du maire
d’attribuer le nom du général de Gaulle à une artère de la ville. Après son décès en janvier 1983, le conseil
municipal décide, dès le mois de juillet suivant, de donner son nom à l’espace du mémorial Porte d’Italie. [D’après
René-Marc Bayle, op.cit..]

[7Voir l’article de José Lenzini « Comment le Var rouge est passé au brun ».

[8La fin de la carrière de Maurice Arreckx a été moins glorieuse : il a été condamné en 1997 à quatre ans de prison ferme pour avoir touché des pots-de-vin en échange de l’attribution de certains marchés publics. Remis en liberté conditionnelle, en août 1998, pour raisons de santé, il devait décéder en mars 2001. Le tribunal d’Aix avait ainsi
résumé sa carrière : " Il s’est servi de sa fonction d’homme politique incontournable pour satisfaire sa cupidité. "

[9Marc-René Bayle, op. cit..

[10Il s’agit de Jacques Dominati. Cet ancien partisan actif de l’Algérie française, avait eu comme directeur de cabinet, à l’époque où il était secrétaire du Parti républicain, un certain Jean-Marie Le Chevallier - décidément le monde est bien petit !

[11Le Monde, édition du 19 juin 1980.

[12D’après Le Monde du 19 juin 1980, le général Jouhaud a déclaré : « Comment ne pas penser à nos camarades de la métropole qui, avec courage et résolution, se sont engagés dans la lutte menée pour l’Algérie française ? Ils ont connu la sévère vie des clandestins. Ils ont eu des camarades de combat arrêtés, et parmi eux le colonel Bastien-Thiry, qui fit le sacrifice de sa vie. »

[13Il déclara à leur propos : « Ils sont tombés au champ d’honneur » (Le Monde du 19 juin 1980.)

[14Edmond Jouhaud - né à Bou Sfer (Algérie) - un des quatre généraux organisateurs du putsch d’avril 1961, puis chef de l’OAS en Oranie. Arrêté le 25 mars 1962, condamné à mort le 13 avril 1962 ; sa peine est commuée en prison à vie, le 28 novembre 1962 ; il est libéré en décembre 1967. Il est décédé en septembre 1995.

[15Henri Fabre a été premier adjointde Maurice Arreckx, de 1965 jusqu’à son décès en 1982. Député apparenté UNR de 1958 à 1962, il démissionne de ce groupe en 1960 en raison de sa faveur pour les thèses de l’Algérie française [Marc-René Bayle, op. cit.].

[16Le docteur Jean Vitel a été député du Var de 1958 à 1962. D’après son fils, Philippe Vitel, député UMP du Var, “ il n’a eu de cesse de défendre l’Algérie française, ce qui l’a amené à démissionner de l’UNR en 1961. ”

[17Voir La réhabilitation des généraux putschistes, en 1982. L’ouvrage de Jean Guisnel, Les généraux - enquête sur le pouvoir militaire en France, éd. La Découverte, 1990, comporte de nombreuses précisions à ce sujet.

[18Au cours des jours qui suivent les accords d’Evian (18 mars 1962), des activistes de l’OAS prennent le contrôle du quartier de Bab-el-Oued. Le 26 mars 1962 au matin, l’OAS appelle les Européens à se rassembler pour gagner ensuite Bab-el-Oued, de façon à briser l’encerclement du quartier par l’armée française. Les militaires français ont ordre de ne pas céder ; à 14h45 une rafale part du barrage qui, rue d’Isly, interdit l’accès du centre d’Alger vers Bab-el-Oued. On relèvera plusieurs dizaines de morts et de nombreux blessés.

[19L’Adimad parle d’“assassinat”.

[20Cette affirmation est corroborée par une observation assez étonnante : le site Internet de l’Adimad possède deux url : http://www.adimad.com et http://www.adimad-oas.com.

Son président actuel, Jean-François Collin, a été, d’après l’ouvrage de Georges Fleury, OAS (éd. Grasset, 2002, pages 566 et 567), l’instigateur de la tentative d’assassinat sur son lit d’hôpital à Paris, du gaulliste Yves Le Tac, alors hospitalisé au Val-de-Grâce après avoir subi de la part de l’OAS à Alger trois tentatives d’assassinat, les 3, 10 et 17 octobre 1961, dont il était sorti grièvement blessé.

[21Un projet de « rue général Salan » dans la petite commune de Wissous (Essonne) est un autre exemple de tentative de réhabilitation de l’OAS. Richard Trinquier, fils du colonel Roger Trinquier (créateur d’une théorie de la guerre (contre)-révolutionnaire) et maire
UMP de la commune, justifie son choix de la façon suivante : « Pendant la guerre d’Algérie, certains choisirent la fidélité (sous-entendue fidélité au Général De Gaulle), d’autres choisirent
l’honneur ».

[22Olivier
LeCourGrandmaison,enseignantdesciencespolitiquesà l’université
d’Evry-Val-d’Essonne, est l’auteur de Coloniser - Exterminer, éd. Fayard,2005.

[23Nous avions eu l’occasion de rencontrer Jean-Philippe Ould Aoudia à la fin d’octobre 2001 à l’occasion d’une
démarche à la mairie de Paris pour que cesse le harcèlement dont étaient victimes Brigitte Lainé et Philippe Grand, conservateurs aux Archives de Paris, depuis que leurs témoignages en justice avaient permis d’établir la réalité des massacres d’Algériens le 17 octobre 1961 à Paris.

[24Vous trouverez de nombreux compléments sur la loi du 23 février 2005, et sur les réactions qu’elle a provoquées dans l’ouvrage de Claude Liauzu et Gilles Manceron (dir.), La colonisation, la loi et l’histoire, éd. Syllepse, 2006.

[25Aussi stupéfiante à coup sûr que sa participation le 1er novembre 2003, en pleine campagne pour les régionales, à une cérémonie au mémorial des « martyrs de l’Algérie française », au pied de Notre-Dame d’Afrique à Théoule-sur-Mer (Alpes Maritimes), dont la plaque rend hommage « A tous nos camarades tombés pour la défense de l’Algérie française ».

[26Le général de Bollardière, sanctionné en juillet 1973 à la suite de sa participation aux manifestations contre les essais nucléaires français dans le Pacifique, est le seul officier général qui n’ait pas bénéficié de la loi de réhabilitation de novembre 1982.

[27André Séguin (1920 - 1984) journaliste né à Alger, a été en 1960 l’un des fondateurs du FAF (Front de l’Algérie française), avant de jouer un rôle important dans l’OAS. Il a été conseiller municipal de Toulon de 1971 à 1984 dans l’équipe de Maurice Arreckx. Il est décédé d’une crise cardiaque, lors d’une réunion du conseil municipal.

[28Il aurait préféré que l’on retienne la première proposition de la LDH, rendant hommage au général de Bollardière.

[29Notons de petites différences entre le projet initial de l’Adimad et la stèle telle qu’elle a été réalisée : aucun nom n’y figure ; le texte qui se trouve en bas à gauche de la plaque en bronze représentant un homme en train de s’effondrer a été amputé de sa première ligne « AUX FUSILLES » ; et enfin, postérieurement au 6 juillet, l’inscription "ALGERIE FRANCAISE" a été ajoutée au dessus de la plaque en bronze.

[30Madeleine fille de Salah Ould Aoudia, Safia fille de Ali Hammoutène, Thierry fils de Marcel Basset, et Jean-François fils de Roger Gavoury.

[31Théâtres d’opérations extérieures.

[32Vous trouverez de nombreux compléments dans l’ouvrage, « La Bataille de Marignane, 6 juillet 2005 » de Jean-Philippe Ould Aoudia, suivi de « Mort pour la France » de Jean-François Gavoury, publié aux éditions Tiresias en février 2006.