Histoire coloniale et postcoloniale

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Toulon : RESF fête ses dix ans

mercredi 15 octobre 2014

Solidarité. Le Réseau éducation sans frontières [1] fête ses dix ans à l’occasion d’une soirée rencontre, partage et découverte, samedi 18 octobre, à partir de 19h30, au CREP des Lices

Même si le collectif varois — à Toulon : 06 10 73 82 68 — de RESF ne s’est créé qu’en 2008, il a voulu en faire un temps fort pour informer sur les situations vécues et sur notre engagement, et contribuer à faire avancer réglementations et comportements. Dans le Var notre action a été particulièrement forte pour la scolarisation des enfants roms et avec leurs familles. Témoignages, objectifs, historiques, situations vécues, actions menées, perspectives vous seront présentés et portés au débat.

Ce sera aussi une soirée conviviale, avec musique (2 orchestres : « Les petits d’Homme » et « Les Sans Voix »), danse, buvette... [2]

À la Une de La Marseillaise du 15 octobre 2014. (Photo : Bruno Isolda)

Toulon : l’éducation, un droit pour tous... à conquérir

par Thierry Turpin, La Marseillaise, le 15 octobre 2014


Le Réseau éducation sans frontières (RESF) fête cette année ses dix ans de lutte et de résistance.

L’occasion pour le collectif varois de faire de l’événement un temps fort pour informer et sensibiliser le plus large public possible des actions qu’il mène sur le terrain, de son engagement au quotidien pour venir en aide aux familles dans l’accompagnement de la scolarisation des enfants de migrants. Avec une action particulièrement forte dans le département en direction des enfants roms et de leurs familles. Mais aussi sur le combat mené par le réseau pour tenter de faire avancer les réglementations et les comportements.

Pour rendre compte de tout cela, RESF organise le samedi 18 octobre aux Lices, à Toulon, une soirée rencontre partage et découverte.

Avec au programme des témoignages et débats mais aussi de la musique et de la danse. Les militants associatifs mettront ainsi en lumière les initiatives menées auprès des populations et des autorités, mais aussi celles restant à conduire au regard des perspectives historiques, politiques et sociales.

« Nous sommes toujours autant mobilisés », prévient Xavier Hardy, le coordinateur du réseau. De toute évidence, les améliorations attendues après l’ère Sarkozy n’ont pas eu lieu. « C’est aujourd’hui à peu près la même chose. Avec des situations inadmissibles inchangées, héritées de l’ancien régime, que le candidat devenu Président condamnait pourtant clairement... »

Avec toujours autant d’obstacles à dépasser pour faire parfois simplement appliquer la loi : « On a parfois affaire à des institutions pas très bienveillantes. Certaines communes du département qui réclamaient pour l’inscription des enfants des fiches d’état civil de moins de trois mois parfaitement impossibles à fournir par les familles... C’est complètement illégal !  » Des freins à la scolarisation sciemment orchestrés. « Heureusement les écoles sont la plupart du temps accueillantes », précise le militant associatif.

Des barrières qui proviennent parfois en partie aussi des a priori des migrants eux-mêmes. « Les familles roms ne sont pas toujours persuadées au départ du bien-fondé d’envoyer leurs enfants à l’école », explique Xavier Hardy. « Elles ont souvent le souvenir d’avoir été maltraitées dans les écoles roumaines dans lesquelles on essayait de tuer leur culture. Mais une fois qu’on s’est compris tout s’arrange très bien et très vite. »

L’école est un canal de stabilisation. C’est un bon support mais ce n’est pas le seul. Obtenir un toit et un emploi compte tout autant, rappelle le coordinateur du réseau. « Sur les 18 enfants scolarisés en primaire à Toulon, certains vivent dans la rue. Et au moment des grandes pluies ont tous perdu... »

Le combat continue, donc. Plus que jamais.

Les associations inquiètes par la chasse aux sans-papiers :

Une opération de police à l’échelle européenne

Les États membres de l’Union européenne (UE) mènent du 13 au 26 octobre 2014 une opération de police conjointe de grande envergure. Frontex et Europol, une agence de l’UE chargée de lutter contre la criminalité transfrontalière, sont associés aux États membres. L’ONG britannique Statewatch a réussi à obtenir un document officiel du Conseil de l’Union européenne datant du 10 juillet 2014 qui explique les objectifs et modalités de cette opération appelée « Mos Maiorum » dont la
finalité vise à « affaiblir la capacité des groupes criminels organisés qui facilitent l’immigration illégale dans l’UE et se concentrera
sur les passages illégaux de frontières...
 ». Dans les faits, s’alarment les associations, dont RESF, cela va se traduire par des interpellations des migrants en situation irrégulière pour recueillir des informations en vue d’enquêter sur les réseaux criminels ; avec des contrôles au sein de l’espace Schengen (notamment ports, gares, aéroports) qui devraient être renforcés pendant cette période.« Le document se garde de préciser le sort réservé aux personnes interpellées, et la base légale des contrôles :profil racial, contrôle
au faciès ? Des méthodes illégales au regard du droit européen, notamment du code frontières Schengen », remarque la Cimade.

Dix ans de combat ça se fête

Pour mémoire, la première réunion marquant la naissance du Réseau éducation sans frontières (RESF) comptait sept personnes, enseignants syndicalistes, défenseurs des droits de l’homme et des immigrés... Le groupe lançait, le 26 juin 2004, depuis la Bourse du Travail de Paris, un « Appel à la régularisation des sans-papiers scolarisés ».

Le mode d’action de RESF était défini dans cet appel : « C’est à partir de cas concrets qu’il faut agir ; ce sont des enfants ou des parents d’élèves faisant partie de l’environnement quotidien qu’il faut aider. » Depuis dix ans maintenant, le RESF dit faire face à une situation de plus en plus difficile. Avec une législation et des pratiques préfectorales qui se durcissent continuellement. Et les plus précaires - migrants, sans-papiers et Roms - sont les premières victimes d’une situation économique et sociale dégradée.

« Des situations qui auraient permis d’accéder au séjour il y a quelques années - comme l’asile, le droit à la vie privée et familiale, la maladie - aboutissent maintenant à des refus ou à la multiplication de titres précaires. Les régularisations sont plus difficiles à obtenir, notamment du fait d’exigences nouvelles, comme la maîtrise de la langue et des taxes de plus en plus lourdes... »

Pour ne rien arranger RESF rapporte « des discussions avec les préfectures souvent conflictuelles. Sans compter les réactions xénophobes qui, excitées et encouragées au plus haut niveau de l’État, gagnent une partie du corps social ».

Le collectif varois de RESF, même s’il ne s’est créé qu’en 2008, a prévu de fêter samedi 18 octobre au Crep des Lices, à Toulon, l’anniversaire marquant les années de lutte par une soirée militante mais aussi festive [2]. Au programme musical deux concerts : « Les Petits d’Homme » et « Les Sans Voix », avec aussi la participation de Pierre -Favre alias Pierrot Sapu, l’ancien chanteur du groupe de rock alternatif « Les Garçons bouchers » qui a connu la déshérence et la rue et qui officie aujourd’hui comme bénévole au Secours catholique.

Thierry Turpin



[2Participation aux frais : 5 euros.