Histoire coloniale et postcoloniale

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Ubu à Hayange : rejet des comptes de campagne

vendredi 24 octobre 2014

Le 28 mars dernier a vu la victoire à Hayange (Moselle) d’une liste Front national conduite par Fabien Engelmann. Mais ... le nouveau maire est accusé par son ancienne première adjointe d’avoir financé illégalement sa campagne. Celai pourrait lui coûter son élection ... En attendant, la vie communale tourne au vaudeville.

À la suite des révélations de l’ancienne adjointe, le parquet de Thionville a ouvert une enquête préliminaire [1], et Fabien Engelmann a annoncé lui-même le 24 octobre le rejet de ses comptes de campagne par la commission des comptes de campagne.

Le tribunal administratif va devoir examiner cette décision ; s’il confirme le rejet des comptes, il peut, en fonction de la gravité des faits reprochés, prononcer ou non une peine d’inéligibilité et l’élu peut même, dans ce cas, être déclaré démissionnaire d’office.

[Mis en ligne le 29 septembre 2014, mis à jour le 24 octobre]


De LO au FN

De 2001 à 2008, Fabien Engelmann milite à Lutte ouvrière. Tête de liste LO aux élections municipales de 2008 à Thionville, il rejoint le Nouveau parti anticapitaliste en 2009.

Octobre 2010, changement de direction : il adhère au Front national. Candidat aux élections cantonales de 2011 sous l’étiquette FN — il est suspendu puis exclu de la CGT.
Candidat tête de liste FN-RBM aux municipales à Hayange, il remporte l’élection avec 34.7% des voix, et il devient maire de la ville en avril 2014.

L’Algérie française

Il retrace son parcours dans son autobiographie, Du gauchisme au patriotisme. Il y dénonce « l’idéologie mahométane », « sectaire » et « en totale contradiction avec notre Constitution » et il livre une charge contre l’Algérie et les immigrés algériens : « Issu d’une famille pied-noire, je ne peux m’empêcher de rappeler encore et toujours que l’Algérie doit tout à la France. » Avant la colonisation, l’Algérie n’était, selon lui, « qu’un désert sans peuple défini. Et aujourd’hui certains d’entre eux trouvent encore le moyen de venir dans notre pays quémander toujours plus de générosité, dans cette France qu’ils haïssent et sur laquelle ils crachent. Ils nous reprochent une colonisation qui les a enrichis et dans laquelle ils auraient dû normalement prospérer s’ils s’en étaient donné la peine. »

Hayange plus belle

Jugeant « sinistre » une fontaine installée dans le centre ville par la municipalité précédente, il la fait repeindre en bleu... sans prévenir l’artiste.
Puis il décide de repeindre en bleu-blanc-rouge des wagonnets de mine qui servent de pots de fleurs.

En signe de protestation, une cinquantaine de personnes ont manifesté pour dénoncer cette « tentative de réinterprétation de l’histoire et le patriotisme frauduleux de la municipalité. » Ils plantent des drapeaux aux couleurs de la Turquie, de l’Italie et de la République tchèque, pays d’où étaient originaires les mineurs de Hayange.

Les comptes de campagne [2]

Alors qu’un journaliste interviewe le maire, sur le seuil de l’hôtel de ville, survient, habillé en jogging, le mari de la première adjointe, Marie Da Silva, qui interpelle l’édile : « C’est quand que tu me rends mes sous que je t’ai prêtés pour la campagne ? » « Je ne sais pas de quoi tu me parles...  » rétorque le maire, l’air faussement placide. « Si, si ! Bah, j’ai les factures, réplique l’époux. Par contre, faudra penser à me les rendre (...). Tu as eu du fric en campagne que tu n’as pas déclaré. Je veux mon fric ! »


Interrogée à son tour, la première adjointe — qui s’était vu retirer, quelques jours auparavant, toutes ses délégations par Fabien Engelmann — confirme les dires de son mari. Elle affirme avoir prêté 3 000 euros pour sa campagne au candidat FN. Mais, une fois élu, le jeune Fabien n’aurait rien remboursé et aurait omis de déclarer cette somme dans ses dépenses, légalement plafonnées à 30 000 euros. « Ce personnage, sous couvert d’une étiquette FN, fait pire que ce que l’ancien maire a fait », vitupère la dame.

« Elle fréquente des groupes d’extrême droite et elle est raciste » tempête étrangement Engelmann, qui nie en bloc toutes les accusations. Le 29 août, il avait déjà dénoncé « la prétention, la vanité, le manque de respect » de sa première adjointe. Laquelle ne s’était pas gênée pour lui reprocher son « incompétence » et ses « dérives autocratiques ».


La fête du lard et du cochon

Engelmann n’aime pas les musulmans — Il s’est opposé à l’ouverture d’un cours de danse orientale, et a tenté, sans succès, d’obtenir la fermeture le dimanche d’une boucherie halal du centre ville.

Le 14 septembre, il organise une fête du cochon... Pierre Cassen, le fondateur de Riposte laïque a fait le déplacement avec sa compagne, Christine Tassin, présidente de Résistance Républicaine, et une vingtaine de militants de cette association dont l’objet est de lutter "contre l’islamisation". On peut apercevoir quelques militants ulta-nationalistes un tee-shirt de l’Oeuvre française, un groupe radical interdit. [3]

A la fête du cochon d’Hayange, le 14 septembre 2014. (© Alexandre Sulzer)

Des adjoints gênants [4]

Fabien Engelmann porte plainte pour diffamation contre Mme Da Silva et ses deux alliés, qui multiplient les polémiques sur son action pour la ville.

Patrice Hainy, adjoint aux sports, et Emmanuelle Springmann, adjointe au commerce, au développement économique et à la culture, ont mis en doute la sincérité des résultats du scrutin sur le retrait des délégations de Marie Da Silva au début de septembre, lors d’un conseil municipal tendu et très médiatisé.

« Je ne peux pas continuer à travailler comme ça avec des gens qui me poignardent dans le dos. Ces personnes se sont mises d’elles-mêmes à l’écart de mon équipe municipale, par leurs déclarations mensongères dans la presse. C’est une décision collective avec le reste de mon équipe et elle coule de source, car eux-mêmes auraient dû démissionner, s’ils en avaient eu le courage. »

Le retrait des délégations de M. Hainy et Mme Springmann devrait cette fois être voté « à huis clos », a précisé le maire. Les deux camps s’attaquent désormais mutuellement sur le terrain juridique. M. Engelmann a porté plainte pour diffamation contre Mme Da Silva et ses deux alliés, qui multiplient les polémiques sur son action pour la ville.