Histoire coloniale et postcoloniale

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à Oran, Fernand Iveton retrouve sa rue

vendredi 16 septembre 2016, par nf

Fernand Iveton avait 30 ans lorsqu’il a été condamné à mort pour avoir posé une bombe dans son usine à Alger, en 1956, deux ans après le début de la guerre de libération. Français d’Algérie anticolonialiste, délégué CGT, membre du Parti communiste algérien rallié au FLN, il voulait alerter l’opinion sans intention de tuer. L’explosif a été désamorcé, ne faisant ni dégât ni victime. Fernand Iveton a été guillotiné le matin du 11 février 1957, avec deux de ses camarades algériens, après une journée de procès sommaire et une demande de grâce rejetée par le président René Coty et François Mitterrand, alors garde des Sceaux.

On ignore les raisons qui ont incité les autorités municipales d’Oran à débaptiser la rue portant son nom en la renommant “rue du Chahid Bouachir Bouamer”, mais la réaction de protestation de la population a été vive. Finalement, sous la pression de jeunes citoyens, les autorités municipales d’Oran ont remis à sa place la plaque portant le nom de celui qui déclarait : « ?Je ne suis pas musulman […] mais je suis algérien d’origine européenne ? ».

L’histoire de l’Algérie est-elle ignorée ?

par Akram El Kebir, El Watan du 6 septembre 2016


Depuis quelques jours, de la façon la plus discrète qui soit, les autorités locales ont procédé au changement de nom d’une rue du centre-ville, celle perpendiculaire de la place Mekkeri (ex-Valéro).

En effet, à la droite de cette placette - qui abrite le terminus des lignes de bus U et 34 - se trouve une petite rue en pente qui a, de longues années durant, porté le nom de Fernand Iveton, ce militant communiste français qui a pris fait et cause pour la Révolution algérienne et qui a été parmi les premiers guillotinés, en 1956, par le régime colonial sous ordre de François Mitterrand, alors garde des Sceaux.

Indignés, deux habitants de cette rue se sont rendus, hier, à notre bureau, pour se plaindre de cet état de fait. La rue Fernand Iveton s’appelle désormais rue du chahid Bachir Bouamer. « Je trouve que c’est bien qu’une rue porte le nom d’un autre chahid, mais pourquoi au détriment de Fernand Iveton ? » se désole Nourredine, la soixantaine, qui trouve scandaleux qu’on ait débaptisé le nom d’Iveton de cette rue qui jouxte le célèbre quartier populaire d’El Derb.

Il faut noter que ce genre de procédé n’est pas isolé et répond, le plus
souvent, à une méconnaissance des élus ou des responsables à qui est confiée la tâche de baptiser, qu’à une volonté farouche de porter atteinte à la mémoire et à l’histoire.

On se rappelle, à titre d’exemple, de cette anecdote qui prévalait dans les années 1980, quand des élus avaient proposé, ni plus ni moins, de débaptiser la rue Max Marchand (non loin de Gambetta), sans savoir que cette rue avait été nommée après l’indépendance de l’Algérie, et que Max Marchand était un ami de l’Algérie algérienne, assassiné peu après le 19 mars 1962 par des militants de l’OAS.

Pour revenir à Fernand Iveton, notons qu’un livre très poignant vient de lui être consacré, écrit par un jeune écrivain français Joseph Andras. Paru en mai dernier aux éditions Barzakh, le livre s’intitule De nos frères blessés et est disponible dans toutes les bonnes librairies. [1]

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Fernand Iveton : « Tahia El-Djazaïr ! »

par Kamel Moulfi, Algérie patriotique, le 14 septembre 2016


La bêtise qui frappe partout en Algérie, et souvent là où on s’y attend le moins, a choisi de s’en prendre à un héros de la lutte de libération nationale, Fernand Iveton, dont la qualité de chahid est indiscutable : condamné à mort et exécuté en février 1957 pour avoir été l’auteur d’une tentative d’attentat à la bombe contre une installation gazière à Alger. Il ne peut pas passer inaperçu dans la longue liste des chouhada ; parmi les militants anticolonialistes qui ont été guillotinés durant la guerre de Libération nationale, il est le seul Algérien d’origine européenne.

La « petite ruelle » qui porte son nom à Oran, dans le quartier Edderb, a été débaptisée par une commission d’élus dont il est légitime de s’interroger sur les motifs qui les ont amenés à prendre cette grave décision. Ont-ils agi par ignorance ou délibérément ? Vont-ils être contraints par les autorités du pays à corriger leur erreur ? Ils devraient comprendre que ce qui comptait pour Iveton quand il s’est engagé, en tant qu’Algérien, dans la lutte de libération, ce n’était certainement pas d’avoir son nom sur la plaque d’une rue et, encore moins, s’il avait survécu, des avantages matériels quelconques.

Sa motivation, il l’a criée en allant dignement à l’échafaud, sous les clameurs de « Tahia El-Djazaïr » lancé par ses compagnons de la prison de Serkadji, le jour de son exécution. Il voulait une Algérie libre. Et c’est dans le confort procuré par cette Algérie libre que les autorités locales de la ville d’Oran assènent un autre coup à Fernand Iveton. La bêtise se conjugue à la honte, mais ceux qui ont commis le véritable sacrilège qui consiste à enlever à un chahid son nom de « sa » rue sont-ils conscients de ce que signifie cet acte ? Apparemment, non.

De plus, ils se sont lourdement trompés en pensant que l’indignité avait gagné tout le monde dans notre pays. Ce sont des habitants de la rue Fernand-Iveton qui ont révélé le scandale de cette débaptisation et qui ont ainsi déclenché une protestation traduite dans une pétition et une campagne médiatique pour amener les autorités locales à annuler leur décision.


[1De nos frères blessés, de Joseph Andras. Éditions Actes Sud, 144 pages, 17 euros.