Histoire coloniale et postcoloniale

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à Tournan, la guerre d’Algérie n’est pas finie

mercredi 14 mai 2014, par nf

Un conseiller municipal FN de Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne) a déclaré à un jeune conseiller municipal délégué à la jeunesse qu’il n’était pas digne de porter l’écharpe tricolore. Il a poursuivi, devant témoins : « des cons comme toi, j’en ai tué plein pendant la guerre ».

Le jeune conseiller délégué est né à Tournan, mais il est d’“origine algérienne”.
Et derrière son écharpe, c’est la République qui a été bafouée, elle dont le premier article de la Constitution affirme : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. »

Un élu FN démissionne après des propos racistes [1]

Un conseiller municipal FN en région parisienne a démissionné lundi, quelques jours après avoir déclaré à un élu d’origine algérienne « des cons comme toi, j’en ai tué plein pendant la guerre », a-t-on appris mercredi auprès du maire de la commune. Jacques Gérard, 80 ans, ancien conseiller régional FN et élu municipal d’opposition à Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne), a « démissionné lundi en déposant une courte lettre en mairie invoquant les incidents lors de la cérémonie du 8 mai », a déclaré le maire socialiste, Laurent Gautier.

Jeudi, lors de la commémoration de l’armistice du 8 mai 1945, Jacques Gérard « a pris à partie pour ses origines un élu, Madani Khaloua, conseiller municipal délégué à la jeunesse », a raconté le maire qui présidait la cérémonie devant 200 personnes, confirmant une information du journal local le Pays Briard. « En brandissant sa carte d’ancien combattant de l’Algérie, M. Gérard lui a dit qu’il n’était pas digne de porter l’écharpe tricolore. Devant témoins, il lui a ensuite dit "des cons comme toi, j’en ai tué plein pendant la guerre" », a-t-il poursuivi, condamnant des « propos inacceptables » et « foncièrement racistes ».

Madani Khaloua, 26 ans, a indiqué avoir déposé plainte le jour même auprès de la gendarmerie. « Ce n’était pas la première fois qu’il tenait ce genre de propos. En 2012, lors de l’élection présidentielle, il m’avait dit devant tout le monde qu’il n’était pas normal que je tienne un bureau de vote de la République », a ajouté l’élu de cette commune de 8 000 habitants. « Je suis né à Tournan, j’ai été élevé ici. Quand on gratte la façade bleu marine, le naturel revient au galop », a-t-il déploré.

Contacté par l’AFP, Jacques Gérard n’a pas souhaité s’exprimer. De son côté, un haut responsable FN a plaidé : « Il est âgé et sa santé s’est dégradée ces derniers temps », évoquant notamment des problèmes de mémoire.

Un incident qui n’est pas isolé [2]

Une défense que taille en brèche le premier édile de Tournan-en-Brie, Laurent Gautier. Contacté par Le Lab, il assure que Jacques Gérard reste « vif » :

« C’est un homme de 80 ans, certes. Passé 22h30 au conseil municipal, il pique un peu du nez. Mais il est encore vif. Samedi [10 mai, deux jours après l’incident du 8 mai, ndlr], il était au marché en train de tracter avec d’autres élus de Seine-et-Marne pour les européennes. »

L’incident du 8 mai n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Le maire raconte que, lors des conseils municipaux, Jacques Gérard s’amusait à dessiner sur les bulletins de vote pour moquer le nom des élus. Selon Laurent Gautier, il a ainsi taxé Madani Khaloua, conseiller municipal délégué à la jeunesse, de « l’Oranais » ou écrit sur un bulletin : « Blanc, pas de noir » en référence à un élu noir, Isdeen Ouabi.

Des déclarations qui concordent avec celles de Madani Khaloua. Mardi 13 mai, il avait raconté au Lab que l’élu FN l’avait de nombreuses fois attaqué sur ses origines, « toujours devant témoin » : plusieurs fois, il m’a dit « moi je suis Français ».

Le 8 mai, en pleine cérémonie du 69ème anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, Jacques Gérard s’est approché du conseiller municipal Madani Khaloua, arguant que ce dernier « n’avait pas le droit de porter l’écharpe tricolore [car] il n’a pas fait la guerre ». L’élu FN en a profité pour montrer à l’assemblée sa carte d’ancien combattant.


[1Référence : Libération, AFP le 14 mai 2014

[2Référence : Le Lab, le 14 mai 2014.