à laquelle de ses “communautés” Jean-Paul Alduy pense-t-il, le matin en se rasant ?


article de la rubrique démocratie > Perpignan
date de publication : dimanche 10 juillet 2005


Les violences qui ont secoué la ville de Perpignan à la fin du mois de mai sont le fruit d’une situation d’exacerbation des identités qui s’est accrue sous l’effet de la politique municipale du maire, Jean-Paul Alduy.

Vous trouverez ci-dessous un article de l’Observatoire du communautarisme, suivi de quelques exemples de la gestion de la "communauté pied-noire".


Perpignanais : habitants de Perpignan.  [1]

Perpignanais, un mot que l’on n’a guère entendu à l’occasion des événements qui, pour une fois, ont fait de la cité catalane le centre de toutes les attentions. Il était plutôt question d’arabes et de gitans. Deux habitants de la ville sont morts. On retiendra d’eux que c’étaient des arabes.

Le communautarisme ne surgit jamais dans l’actualité à la faveur d’une bonne nouvelle. Son cortège est plutôt une succession de victimes, d’injustices, d’égoïsmes, de violences... ou de meurtres. Comme à Perpignan.

Perpignan, une ville en crise dont le chômage, largement supérieur à la moyenne nationale, a sapé la tradition d’accueil, pourtant ancienne. Refuge des immigrés espagnols chassés par la répression franquiste, foyer d’accueil de milliers de pieds-noirs après les accords d’Evian puis havre des travailleurs venus du Maghreb dans les années 1970, la cité catalane avait cru pouvoir sédimenter ces vagues d’immigrants. Au milieu des années 1980, l’explosion du Front national - qui dépassa largement 30% des voix sous l’égide de Pierre Sergent, un ancien de l’OAS - a brutalement mis à jour les plaies d’une ville abandonnée qui prenait des allures de Tourcoing du sud à mesure que la désindustrialisation et le désoeuvrement s’accentuaient.

C’est dans ce contexte que Jean-Paul Alduy est élu maire en 1993. Nouveau sur la scène politique locale, l’homme n’est cependant pas inconnu des habitants puisqu’il succède à son père, Paul Alduy, maire (SFIO passé à l’UDF) de Perpignan depuis 1959. Sa longévité, Paul Alduy la devait notamment au clientélisme municipal qu’il avait instauré en faveur de certaines catégories de la population comme les pieds-noirs de la cité du Moulin à Vent et - déjà - les gitans du quartier Saint-Jacques qui reçoivent "aides sociales, logements HLM, recrutement de gardiens ou d’employés de la voirie" [2].

Prônant le changement dans la continuité, Jean-Paul Alduy va moderniser la vision parcellaire de la population qui avait réussi à son prédécesseur de père sur le plan électoral. Aussi va-t-il donner aux multiples identités qui coexistent à Perpignan la possibilité de s’exprimer. Par exemple, les catalans dont la frange la plus radicale prône le retour aux sources et exhortent les nombreux chômeurs de la région à se tourner de plus en plus vers "la Catalogne du sud", autrement dit vers la dynamique et prospère Barcelone. Bien que les régionalistes de l’Unitat Catalana soient très minoritaires électoralement (moins de 5% aux municipales), Jean-Paul Alduy leur fait une place dans son exécutif municipal et accède à leur revendication en faisant inscrire en catalan le nom de toutes les rues du centre-ville et en prenant soin de toujours nommer la ville "Perpignan la Catalane" ("Perpinya la Catalana" en VO). Ce qui lui vaudra une guerre ouverte avec le préfet d’alors, un certain Bernard Bonnet. Avec les gitans, il se montre si prévenant que des rumeurs tenaces prennent corps et circulent dans toute la ville comme celle selon laquelle la municipalité aurait distribué des scooters à de jeunes gitans ou une autre qui évoque une "prime d’obésité" versée aux gitans corpulents ! De quoi nourrir la rancoeur d’autres catégories de la population, comme les jeunes beurs qui se sentent lésés par ce qu’ils dénoncent comme du favoritisme.

Convaincu que ces "communautés" sont structurées autour de leur appartenance religieuse - musulmane chez les beurs, protestante chez les gitans, juive et catholique pour les pieds-noirs -, le maire de Perpignan, bien avant Nicolas Sarkozy, va tenter d’utiliser la religion comme ciment de la paix civile. A l’en croire, Jean-Paul Alduy agit au nom de "l’extrême nécessité de rapprocher des communautés certes structurellement différenciées mais qui pouvaient être unifiées autour du principe d’amour du prochain qui constituait leur dénominateur commun : un lien d’échange entre toutes les religions, seul capable de faire passer les hommes du stade de l’animal rassemblé en troupeau à celui d’une société soucieuse de respect et d’écoute de l’autre" [3]. Et la République alors ?! L’oecuménisme plutôt que le civisme... Une méthode destinée à faire émerger une nouvelle façon de vivre en société : "entre l’intégration-assimilation qui uniformise dans le moule national et républicain et la défense des identités qui glissent vers le communautarisme, une voie moyenne : la société de l’archipel. [...] Chacun vit dans son île et construit l’archipel des valeurs et des richesses communes [...] Ce concept d’archipel, j’ai pu le développer également comme option d’aménagement de la cité - les quartiers sont des îles". Le voisinage plutôt que la vie ensemble, le tout relayé par des représentants des "communautés" dont la place a été savamment dosée au sein de l’exécutif municipal. Une expérience "centrée sur le respect des identités catalane, maghrébine ou gitane" [4] qui, alliant le multiconfessionnalisme et le régionalisme fait de Perpignan une sorte de Liban en Corse. Pourtant, Jean-Paul Alduy semblait avoir le vent en poupe puisqu’il était récemment devenu président de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine -où siège aussi l’inévitable Fadela Amara, présidente de Ni Putes Ni Soumises. Comptant sur des appuis médiatiques tant à Paris que dans sa ville -son épouse fut jusqu’en 2004 directrice générale du groupe Le Monde, actionnaire principal du quotidien local, L’Indépendant de Perpignan-, imité par son opposition qui, à l’instar de son rival socialiste, Christian Bourquin, multipliait les appels du pieds aux gitans [5], Jean-Paul Alduy vantait les mérites de son concept d’archipel bien au-delà de Perpignan.

Les affrontements de la fin du mois de mai ont révélé l’image dévastée d’un "archipel" à feu et à sang. Car, pour louable qu’ait été la volonté de coexistence pacifique de Jean-Paul Alduy, la mise en exergue des "identités" comme unique moyen aboutit au communautarisme le plus exacerbé. En effet, cette méthode de gouvernance fait l’impasse sur la réalité socio-économique qui est pourtant essentielle à la cohésion. La spiritualité offre peut-être le salut de l’âme mais elle ne suffit pas à donner à chaque individu sa place dans la société. La faible alphabétisation, la précarité et le chômage font ainsi le quotidien des gitans comme celui des beurs qui se font face dans le coeur historique de Perpignan. Une situation pointée du doigt par des observateurs de la vie politique locale cités par le journal "Le Monde" [6] :

"Pour le maire, les communautés ne peuvent être que religieuses. Il a donné aux imams, pasteurs, rabbins un rôle inédit en France", note Fabrice Thomas, rédacteur en chef du Petit Journal. (...)
"Que les pasteurs défilent avec les imams, très bien", confirme M. Gaudelet, pasteur de l’église réformée. "Mais la médiation doit être politique. C’est à la République de faire son travail. Si elle fait appel aux responsables religieux, elle risque de tomber dans le clanisme et le pouvoir tribal", ajoute le pasteur.
"Il y a eu des rixes, des problèmes de voisinage, des conflits commerciaux. Mais, quand ces événements se sont produits, le message immédiat du maire a été de dire : c’est une communauté qui s’affronte à une autre", explique M. Tarrius, sociologue. "La réponse des Gitans et des Maghrébins a été immédiate. On les a mis en scène ? Ils ont rendu la monnaie de leur pièce. Ils ont fait communauté".

Qui sème le vent récolte la tempête.

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5 juillet 2003 :
INAUGURATION DE LA STÈLE DÉDIÉE AUX FUSILLÉS ET COMBATTANTS MORTS POUR L’ALGÉRIE FRANÇAISE

Samedi 5 juillet 2003 à 10 heures, au Cimetière Haut Vernet de Perpignan, en présence de Jean-Marc Pujol, premier adjoint représentant le maire.

La stèle OAS du cimetière du Haut-Vernet à Perpignan.

Jean-François Collin, président de l’ADIMAD, adressa des remerciements particulièrement chaleureux à Jean-Paul Alduy :

"Je tiens à remercier très vivement Jean-Paul Alduy, maire de Perpignan ainsi que Jean-Marc Pujol, son premier adjoint. Ils ont eu le courage, je dis bien le courage, d’accepter que ce monument soit érigé sur leur commune. Ce geste d’humanité vis-à-vis d’une part importante de leurs concitoyens restera dans les mémoires. Ils ont ainsi contribué à apaiser un peu le feu des plaies toujours ouvertes après tant d’années. Monsieur Alduy, Monsieur Pujol, nous n’oublierons pas ce geste de réconciliation, Soyez-en bien certains."

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Intervention de Jean-Paul Alduy au Sénat lors du débat sur le projet de loi portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés

Le 16 décembre 2004, après avoir rappelé les drames vécus par les harkis et les familles pieds-noirs, Jean-Paul Alduy déposa un amendement, à la demande d’associations de rapatriés d’Algérie. Il souhaitait qu’après avoir exprimé sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’oeuvre accomplie par la France dans les anciennes colonies françaises et notamment en Algérie, « la nation reconnai[sse] la responsabilité de l’Etat français dans les massacres, enlèvements, et disparitions postérieures à la date du 19 mars 1962 des civils européens, des militaires et des civils harkis, et de leurs familles engagées à leurs côtés. »

L’amendement n’a pas été retenu, mais vous pouvez prendre connaissance de l’intervention de Jean-Paul Alduy dans son intégralité.

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PERPIGNAN AURA SON MUR DES DISPARUS EN ALGÉRIE

Le 5 juillet 2005 à Perpignan, les "Français d’Algérie" étaient invités à se retrouver devant la stèle des rapatriés (voir ci-dessus) en mémoire des victimes du 5 juillet 1962 à Oran. Une grande réunion publique devait suivre au cours de laquelle Jean-Paul Alduy devait présenter le futur "MÉMORIAL - MUR DES DISPARUS EN ALGÉRIE ( 1954/1963)".

Ce monument d’environ 15 mètres de long sera probablement composé d’un haut relief central autour duquel seront gravés les noms de toutes les personnes disparues. Il sera édifié dans l’enceinte du Couvent Sainte-Claire où le Cercle algérianiste installera prochainement le Centre de l’oeuvre française en Algérie qui sera tout à la fois Musée et Centre de Documentation.

Sous la présidence du Cercle algérianiste des Pyrénées Orientales, un comité composé de familles de disparus, d’historiens, de représentants de la Ville ainsi que du sculpteur, va piloter cette opération [7].

"Le Mémorial des disparus d’Algérie est une nouvelle étape de la transmission de la mémoire et de l’enseignement de la guerre d’Algérie." [8]

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Comme vous avez pu le constater, Jean-Paul Alduy n’oublie pas sa "communauté pied-noire" - quoi qu’il entende par cette expression -. Et il n’est pas le seul dans le midi méditerranéen : Montpellier offrira bientôt aux visiteurs et chercheurs "le seul musée de France entièrement consacré à la présence française en Algérie de 1830 à 1962"

Notes

[1] Source : http://www.communautarisme.net/inde... .

[2] "Clan contre clan", Jacques Molénat in L’Express du 6 juin 2005. De Jacques Molénat, lire Le Marigot des pouvoirs ; Systèmes, réseaux, communautés, notables et francs-maçons en Languedoc-Roussillon, Editions Climat, 2004. Dans la présentation de son ouvrage, Jacques Molénat évoque Jacques Roseau, leader des pieds-noirs en Languedoc, qui négociait, "en contrepartie de l’appui électoral des siens, des avantages communautaires tant avec le pouvoir central qu’avec les élus locaux".

[3] Jean-Paul Alduy et Javier Otaola, Laïcité, spiritualités dans la cité, Ville de Perpignan, 2004.

[4] Propos cités sur RTL le 30 mai 2005.

[5] Sur ce sujet, lire les articles publiés sur le site d’information satirique local Perpignan Tout Va Bien .

[6] "Perpignan, un brasier mal éteint", Ariane Chemin in Le Monde du 11 juin 2005.

[7] Les membres du comité de pilotage du Mur des Disparus :

pour les familles de disparus : Josette Gonzalez, Claude Lions, Monique Viguier,
pour la Ville de Perpignan : les maires-adjoints Jean-Marc Pujol, Maurice Halimi
les historiens : Geneviève de Ternant, Jean Monneret,
le sculpteur Gérard Vié,
pour le cercle algérianiste : Laurent Marchioni, Raphaël Passarelli, Yves Sarthe, Jean Scotto di Vettimo, Marcel Simonet.

[8] Cette présentation a été faite d’après la lettre d’invitation.


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