après le démantèlement de la “jungle” de Calais, il faut sortir de la “loi de la jungle”


article communiqué de la LDH  de la rubrique les étrangers > la chasse à l’étranger
date de publication : mercredi 23 septembre 2009


Annoncé courant avril, confirmé la semaine dernière, le démantèlement à Calais de la « jungle », ce vaste camp improvisé symbole de l’immigration clandes­tine en Europe, a eu lieu mardi matin 22 septembre à 7 h 30.

Au total, 276 étrangers en situation irrégulière ont été interpellés par 500 policiers et gendarmes. Parmi eux, 141 adultes et 135 se déclarant mineurs. Les premiers seront placés en centre de rétention s’ils refusent un retour dans leur pays et s’ils ne peuvent prétendre au droit d’asile. Les mineurs, qui ne peuvent être reconduits à la frontière, seront placés dans des centres spécialisés.

Comme le demande la Coordination française pour le droit d’asile (CFDA), il faut maintenant sortir de la loi de la « jungle » :

  • remettre le système d’asile européen sur ses pieds en arrêtant de dénier les besoins de protection des personnes et en prévoyant un mécanisme leur permettant de demander asile dans le pays de leur choix ou là où elles ont des liens familiaux, linguistiques ou culturels,
  • il faut également leur assurer des conditions d’accueil conformes à la dignité des personnes en prévoyant des structures d’hébergement ouvertes à tous.

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Dans la “jungle” de Calais, le 21 septembre 2009 (photo AFP/Philippe Huguen)

Communiqué de la CFDA

Fermeture de la jungle : le droit des personnes ne doit pas rester à la porte  [1]

En annonçant, hier 16 septembre, la « fermeture » des ‘Jungles’ pour la semaine prochaine, le ministre de l’Immigration Eric Besson ferme les yeux sur les violations des droits de l’homme massives dans les pays dont sont originaires les migrants et l’extrême précarité de leurs conditions de vie.

Le ministre ne doit pas se leurrer : annoncer la « fermeture » de la ‘Jungle’ signifie simplement tenter de rendre invisible un problème qui perdurera, se renouvellera et se déplacera. L’incapacité des autorités françaises et européennes à appréhender correctement et de façon coordonnée cette situation aura un coût : les conditions indignes dans lesquelles sont contraints de vivre les migrants et demandeurs d’asile malgré l’aide au quotidien de nombreux bénévoles.

Le ministre a d’ailleurs déjà marqué des points avec ses annonces des derniers mois : en effet, comme il l’affirme aujourd’hui « il y avait environ 700 personnes il y a trois mois, il en reste environ 300 ». Des centaines de ces personnes, bien réelles, hommes, femmes, enfants, effrayées, ont poursuivi leur errance vers de nouveaux lieux, de nouveaux pays et font alors face à de nouveaux obstacles et de nouvelles violations de leurs droits.

Pour se justifier, le ministre met en avant la « remontée très forte de la délinquance dans le Calaisis », « les agressions des habitants de Calais » et « les entreprises qui ne peuvent plus travailler normalement ». Cela ne correspond pas aux observations des associations qui sont sur le terrain. Plutôt que d’apporter des solutions aux causes mêmes de cette situation, le ministre opte pour la facilité de la stigmatisation du « migrant-demandeur d’asile », présenté comme une personne délinquante et dangereuse, cela sous couvert de s’attaquer aux passeurs.

Aujourd’hui, comme à chaque annonce, le ministre cache que ces migrants qu’il veut déloger viennent de pays où les violations des droits de l’homme sont massives, ce qui explique leur fuite désespérée et leur acceptation de conditions de vie aussi précaires.

Alors qu’en juillet le ministre parlait de 36 demandeurs d’asile « admis au séjour », il affirme aujourd’hui que 170 demandes ont été enregistrées depuis le 1er janvier « avec titres de séjour et hébergement ». Ce ne sont pas les chiffres des associations : beaucoup de ces personnes, passées par la Grèce ou l’Italie et contraintes de brûler leurs empreintes pour éviter d’y être renvoyées, ne reçoivent ni l’un, ni l’autre.

Comment des Erythréens peuvent-ils accepter un retour « volontaire » dans leur pays ? Pourquoi des Soudanais ou des Afghans accepteraient-ils, en application d’un texte européen, Dublin II, leur transfert vers la Grèce, régulièrement condamnée et dénoncée pour les mauvais traitements caractérisés et répétés à l’encontre des demandeurs d’asile et des migrants en général ?

Demain, Eric Besson va en Grèce, mais ce n’est malheureusement pas pour se mettre d’accord sur la suspension des transferts vers ce pays où la situation de l’asile est régulièrement dénoncée par le HCR et le Conseil de l’Europe. En fait, ce déplacement est annoncé « dans le cadre des efforts de la France pour renforcer la politique de lutte contre l’immigration irrégulière ».

Une politique respectueuse des droits doit avoir le courage de constater que la politique européenne est défaillante. Les autorités françaises perdent une occasion d’ouvrir et de faire ouvrir les yeux sur les drames humains qui se cachent derrière ces situations. Nos associations demandent à nouveau le retrait ou à défaut la révision du règlement Dublin II qui cause plus de victimes qu’il n’apporte de solutions.

Pour sortir de la loi de la ‘jungle’, il faut remettre le système d’asile européen sur ses pieds en arrêtant de dénier les besoins de protection des personnes et en prévoyant un mécanisme leur permettant de demander asile dans le pays de leur choix ou là où elles ont des liens familiaux, linguistiques ou culturels. Quel que soit leur choix, il faut également leur assurer des conditions d’accueil conformes à la dignité des personnes en prévoyant des structures d’hébergement ouvertes à tous.

Le 17 septembre 2009

La Coordination française pour le droit d’asile rassemble les organisations suivantes :

ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), Act-Up Paris, Amnesty International - section française, APSR (Association d’accueil aux médecins et personnels de santé réfugiés en France), Association Primo Levi (soins et soutien aux personnes victimes de la torture et de la violence politique), CAAR (Comité d’Aide aux Réfugiés), CAEIR (Comité d’aide exceptionnelle aux intellectuels réfugiés), CASP (Centre d’action sociale protestant), CIMADE (Service oecuménique d’entraide), COMEDE (Comité médical pour les exilés), Dom’Asile, ELENA, FASTI (Fédération des associations de soutien aux travailleurs immigrés), France Libertés, Forum Réfugiés, FTDA (France Terre d’Asile), GAS (Groupe accueil solidarité), GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), LDH (Ligue des droits de l’homme), Médecins du Monde, MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), Secours Catholique (Caritas France), SNPM (Service National de la Pastorale des Migrants), SSAE (Soutien, solidarité et action envers les émigrants)

La représentation du Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) en France et la Croix Rouge Française sont associés aux travaux de la CFDA.

Communiqué LDH

Calais : chasse au migrant

Le démantèlement de « la jungle » de Calais, selon le ministre de l’Immigration et de l’identité nationale, avait pour objet de démanteler les filières en arrêtant les passeurs. Mais la publicité que monsieur Besson a orchestrée autour de l’opération a largement donné à ces derniers le temps de disparaître. Dès lors, le seul résultat tangible de cette opération de police est l’arrestation des migrants eux-mêmes, c’est-à-dire des victimes des trafics.

Ces migrants, qui avaient fui la misère et la terreur dans des pays aussi « sûrs » que… l’Afghanistan, survivaient dans des conditions effroyables que le cabinet de monsieur Besson a contribué à entretenir, en allant jusqu’à bloquer la fourniture de quelques douches pour des familles prévue par le Secours catholique. Nombre d’entre eux sont des mineurs que la France a l’obligation de protéger.

De surcroît, les conditions dans lesquelles s’est déroulée cette opération de police sont indignes d’un Etat de droit, et l’éparpillement des personnes arrêtées dans des centres de rétention situés dans toute la France va augmenter leur désarroi, rendre encore moins effectif leur droit de demander l’asile et encore plus difficile le travail associatif d’assistance et d’accès aux droits.

Au nom d’une politique de l’immigration réduite à la dissuasion par la brutalité, les gouvernants actuels donnent une nouvelle fois le spectacle du mépris des principes selon lesquels toute personne a le droit de fuir le pays dans lequel elle est menacée et devrait pouvoir choisir le pays dans lequel elle souhaite former sa demande d’asile.

La Ligue des droits de l’Homme appelle les citoyens à ne pas se laisser duper par un discours sur l’Etat de droit qui masque la violation assumée des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient son origine et sa nationalité.

Paris, le 23 septembre 2009

Notes

[1] Sur le même thème, vous pourrez consulter le rapport de la CFDA, « La loi des jungles ».


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