Histoire coloniale et postcoloniale

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après les déclarations à Toulon d’Emmanuel Macron

mercredi 22 février 2017, par nf

Pour certains « nostalgériques », les déclarations d’Emmanuel Macron à Alger le 15 février dernier, ne passent pas. Environ 150 d’entre eux — parmi lesquels on reconnaissait de nombreux membres du Front national — l’ont crié, à Toulon le 18 février après-midi, en tentant de perturber la réunion électorale d’En marche !. D’autre part, le Cercle algérianiste, qui se targue de représenter tous les Pieds-noirs, a fait connaître sa décision de poursuivre le candidat qui avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ». L’association estime que les propos sur la colonisation qu’il a tenus à Alger portent « atteinte à la mémoire et à l’honneur des Français d’Algérie ».

En déclarant, le 15 février, que la colonisation était un « crime contre l’humanité », Emmanuel Macron a eu le mérite d’introduire ce sujet au sein de la campagne présidentielle. Voyez la tribune de François Gèze et Gilles Manceron intitulée « Regardons en face le passé colonial de la France », publiée dans Le Monde du 18 février 2017.

Mais, lors de son meeting à Toulon le 18 février, Emmanuel Macron n’a pas repris les mêmes termes, dans une région pourtant où l’extrême droite est forte et où le combat pour la vérité doit être mené sans concession. Il a semblé battre en retraite, louant le « travail formidable » fait à l’époque de l’Algérie française par des gens « formidables », les Pieds-noirs nostalgiques qu’il avait « blessés » et à qui il demandait « pardon ». Il a paru renouer avec ses propos, plus qu’ambigus, de novembre 2016, selon lesquels, dans l’Algérie coloniale, « il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie ». Va-t-il reprendre la théorie des « aspects positifs de la colonisation » qui avait suscité un tollé parmi les historiens, les enseignants et de nombreuses associations quand une loi, du 23 février 2005, avait demandé aux professeurs de les inculquer ?

François Nadiras


Un communiqué de l’Association nationale des Pieds-noirs progressistes et leurs amis — ANPNPA — vient fort opportunément rappeler que Thierry Rolando est loin de pouvoir parler au nom de tous les Pieds-noirs.

Communiqué de l’ANPNPA

Un crime contre lʼhumanité ...
Au delà des mots, la réalité des crimes coloniaux.

Au delà des mots, oui, lʼétat français est comptable des crimes et des horreurs commis pendant les 132 ans que durèrent la conquête et la colonisation de lʼAlgérie. Oui, la colonisation est la mise en servitude dʼun peuple, la destruction de ses repères sociaux, culturels, économiques, et leur remplacement, imposé par la force, par un système de valeurs étranger à « lʼindigène » où rien ou si peu ne lui est laissé. Oui, la colonisation de lʼAlgérie sʼest tout au long accompagnée de massacres organisés pour soumettre le peuple, de misère et de famines nouvelles et dévastatrices – avec une population diminuée dʼun tiers de 1830 à 1871 -, dʼacculturation et dʼasservissement. Et si lʼétat français est comptable de cette réalité, force est de dire quʼil bénéficia dʼun large consensus national, « métropolitain », qui ne se démentit quʼau dernier temps de la guerre dʼindépendance.

Les cris dʼorfraie de la droite et de ses extrêmes, de Fillon aux Cioti et Le Pen, sont logiques et attendus, qui alimentent leur fond de commerce politique, calculs sordides mêlant louange du passé colonial, racisme, haine et rejet de lʼautre. Attendues aussi sont les réactions outrées de certaines associations de Harkis et de pieds-noirs dʼextrême droite, qui ne sont que les immédiats relais de leurs mentors politiques. Et pourtant, que ces réactions sont inappropriées, absurdes : les harkis ont été doublement victimes, dʼabord comme sujets indigènes puis comme supplétifs forcés de ce que on leur fit faire puis subir ; les pieds-noirs ont été autant bénéficiaires que victimes du système colonial. Ce nʼest pas à eux mais à lʼétat français de rendre compte des crimes de la colonisation !

LʼANPNPA réitère son appel à la reconnaissance par le plus haut de lʼEtat français des crimes et des horreurs qui furent alors commis : reconnaître officiellement la réalité du colonialisme, sans repentance ou demande de pardon aux hommes ou à un Dieu !

Au delà de mots, que le candidat Macron dépasse ses propos contradictoires sur la colonisation, dʼœuvre civilisatrice à crime contre lʼhumanité, et nous rejoigne dans lʼappel international lancé par Le Cour Grandmaison pour la reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France !

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