Histoire coloniale et postcoloniale

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barakat ! ça suffit !

dimanche 9 mars 2014

"Barakat !", ou "ça suffit !" C’est le nom du mouvement qui vient de se créer en réaction à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un quatrième mandat. Ce jeudi [6 mars 2014], une quarantaine de personnes, dont des journalistes, qui manifestaient devant la faculté d’Alger ont été interpellées de manière musclée par les forces de l’ordre.

Depuis l’annonce de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika (77 ans) à la présidentielle du 17 avril, les manifestations se multiplient en Algérie.

Algérie : Barakat, ce mouvement de contestation qui inquiète les autorités

par Hassane Zerrouky, L’Humanité, le 8 mars 2014


Depuis l’annnonce de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika (77 ans) à la présidentielle du 17 avril, les manifestations se sont multipliées en Algérie. La dernière, jeudi dernier, a été sévèrement réprimée.

Jeudi dernier, le centre d’Alger, devant la faculté, à proximité de la place Maurice Audin, a été le théâtre d’une nouvelle manifestation, la quatrième, à l’appel du mouvement Barakat (ça suffit !) aux cris d’"Algérie libre et démocratique" et « 52 ans, Barakat » ! Une quarantaine de manifestants dont des jounalistes, ont été interpellés avant d’être libérés quelques heures plus tard. Depuis l’annnonce le 22 février de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika (77 ans) à la présidentielle du 17 avril, annonce faite par le Premier ministre Abdelmalek Sellal à partir d’Oran, les manifestations se sont multipliées. « Ce n’est pas contre Abdelaziz Bouteflika qu’on proteste, mais contre le fait qu’il brigue un quatrième mandat » explique à l’Humanité Azwaw, dont la photo de l’ interpellation musclée – il est handicapé – a fait le tour de la toile et a été publiée en bonne place par le Washington Post. « Notre problème, ajoute-t-il, c’est ce système politique autoritaire qui se maintient depuis 1962 ».

Dynamique

Les autorités politiques, relayées par certains médias, tentent de minimiser ces manifestations. Certes, le 22 février, la première manifestation à laquelle a appelé Amira Bouraoui, jeune médecin-gynécologue, n’a rassemblé devant l’université de Bouzaréah sur les hauteurs d’Alger, qu’un petit groupe de personnes, vite embarquées par la police. « Cette faible mobilisation est en partie due à cette peur de l’instabilité, au défaitisme et à la résignation. Nous estimons qu’il est temps de dire stop » expliquait-elle sur le site en ligne TSA. « En tout cas, les gens ne sont pas hostiles et ne comprennent pas qu’on soit interdit de manifester pacifiquement » explique Azwaw.

Depuis le rassemblement avorté du 1er mars, quand les militants interpellés ont décidé de créer Barakat, il y a de plus en plus de gens qui le rejoignent, d’autant qu’il dispose désormais d’une page sur Facebook. Est-ce à dire que la dynamique protestataire commence à prendre ? S’il est trop tôt pour répondre par l’affirmative, il n’est pas inutile d’observer que la protestation gagne du terrain même si elle reste cantonnée aux couches jeunes et intellectuelles. C’ est vrai à Alger mais aussi à Constantine et Batna dans les Aurèsainsi qu à Tizi-Ouzou et Bejaïa en Kabylie, où eurent lieu des actions de protestation identiques mobilisant quelques centaines de personnes. Pour l’heure, la grande masse des jeunes est restée à l’écart ainsi que de nombreux acteurs de la société civile – les syndicats indépendants par exemple – et partis politiques progressistes. Mais rien ne dit, cela s’est vu en Egypte cet étté avec le mouvement Tamarod (rébellion), que Barakat ne finisse pas par réveiller de plus en plus de franges de la société algérienne.

Sans hiérarchie

Se défendant de toute manipulation, deux des animateurs de Barakat ont expliqué sur les réseaux sociaux qu’il n’est affilié à aucun parti politique. « Le mouvement n’a pas de hiérarchie ni de leader, les responsabilités sont partagées et le directoire qu’on a actuellement est provisoire et composé de sept personnes afin de mettre sur pied les fondements du mouvement ». Reste cependant qu’Amira Bouraoui, la plus médiatique, redoutable débatrice, sort quelque peu du lot, comme on l’a vu récemmment sur le plateau d’Echourouk TV, face à une députée voilée du FLN.

Pour l’heure, en dépit des interpellations musclées dont plusieurs de leurs militants ont été l’objet, les animateurs du mouvement, qui préparent de nouvelles actions de protestation, planchent, a-t-on appris, pour une forme d’organisation de type horizontale, « sans hiérarchie » et « sans leader ». Pour déjouer la censure et les interdits, Facebook et Twitter sont leurs principales armes de communication et de mobilisation.

Une chose est certaine, les autorités commencent à faire montre de nervosité. Jeudi, le Premier ministre Abdelmalek Sellal a mis en garde les « fauteurs de trouble » et les aventuriers ». Avertissant : « tous ceux, qui usurpent la démocratie, devront répondre de leurs actes » ! Après le retrait de plusieurs candidats, et non des moindres, de la course à la présidentielle, accentuant ainsi la décrédibilisation du scrutin du 17 avril, la Coordination nationale des partis politiques et des personnalités nationales pour le boycott de la présidentielle va organiser un sit-in mercredi prochain au Monument des martyrs à Alger. Les Gardes communaux, supplétifs civils de l’armée ayant lutté contre le terrorisme islamiste, comptent également descendre dans la rue pour protester contre le quatrième mandat.

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Les Anti-quatrième mandat manifestent à Tizi Ouzou

par Nordine Douici, El Watan, le 8 mars 2014


Des opposants au quatrième mandat du président de la république Abdelaziz Bouteflika se sont donnés rendez vous, samedi 8 mars, à la place de l’Olivier, à proximité du siège de la sureté de wilaya, pour exprimer leur désir du changement de système politique en Algérie.

Pour les initiateurs de cette manifestation, qui ont lancé l’appel la veille par voie d’affichage et sur les réseaux sociaux, « ce rassemblement pacifique est l’expression d’une prise de conscience de la société civile face à la volonté de reconduire le Président pour un 4e mandat qui nous mène droit vers le chaos et l’abime », écrivent-ils, avant de préciser que « ce chaos, nous le subissons depuis 15 ans sous forme de d’insécurité, de corruption, de népotisme […] ».

Aux alentours de la placette un dispositif de sécurité a été mis en place, guettant le moindre débordement. Pancartes et banderoles déployés, les contestataires ont scandé des slogans hostiles au pouvoir. On pouvait lire sur les pancartes : « L’Algérie n’est pas une oligarchie » et « Barakat le 4e mandat ».

A noter que c’est le second rassemblement contre le quatrième mandat du candidat Abdelaziz Bouteflika après celui des étudiants de l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, organisé mercredi dernier devant le portaildu campus Hasnaoua.

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Algérie : le mouvement anti-Bouteflika durement réprimé

par Hassane Zerrouky, L’Humanité, le 6 mars 2014


"Barakat !", ou "ça suffit !" C’est le nom du mouvement qui vient de se créer en réaction à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un quatrième mandat. Ce jeudi, une quarantaine de personnes, dont des journalistes, qui manifestaient devant la faculté d’Alger ont été interpellées de manière musclée par les forces de l’ordre.

Depuis que le premier Ministre a annoncé le 22 février la candidature de D’Abdelaziz Bouteflika, 77 ans et 15 ans de pouvoir, à la présidentielle du 17 avril, les manifestations se sont multipliées dans le pays. "Vive l’Algérie", "Algérie libre et démocratique", scandaient, ce jeudi les manifestants, surtout des jeunes, devant la faculté, en plein centre-ville d’Alger. "Il faut que celui qui occupe el Mouradia (le palais de la présidence) entende notre voix. Nous ne cèderons jamais", a crié l’un d’eux. "52 ans, Barakat" (ça suffit)", criait aussi une femme d’une cinquantaine d’années, en référence aux 52 ans d’indépendance du pays géré depuis par des hommes politiques de la même génération.

"Nous en avons marre de cet homme à demi-mort et des voyous qui l’entourent"

Un journaliste de l’AFP a vu une quarantaine de protestataires interpellés avec force par des policiers en civil, dont Amina Bouraoui, médecin gynécologue et une des fondatrice de Barakat, mouvement opposé à un quatrième mandat de Bouteflika, ainsi que Hassan Farhati, un militant de l’ONG SOS Disparus, en référence aux milliers de disparus de la guerre civile des années 90. Des journalistes ont également été arrêtés, comme Mehdi Biskri, du journal francophone El-Watan. Même dans les fourgons, les manifestants arrêtés continuaient à crier leur refus du système en tambourinant contre les parois des véhicules. Était également présent parmi les manifestants Djilali Soufiane, président du parti libéral Jil Jadid qui a renoncé la semaine dernière à se présenter à la présidentielle après l’annonce de la candidature de Bouteflika. Il a exprimé son "écoeurement" à un journaliste de l’AFP : "Nous en avons marre de cet homme à demi-mort et des voyous qui l’entourent. Il faut que l’équation politique change". Samedi 1er mars, une manifestation au même endroit à Alger avait été violemment maîtrisée.

Lundi pour la première fois depuis son AVC du 22 avril 2013, le président algérien s’est exprimé en public au Conseil constitutionnel, où il était venu en personne déposer son dossier de candidature à un quatrième mandat. Depuis des mois, l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, au pouvoir depuis 1999, alimente les spéculations. Les images de la télévision publique l’ont montré assis dans un fauteuil annonçant d’une voix à peine audible qu’il était candidat ? : « ?Je suis venu déposer officiellement ma candidature, conformément à l’article 74 de la Constitution et à la loi électorale ? », est la seule phrase prononcée publiquement depuis plus de dix mois.

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La police a dispersé samedi 1er mars à Alger une manifestation contre un 4e mandat du président Abdelaziz Bouteflika, candidat à la présidentielle du 17 avril (durée : 50 s) :