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cinquante jeunes israéliens refusent de faire leur service militaire

mardi 11 mars 2014

Un groupe de 50 jeunes Israéliens a publié une lettre ouverte adressée au Premier ministre Benjamin Netanyahu, expliquant qu’ils refusaient d’effectuer leur service militaire, obligatoire en Israël sous peine de prison ferme [1].

« Notre opposition à l’occupation des territoires palestiniens par l’armée israélienne constitue la principale raison de notre refus de servir », indique la lettre, publiée samedi 8 mars, sur la page Facebook de l’organisation pacifiste Yesh Gvul [2].

Les signataires dénoncent « les violations des droits de l’Homme » en Cisjordanie, les « exécutions, la construction de colonies, les détentions administratives [de Palestiniens], la torture, les punitions collectives et une répartition injuste de l’eau et de l’électricité » et déclarent qu’« ils ne peuvent participer à un système qui commet de tels actes ». Ils terminent en dénonçant l’influence croissante de l’armée sur la société civile israélienne.

Vous trouverez, en bas de cette page, la version originale en anglais de cette lettre, précédée d’une traduction française.

[Mis en ligne le 10 mars 2014, mis à jour le 11]


50 jeunes Israéliens adressent une lettre ouverte à Netanyahu : ils refusent de servir dans l’armée d’occupation”

le 9 Mars 2014 [3]


Selon un communiqué de presse publié dimanche par le Mouvement Yesh Gvul, plusieurs dizaines de jeunes Israéliens ont adressé samedi matin au Premier ministre israélien, Binyamin Netanyahu, une lettre dans laquelle ils déclarent leur refus de servir dans l’armée israélienne.

C’est la première manifestation collective d’objection de conscience en Israël depuis le début des négociations de paix ; c’est la première action de ce genre depuis cinq ans, mais elle s’inscrit dans une longue tradition d’objection de conscience.

Selon Yesh Gvul, le but de cette déclaration est de protester contre l’occupation en cours des territoires palestiniens où, selon les signataires, « les droits de l’homme sont violés et des actes qualifiés dans le droit international de crimes de guerre sont perpétrés quotidiennement. » Ils protestent également contre l’influence de l’armée sur la vie civile, développant le sexisme, le militarisme, la violence, l’inégalité et le racisme présent dans la société israélienne.

Yesh Gvul, mouvement d’objecteurs de conscience fondé en 1982, a publié une déclaration de soutien à ce nouveau groupe : « Depuis plus de 30 ans, Yesh Gvul soutient les citoyens israéliens qui prennent position en conscience contre les guerres injustifiées d’Israël, contre l’occupation et contre les crimes de guerre. Les adolescents de ce nouveau groupe d’objecteurs de conscience qui disent non à la politique du gouvernement israélien sont des exemples à suivre dans la lutte pour une société juste et démocratique. Nous les soutenons de tout cœur. »

Mandy Cartner, signataire âgé de 16 ans, de Tel Aviv, a déclaré : « Les actions de l’armée ne font qu’éloigner un peu plus la possibilité de parvenir à la paix, à la justice et à la sécurité. Mon refus est une façon d’exprimer mon opposition aux méfaits commis quotidiennement par nous et en notre nom ».

Shaked Harari, signataire de 17 ans de Bat Yam, a déclaré : « L’armée est au service du pouvoir et pas de la société civile qu’elle manipule. Mes amis et moi refusons d’être de la chair à canon. ».

Roni Lax, signataire de 20 ans de Bnei Brak : « Nous sommes solidaires des jeunes ultra-orthodoxe et de la jeunesse arabe – chrétienne et druze, dont certains sont actuellement dans une prison de l’armée."


Voici leur déclaration :

La lettre ouverte (traduction française par LDH-Toulon)

« Nous, citoyens de l’Etat d’Israël, sommes appelés au service militaire.

« Nous demandons aux lecteurs de cette lettre d’oublier ce qui a toujours été tenu pour acquis et de réexaminer les implications du service militaire.

« Nous, soussignés, avons l’intention de refuser de servir dans l’armée et la principale raison de ce refus est notre opposition à l’occupation militaire des territoires palestiniens. Dans les territoires occupés, les Palestiniens vivent sous la domination israélienne sans avoir été consultés, et ils n’ont aucun recours juridique contre cette situation et contre les décisions les concernant. Ce n’est ni démocratique, ni juste. Dans ces territoires, les droits humains sont violés, et des actes définis par le droit international comme crimes de guerre sont quotidiennement commis. Citons notamment des assassinats (des exécutions extrajudiciaires), la construction de colonies sur des terres occupées, des détentions administratives, la torture, les punitions collectives et la répartition inégalitaire des ressources telles que l’électricité et l’eau. Tout service militaire perpétue la situation actuelle, et , par conséquent, selon notre conscience, nous ne pouvons pas participer à un système qui commet de tels actes.

« La société palestinienne n’est pas la seule à être victime de l’armée. Cela concerne également la vie de tous les jours dans la société israélienne, le système éducatif et le monde du travail, tout en favorisant le racisme, la violence et les discriminations ethniques, nationales et sexistes.

« Nous refusons de contribuer à la promotion et à la perpétuation de la domination masculine dans le système militaire. À notre avis, l’armée entretient un idéal masculin violent et militariste dans lequel “la force prime le droit”. Cet idéal est préjudiciable pour tous, et en particulier pour ceux qui ne s’y adaptent pas. En outre, nous nous opposons à des structures de pouvoir oppressives et discriminatoires, basées sur des préjugés sexistes, au sein de l’armée elle-même.

« Nous refusons que l’abandon de nos principes soit une condition pour être accepté dans notre société. Nous avons beaucoup réfléchi à notre refus et nous nous tiendrons à nos décisions.

« Nous lançons un appel à ceux qui effectuent actuellement leur service et / ou une période de réserve dans l’armée, ainsi qu’à l’opinion publique israélienne dans son ensemble : reconsidérez vos positions sur l’occupation, l’armée, et le rôle de l’armée dans la société civile. Nous sommes convaincus de la possibilité et de la capacité des civils d’améliorer la réalité de façon à parvenir à une société plus juste et plus équitable. Notre refus exprime cette conviction. »

La lettre ouverte (version originale en anglais)

We, citizens of the state of Israel, are designated for army service.

We appeal to the readers of this letter to set aside what has always been taken for granted and to reconsider the implications of military service.

We, the undersigned, intend to refuse to serve in the army and the main reason for this refusal is our opposition to the military occupation of Palestinian territories. Palestinians in the occupied territories live under Israeli rule though they did not choose to do so, and have no legal recourse to influence this regime or its decision-making processes. This is neither egalitarian nor just. In these territories, human rights are violated, and acts defined under international law as war-crimes are perpetuated on a daily basis. These include assassinations (extrajudicial killings), the construction of settlements on occupied lands, administrative detentions, torture, collective punishment and the unequal allocation of resources such as electricity and water. Any form of military service reinforces this status quo, and, therefore, in accordance with our conscience, we cannot take part in a system that perpetrates the above-mentioned acts.

The problem with the army does not begin or end with the damage it inflicts on Palestinian society. It infiltrates everyday life in Israeli society too : it shapes the educational system, our workforce opportunities, while fostering racism, violence and ethnic, national and gender-based discrimination.

We refuse to aid the military system in promoting and perpetuating male dominance. In our opinion, the army encourages a violent and militaristic masculine ideal whereby ’might is right’. This ideal is detrimental to everyone, especially those who do not fit it. Furthermore, we oppose the oppressive, discriminatory, and heavily gendered power structures within the army itself.

We refuse to forsake our principles as a condition to being accepted in our society. We have thought about our refusal deeply and we stand by our decisions.

We appeal to our peers, to those currently serving in the army and/or reserve duty, and to the Israeli public at large, to reconsider their stance on the occupation, the army, and the role of the military in civil society. We believe in the power and ability of civilians to change reality for the better by creating a more fair and just society. Our refusal expresses this belief.


[1En Israël, la durée du service militaire est actuellement de 22 mois pour les femmes et de 3 ans pour les hommes. Les étudiants en écoles talmudiques sont pour l’instant exemptés de service militaire en Israël, mais un projet de loi récemment déposé à la Knesset pourrait abolir ce privilège.

[2Le mouvement Yesh Gvul : http://www.yeshgvul.org.il/fr/about-3/.

[3Référence : traduction française par LDH-Toulon de http://english.pnn.ps/index.php/hum....