Histoire coloniale et postcoloniale

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Un collectif d’historiens contre la loi du 23 février

lundi 11 juillet 2005, par la rédaction

Situation au 11 juillet 2005 du mouvement contre la réhabilitation du colonialisme.

La loi du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » a suscité une mobilisation des historiens en France et à l’étranger contre l’article 4 : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Cette phrase prétend imposer une histoire officielle, ce qui est contraire à la démocratie, un mensonge sur des problèmes qui font débat entre spécialistes, une histoire pieuse pour satisfaire un lobby minoritaire en bafouant le droit à la vérité de toutes les composantes de la société, en traitant par le mépris des Etats indépendants, qui ont durement payé le prix du sang et des larmes. L’article 4 est de nature à attiser les communautarismes et à donner un coup de froid aux relations franco-algériennes !

  • L’appel des historiens pour l’abrogation de cet article 4 publié par Le Monde du 25 mars a recueilli en trois semaines un millier de signatures, preuve de sa représentativité dans le métier. La demande a été reprise par l’Association des professeurs d’histoire et géographie, forte de 11000 adhérents, puis les Inspecteurs généraux. La pétition a révélé à l’opinion la gravité de cette tentative d’imposer une histoire officielle. L’attention des médias a été déterminante. La protestation a engagé les syndicats enseignants et les associations démocratiques - LDH, Ligue de l’Enseignement, LICRA, MRAP en particulier ... Cet appel a suscité la création d’un collectif d’historiens qui s’est associé également aux dénonciations de la multiplication des commémorations en hommage à l’OAS, comme celle prévue à Marignane le 6 juillet. Enfin, des interpellations du gouvernement par des députés et sénateurs ont permis d’obtenir partiellement satisfaction. Deux propositions de loi sont déposées par le groupe communiste et républicain du Sénat et par le groupe socialiste début juillet.
  • L’inauguration de la stèle de Marignane a dû être désavouée par le gouvernement, et elle a été interdite en raison de risque « d’atteinte à l’ordre public ». Ce n’est cependant que temporaire, en attendant une parade juridique permettant d’empêcher tout hommage à des auteurs de crimes, condamnés pour leurs actes.
  • La loi est « gelée » pour son article 4. Les syndicats et les parents d’élèves interviennent auprès du nouveau ministre. Mais l’abrogation de cet article est la seule solution acceptable. Un autre article prévoit la création d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, qui risque fortement d’être sous contrôle de l’Etat et du lobby colonialiste.

Perspectives

Ces péripéties montrent l’ampleur d’un mouvement de réhabilitation du colonialisme et l’en- racinement d’une extrême droite agissante, très implantée dans certaines régions et influente. Ce mouvement s’inscrit dans une grande vague révisionniste à l’échelle internationale (Japon, Grande-Bretagne, Autriche...).

Tout cela pose des problèmes centraux pour les historiens, dont l’indépendance est menacée par le pouvoir (le conseil national des programmes, qui permettait une représentation des enseignants et des chercheurs, a été supprimé par la « réforme Fillon »). Cette indépendance est aussi mise en question par des groupes de pression mémoriels opposés sur la colonisation, l’esclavage, l’immigration (domaines longtemps traités par le silence officiel et négligés par le système de l’histoire). Face à ces prises en otage de la discipline, à l’instrumentalisation du passé pour des fins politiques, l’exercice du métier, les usages publics du passé deviennent des enjeux urgents qui appellent des réponses collectives.

Une forte demande des enseignants appelle également une réflexion et des initiatives sur :

  • la prise en charge de la fonction sociale de l’histoire et, à travers elle, des rapports entre histoire et mémoires,
  • la place dans les programmes et dans la formation des maîtres des passés qui passent mal,
  • la part de ces passés dans l’élaboration d’un devenir commun pour les diverses composantes de la société française et de la société mondiale en gestation

Des numéros spéciaux de revues, des colloques aborderont ces problèmes dès la rentrée de septembre !

Les sites www.ldh-toulon.net et www.hermes.jussieu.fr vous tiendront informés.

Le 11 juillet 2005