Histoire coloniale et postcoloniale

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communiqué de la LDH

colloque des 17 et 18 mars 2012 à Évian : un succès

mercredi 21 mars 2012, par nf

Les 
samedi 17 et dimanche 18 mars 2012 s’est tenu au Palais des festivités d’Evian un colloque intitulé « Sortir de la guerre d’Algérie : regards croisés, regards apaisés » – son programme peut être téléchargé (pdf). Malgré la présence à l’extérieur de quelques contre-manifestants qui protestaient contre la tenue de cette rencontre, les débats des deux journées se sont déroulés dans le plus grand calme devant un public d’environ 150 personnes. Comme le rapporte Le Dauphiné libéré du 18 mars 2012, Gilles Manceron, l’un des deux conseillers scientifiques du colloque [1], a justifié la commémoration du 19 mars, en faisant remarquer que, comme le 11 novembre 1918 ou le 8 mai 1945, cette date n’a pas marqué la fin immédiate des combats ni de la mort de civils, mais, comme ces deux autres dates, elle a été annonciatrice de la fin d’une guerre.

Ci-dessous, un compte-rendu du colloque, précédé d’un communiqué de la Ligue des droits de l’Homme et suivi d’un entretien donné par Gilles Manceron.

[Mise en ligne le 18 février 2012, dernière mise à jour le 21 mars]


Le 31 mars 1961, Camille Blanc, maire d’Evian, disparaissait, victime d’un attentat de l’OAS.

Communiqué LDH

Cinquante ans après les Accords d’Évian, un colloque les 17 et 18 mars à Evian, « Sortir de la guerre d’Algérie : regards croisés, regards apaisés »

Cinquante après les accords et le cessez-le-feu qui ont mis un terme, le 19 mars 1962, à la guerre d’Algérie la LDH considère que le temps est venu de poser enfin un regard apaisé sur la fin tragique de la période coloniale de notre histoire.

La LDH condamne vivement les forces politiques qui, dans un but électoraliste, encouragent les nostalgiques de la colonisation. Tel le maire de Nice, Christian Estrosi, qui a tenté, les 10 et 11 février dernier, d’empêcher la tenue d’un colloque organisé par la section locale de la Ligue des droits de l’Homme sur le thème « Algérie 1962, pourquoi une fin de guerre si tragique ? », au motif qu’il ne s’inscrivait pas dans « l’esprit » de la commémoration que sa municipalité organise. La Ligue des droits de l’Homme dénonce également avec force le fait que, le 10 mars, à Nîmes, des élus de l’UMP et du Nouveau centre, maires, députés, sénateurs et conseillers généraux, se soient joints au agitateurs du Front national et aux anciens de l’OAS pour tenter de s’opposer à la tenue d’un colloque d’historiens consacré par un collectif d’associations dans les locaux du conseil général du Gard à « la Fédération de France du FLN (1954-1962) ».

Comme elle l’avait affirmé lors des commémorations de la sanglante répression de la manifestation désarmée des Algériens de la région parisienne du 17 octobre 1961, la LDH demande aux plus hautes autorités de la République de reconnaître que la colonisation de l’Algérie, tout comme la guerre qu’ont menée les autorités de l’époque pour tenter de s’opposer à l’indépendance algérienne, se sont accompagnées de pratiques qui n’ont cessé de tourner le dos aux principes des droits de l’Homme.

Le colloque qu’elle organise avec d’autres associations les 17 et 18 mars à Evian, à l’occasion du cinquantenaire des Accords d’Évian, « Sortir de la guerre d’Algérie : regards croisés, regards apaisés », sera pour elle l’occasion de réaffirmer sa demande aux autorités françaises qu’elles formulent une véritable reconnaissance des injustices fondamentales qui ont marqué cette époque.

Seule une telle reconnaissance permettra, enfin, de tourner cette page tragique de notre histoire et de construire avec les peuples du sud de la Méditerranée un avenir de paix et de progrès.

Paris, le 13 mars 2012

À gauche : un groupe d’anciens parachutistes opposés à la tenue du colloque. (DR)

Colloque aujourd’hui à Evian par Nadjia Bouzeghrane [2]

Est-il possible, cinquante ans après les Accords d’Evian, de sortir de la guerre d’Algérie avec des « regards croisés, regards apaisés » ? C’est en tout cas la démarche et la volonté des organisateurs du colloque qui se tiendra à Evian ce samedi et demain dimanche. Cette volonté n’est pas partagée par des associations de rapatriés et des harkis, qui ont décidé d’organiser des manifestations de protestation aujourd’hui et demain.

Par ce colloque les associations organisatrices, aidées pas les associations partenaires ont pour objectif de « donner la parole aux chercheurs, pour que leur parole rayonne au-delà du cercle des seuls spécialistes à l’intention de tous ceux qui cherchent à s’informer, comme citoyens responsables, soucieux de connaître, comprendre et assumer le passé dans toute sa complexité, sa profondeur, en écoutant les voix s’exprimant dans chacun des camps qui s’opposèrent pendant plus de sept années de douleurs, de larmes et de souffrances. Plus longue est la guerre, plus complexes sont les voies de la négociation pour bâtir la paix ».

L’originalité du colloque repose, selon ses organisateurs, sur « La dimension savoyarde » avec la présentation de Camille Blanc, maire assassiné au tout début des premières négociations, celle de Mgr Duval, héritier spirituel de la résistance haut-savoyarde, évêque de Constantine puis archevêque d’Alger ; « le rôle des Français libéraux » capables de comprendre la nécessité de faire évoluer de manière fondamentale les rapports entre colonisateurs et colonisés, à rebours de l’opinion dominante. Quelles furent les raisons de cette compréhension ? « La proximité de la Suisse et la diplomatie helvétique ; mais quelle diplomatie pour un pays neutre ? » « Le regard des Allemands est lui aussi original alors que ce peuple n’a pratiquement pas été colonisateur. »

« Le point de vue des Algériens, au titre des regards croisés, est capital. Pour eux, la période décisive, à la différence des Français, est postérieure aux Accords d’Evian ; elle précède la proclamation de la République algérienne en juillet 1962, elle est aussi postérieure à cette proclamation et se manifeste au cours de “l’été de la discorde” : les Algériens négociateurs des Accords d’Evian préfèrent perdre le pouvoir au profit de Ben Bella et de Boumediène, chef de l’Armée de libération nationale plutôt que d’entrer dans la logique d’une guerre civile ; autres regards croisés avec coups de projecteur sur l’enseignement de la Guerre d’Algérie de chaque côté, des deux rives de la Méditerranée. Enseignement qui évolue dans le temps, en fonction de l’évolution de la recherche, mais qui pose la question préalable, fondamentale, sur les objectifs de l’enseignement de l’histoire ».

Pour sa part, la Ligue des droits de l’homme (LDH) considère que le temps est venu de « poser enfin un regard apaisé sur la fin tragique de la période coloniale de notre histoire ». Elle « condamne vivement les forces politiques qui, dans un but électoraliste, encouragent les nostalgiques de la colonisation. Tel le maire de Nice, Christian Estrosi, qui a tenté, les 10 et 11 février dernier, d’empêcher la tenue d’un colloque organisé par la section locale de la Ligue des droits de l’homme sur le thème “Algérie 1962, pourquoi une fin de guerre si tragique ?” au motif qu’il ne s’inscrivait pas dans “l’esprit” de la commémoration que sa municipalité organise ».

La LDH dénonce également avec force le fait que, le 10 mars à Nîmes, des élus de l’UMP et du Nouveau centre (maires, députés, sénateurs et conseillers généraux) se soient joints aux agitateurs du Front national et aux anciens de l’OAS pour tenter de s’opposer à la tenue d’un colloque d’historiens consacré par un collectif d’associations dans les locaux du conseil général du Gard à « La Fédération de France du FLN (1954-1962) ». Ce colloque sera, selon la LDH, « l’occasion de réaffirmer sa demande aux autorités françaises qu’elles abandonnent le discours insidieux tenus depuis l’élection de Nicolas Sarkozy sur le “refus de la repentance” et l’éloge de “l’œuvre civilisatrice” de la colonisation pour formuler une véritable reconnaissance des injustices fondamentales qui ont marqué cette époque ». Le terme « regards apaisés », signalent les organisateurs, est la reprise du titre d’un livre – Guerre d’Algérie, une histoire apaisée ? – de l’historienne Raphaëlle Branche. [...]

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LE COLLOQUE [3]

Dans le hall, figurait une exposition pédagogique sur la guerre d’Algérie à destination des établissements scolaires présentée par l’Université populaire de Haute-Savoie et la Ligue des droits de l’Homme.
Le colloque a été ouvert au nom de l’Université de Savoie, qui en était l’un des organisateurs [4], par Eric Brunat, vice-président de l’université, chargé des relations internationales.

La première séance, samedi matin, présidée par Gilbert Meynier, avait pour thème « 
De la terre savoyarde à la dimension internationale des Accords d’Évian ». Françoise Breuillaud-Sottas, docteure en histoire, a expliqué comment la ville d’Évian avait été choisie au début de l’année 1961 pour être le lieu de ce qui devait être la « Conférence d’Évian », en raison de sa proximité de la Suisse, où pouvait résider la délégation algérienne, et du grand nombre d’hôtel qui pouvaient accueillir les nombreux journalistes attendus. Mais l’assassinat du maire SFIO d’Evian, Camille Blanc, le 31 mars 1961, par l’OAS, a obligé les organisateurs à multiplier les lieux de discussions plus discrets lors des négociations qui ont suivi, notamment à Lugrin et aux Rousses, les négociateurs ne revenant à Evian que dans la dernière phase qui a conduit à la signature des accords le 18 mars.

La personnalité de Mgr Léon Étienne Duval, haut savoyard, évêque de Constantine, archevêque d’Alger pendant la guerre d’Algérie et qui a accompagné le passage de l’Algérie à l’indépendance en exhortant les chrétiens d’Algérie à prendre conscience des injustices du système colonial, a été évoquée par Marie Christine Ray, biographe du Cardinal Duval, et Jean-François Petit, de l’Institut catholique de Paris. Les interventions ont porté ensuite sur la dimension internationale des négociations d’Evian.

Marc Perrenoud, du service historique du ministère suisse des Affaires étrangères, a abordé le rôle de la diplomatie suisse lors de la préparation des Accords d’Évian et après le 19 mars 1962. Jean-Paul Cahn, professeur de l’Université de Paris IV, a parlé des deux Allemagnes face à la guerre d’Algérie. Et la matinée s’est achevée par le témoignage du journaliste allemand grand reporter Eric Reyh, témoin de la guerre d’Algérie durant laquelle il a été en relation directe avec le FLN.

L’après-midi du samedi était organisé par l’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons, en partenariat avec l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo). Marchand, Feraoun et leurs quatre collègues, tous fonctionnaires de l’Éducation nationale et dirigeants des Centres sociaux et éducatifs fondés par Germaine Tillion, ont été assassinés à Alger par l’OAS le 15 mars 1962, quelques jours avant la signature des Accords d’Évian.

Le discours d’ouverture de Marc Francina, maire d’Évian et député de la Haute-Savoie a été lu par sa première adjointe, Anne-Marie Berger. L’historien Alain Ruscio est intervenu sur le thème « Les jours d’après : le drame de la fusillade de la rue d’Isly (26 mars 1962) : histoire et mémoire ». Gilbert Meynier, professeur à l’Université de Nancy II a abordé « Les Accords d’Évian, quels enjeux pour le FLN ? ». Gilles Manceron, historien et l’un des responsables nationaux de la LDH, avait intitulé son intervention « Pourquoi une issue du type de celle de l’Afrique du Sud n’a pas été possible en Algérie ? Le rôle de l’OAS et l’aveuglement des “jusqu’au boutistes” de l’Algérie Française ». Et Yann Scioldo-Zürcher, de l’Université de Poitiers et EHESS, a traité « Les Pieds Noirs et l’exode ».

La séance a été suivie d’un dépôt de gerbe devant la plaque apposée sur la maison de Camille Blanc, assassiné par l’OAS le 31 mars 1962. Puis de l’inauguration de l’exposition de photos de Jean Mohr, prises en 1961 dans la région de Constantine, issues du Fonds en dépôt au Musée de l’Élysée à Lausanne, à la Médiathèque C. F. Ramuz, au Palais Lumière, en présence du photographe (l’exposition sera visible jusqu’au dimanche 15 avril, entrée libre). 
 En même temps, des films de l’INA sur les Accords d’Évian étaient projetés. Au nom du maire Marc Francina, Denis Écuyer, adjoint à la Culture, a reçu les participants.

Le dimanche 18 mars, sous la présidence de Gilles Manceron, Martine Buron, fille de Robert Buron, l’un des négociateurs des Accords d’Évian, ancienne députée européenne, a parlé de « Robert Buron, de l’entrevue secrète des Rousses (11-19 février 1962) à Évian (7-19 mars) ». Dalila Aït El Djoudi, de l’Université de Montpellier, a abordé « L’armée française vue par les maquisards de l’armée de libération nationale (ALN) » et Amar Mohand-Amer, de l’Université d’Oran, Centre de recherches en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), « La crise du FLN en été 1962, “l’été de la discorde” ».

Puis, pour examiner comment l’enseignement de cette période est dispensé en France et en Algérie, Louis-Pascal Jacquemond, inspecteur d’Académie et inspecteur pédagogique régional honoraire d’histoire et géographie, membre de l’Association des professeurs d’histoire et géographie (APHG), est intervenu sur l’évolution récente des manuels scolaires français. Et la communication de Lydia Aït Saadi, docteure en histoire, Université Paris VIII, portant sur « L’enseignement de la guerre d’Algérie en Algérie », a été lue par Gilbert Meynier.

Enfin, une table ronde a rassemblé André Legrand et Jeannet Bottolier, de l’association 4ACG (Anciens appelés et amis de l’Algérie contre la guerre), et deux représentants de l’association Coup de Soleil : Georges Morin, né à Constantine, ancien instituteur, président national de cette association, et Michel Wilson, né à Alger, président régional de l’association.

Le dimanche 18 mars après-midi, a eu lieu une représentation de la pièce de théâtre Le contraire de l’amour, d’après le Journal de Mouloud Feraoun 1955-1962 (Le Seuil, 1962, réédition 2011), mise en scène de Dominique Lurcel, avec Samuel Churin, et, au violoncelle, Marc Lauras. 
Entre novembre 1955 et le 14 mars 1962, veille de son assassinat par l’OAS, Mouloud Feraoun, un des plus grands écrivains algériens de sa génération, a tenu son Journal, portrait bouleversant d’un homme déchiré entre ses racines kabyles et sa culture française, entre sa haine de toute violence et son adhésion progressive à la lutte des Algériens pour l’indépendance. Cette production de la compagnie Passeurs de mémoires a reçu le soutien de l’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons. 


La représentation a été suivie d’un débat avec 
 Dominique Lurcel, metteur en scène, Amar Mohand-Amer et Gilles Manceron. Et les deux journées se sont achevées par les allocutions de clôture de Jean-Philippe Ould-Aoudia, président de l’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons, et de Mireille Bertho, au nom de la Ligue des droits de l’Homme.

Gilles Manceron : « L’OAS empêchait le processus de transition »

[El Watan, 17 mars 2012]


L’historien et spécialiste de la colonisation française en Algérie, Gilles Manceron, estime, dans un entretien à l’APS, que pour progresser vers une perception apaisée du passé, il faut dépasser ce ressassement des mémoires meurtries et accepter la libre recherche historique.

  • 50 ans après la signature des Accords d’Evian, on n’arrive toujours pas à dépasser le « contentieux historique » entre l’Algérie et la France. L’entente conclue à Evian a-t-elle définitivement « scellé » la paix entre les deux pays ?

Si les Accords d’Evian ont marqué l’arrêt de la guerre entre l’armée française et l’ALN, ils ont laissé place à une guerre des mémoires qui s’est poursuivie depuis cinquante ans. En effet, puisqu’ils ne disent rien sur les causes de cette guerre ni sur la légitimité de la lutte de l’un des camps qui s’affrontaient, toutes les interprétations différentes ont pu perdurer. L’urgence était d’arrêter la guerre. Dans ces conditions, la société algérienne qui gardait le souvenir de la violence de la colonisation et, dans la société française, ont pu perdurer majoritairement les mythes anciens sur « l’œuvre coloniale civilisatrice » ainsi que le déni officiel des crimes coloniaux. Le courant anti-colonial dans la société française était très minoritaire en 1962. Aucune parole officielle n’est venue lui donner raison.

  • Au lendemain de la signature de ces Accords, le sang a continué à couler de part et d’autre, la plupart des actions meurtrières étant l’œuvre de l’OAS. En dépit du fait que les Accords prévoyaient des « garanties » à l’égard des Européens pour rester ou quitter l’Algérie, les affrontements se poursuivaient. La non-mise sur pied d’une autorité pour veiller à l’application stricte du cessez-le-feu en serait-elle l’unique raison ?

L’OAS refusait l’indépendance de l’Algérie et elle a tout fait pour empêcher le processus de transition que prévoyaient les Accords d’Evian. En se lançant dans des attentats terroristes qui ont tué de nombreux civils algériens, elle a compromis le maintien en Algérie d’un nombre important de pieds-noirs. Les négociateurs d’Evian envisageaient le maintien d’environ 400 000 pieds-noirs. Il n’en est resté que moins de 200 000 à la fin de l’année 1962. L’OAS, en s’attaquant à l’exécutif provisoire qui devait organiser la transition vers l’indépendance, a compromis leur avenir en Algérie. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle les Accords n’ont pas été appliqués. Ils prévoyaient des « garanties » pour la population européenne. Mais un courant partisan d’une citoyenneté algérienne fondée sur la seule religion musulmane et la seule langue arabe, qui existait de manière minoritaire dans le FLN dès le début et avait été désavoué lors du Congrès de la Soummam en août 1956, n’a cessé de prendre de l’importance avec la prolongation de la guerre et l’accroissement des violences entre les communautés. Ce courant ne voulait pas non plus qu’un nombre important d’Européens prenne leur place dans l’Algérie indépendante.

  • Aujourd’hui, la France continue dans le déni de ses crimes coloniaux en Algérie. La reconnaissance par la République de son passé peu glorieux était-elle la seule à même de jeter un regard apaisé sur cette guerre et de permettre d’entrevoir un avenir meilleur pour les deux pays et les deux peuples. Et quelles sont, selon vous, les raisons qui poussent le président Sarkozy à continuer dans le déni (discours de Perpignan, notamment), tout en faisant un clin d’œil aux nostalgiques de l’Algérie française, se recrutant essentiellement parmi l’extrême droite ?

C’est essentiellement dans un but électoral que le président Sarkozy a choisi de rechercher l’appui de la fraction de l’opinion restée attachée à la colonisation. Cela l’a conduit à faire réapparaître au grand jour des discours racistes et colonialistes, alors que, pendant une vingtaine d’années, cette fraction de l’opinion ne pesait pas lourd parmi les forces politiques du pays. Après la loi de 2005 sur la « colonisation positive », cela a donné, en 2007, les discours du président Sarkozy sur le « refus de la repentance ». Cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, on assiste à la résurgence de haines anciennes. Mais ceux qui les expriment ne font pas le poids face à la volonté de comprendre des nouvelles générations, au travail des historiens et aux efforts de nombreuses associations. Pour progresser vers une perception apaisée du passé, il faut dépasser ce ressassement des mémoires meurtries, il faut accepter la libre recherche historique, à l’écart de toutes les instrumentalisations officielles. Pour qu’une connaissance se développe sur la base des regards croisés des historiens des deux pays.


[1Le conseil scientifique était constitué par Gilbert Meynier et Gilles Manceron.

[2Extrait d’un article intitulé « Colloque aujourd’hui à Evian : Harkis et ultras français veulent perturber l’événement » publié dans l’édition du 17 mars 2012 d’El Watan.

[3Compte-rendu rédigé par un partipant.

[4La Salévienne (société d’histoire régionale de Savoie), l’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons », la Ligue des droits de l’Homme, l’Université populaire de l’Association de quartier du centre ville de Chambéry (AQCV), la Ville d’Évian, l’Université de Savoie, l’Association des professeurs d’histoire et géographie (APHG, régionale de l’académie de Grenoble).