Histoire coloniale et postcoloniale

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communiqué conjoint dont la LDH est signataire

commémoration de l’abolition de l’esclavage à Villers-Cotterêts

vendredi 9 mai 2014

Depuis 2007, le préfet de l’Aisne et la municipalité de Villers-Cotterêts commémoraient, tous les 10 mai, la journée de l’esclavage et de son abolition : le général Dumas, né esclave à Saint-Domingue et père d’Alexandre Dumas, est inhumé dans la ville.

Cette année, la municipalité de Villers-Cotterêts n’organisera pas de commémoration, comme cela se faisait chaque année depuis 2007, a annoncé le maire FN, Franck Briffaut.
Ce dernier a déclaré percevoir cette commémoration « comme étant un peu à la mode, dans le cadre d’une auto-culpabilisation permanente, d’une culpabilisation systématique ».

C’est pourquoi, la LDH de Picardie, soutenue par plusieurs organisations nationales, appelle à un rassemblement le 10 mai 2014 à 11h à Villers-Cotterêts, devant la plaque en mémoire du général Dumas .

[Mis en ligne le 25 avril 2014, mis à jour le 9 mai]



Communiqué conjoint

Le 25 avril 2014

Commémoration de l’esclavage :
Front national, la dérive antirépublicaine

Après les déclarations racistes de l’extrême-droite française contre la Garde des Sceaux qui avaient suscité une vague d’indignation et entraîné la marche antiraciste du 30 novembre 2013, voilà que le Front national récidive. Franck Briffaut, nouveau maire (FN) de Villers-Cotterêts, a déclaré le 17 avril à L’Express, qu’il n’organisera pas de commémorations de l’abolition de l’esclavage, rompant ainsi avec une démarche initiée dans sa ville depuis 2006. Pour M. Briffaut, ces commémorations servent à culpabiliser la France à des fins de récupérations politiques, et n’ont aucune sincérité. Il estime que la France n’a pas à se sentir coupable car, dit-il, « nous n’avons rien inventé » et l’esclavage existe encore en Afrique.

Rappelons à cet élu du Front national quelques faits :

Depuis la marche silencieuse du 23 mai 1998, les originaires d’Outre-mer honorent la mémoire de leurs aïeux esclaves tous les 23 mai. Il s’agit d’une démarche essentielle pour la construction citoyenne des descendants d’esclaves. En s’y engageant, ils renouent avec leurs aïeux, rompent avec l’errance identitaire et abandonnent leurs ressentiments au profit de la réconciliation. C’est pourquoi le gouvernement a inscrit le 23 mai au calendrier républicain. Par ailleurs, depuis la loi Taubira qui reconnaît la traite négrière et l’esclavage colonial comme un crime contre l’humanité, la République commémore l’abolition de l’esclavage le 10 mai. Elle honore ici l’avènement de la

Deuxième République qui, à la différence de la monarchie, a immédiatement aboli l’esclavage qu’elle considérait comme un crime de « lèse humanité ». Il existe donc aujourd’hui deux dates honorant la mémoire de l’esclavage : l’une célèbre la République et l’autre la démarche citoyenne des descendants d’esclaves. Ne pas célébrer ces deux dates est une atteinte aux idéaux républicains : liberté, égalité et fraternité.

Les propos de M. Briffaut sont dangereux. Car derrière les accusations de « culpabilisation de la République » se cache l’extrême-droitisation dans laquelle le FN veut entraîner notre société. Aujourd’hui l’on s’attaque aux commémorations de l’esclavage, demain à celles de la Shoah.

Après-demain, ceux qui en sont les acteurs seront traités d’étrangers et d’anti-Français.

  • Nous dénonçons ces propos antirépublicains qui portent en eux le germe de la division.
  • Nous demandons au Président de la République que ce soit enfin un décret et non une simple circulaire qui soit le cadre légal des commémorations de l’esclavage
  • Nous prions le gouvernement de rappeler le maire de Villers-Cotterêts à l’ordre afin qu’il organise les commémorations des 10 et 23 mai.
  • Nous demandons aux élus de la République d’organiser dans leurs villes les célébrations des 10 et 23 mai en renforçant leur caractère populaire et fraternel.
  • Nous appelons les humanistes, les démocrates, les républicains à participer massivement à ces commémorations.

Restons vigilants !


Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98), Conseil représentatif des Français d’outre-mer (Crefom), Ligue des droits de l’Homme, Mrap, SOS Racisme

Communiqué LDH PICARDIE

Commémoration de l’abolition de l’esclavage

10 mai 2014 à 11h à Villers-Cotterêts
41 avenue du général Mangin
devant la plaque en mémoire du général Dumas


Le nouveau maire de Villers-Cotterêts, M. Briffaut, perçoit la commémoration de l’esclavage comme une auto-culpabilisation permanente à des fins de récupérations politiques. A ce titre, la municipalité n’organisera pas de commémoration le 10 mai alors que depuis 2007, le préfet de l’Aisne et le conseil municipal célébraient la journée de l’esclavage et son abolition dans
cette ville où est enterré le général Dumas, né esclave à Saint-Domingue, et père d’Alexandre Dumas.

La Ligue des Droits de l’Homme de Picardie condamne la décision du maire de Villers-Cotterêts qui par cette position, s’attaque au devoir de mémoire.
Les propos de ce maire FN sont dangereux. Les citoyens et citoyennes de notre pays sont conscients que l’esclavage est un crime contre l’Humanité. La commémoration de son abolition rend hommage aux idéaux républicains : liberté, égalité et fraternité.

A l’inverse, derrière les accusations de "culpabilisation de la République", M. Briffaut s’inscrit dans les discours négationnistes propagés par l’extrême droite.
La LDH de Picardie sera présente à la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai à Villers-Cotterêts. Elle appelle à une forte mobilisation pour une participation citoyenne à cet événement.

Le 5 mai 2014

Le comite régional de Picardie de la LDH [1]


Le général Leclerc de Toulon à Villers-Cotterêts [2]

Charles Leclerc, né à Pontoise, le 17 mars 1772 et mort le 2 novembre 1802 à l’île de la Tortue, près de Saint-Domingue, général français époux de la sœur Pauline de Napoléon Bonaparte, est resté dans l’histoire pour avoir commandé en 1802 l’expédition de Saint-Domingue, forte de 35 000 hommes qui a été défaite en 1803 lors de l’indépendance d’Haïti.

Parti de Brest en décembre 1801, avec pour instruction secrète de Bonaparte de rétablir l’esclavage, le général Leclerc, débarqua devant le Cap-Français en février 1802. Après la reddition de Toussaint Louverture, l’annonce du rétablissement de l’esclavage à la Guadeloupe souleva la population de couleur et fit l’unanimité parmi les officiers et soldats noirs. Atteint de la fièvre jaune qui décimait son armée, il y succomba à 30 ans. Sa dépouille fut ramenée en France et inhumé dans une de ses terres, au château de Montgobert, près de Villers-Cotterêts.

Pour éviter de donner un retentissement national à son enterrement, il fut en effet décidé qu’il se ferait en province, et que le cortège funéraire traverserait la France en évitant Paris : des célébrations officielles eurent lieu à Toulon, Marseille, Lyon, Villers-Cotterêts, Orléans et Aix la Chapelle. Mis à part ces villes, le convoi avança dans la plus grande discrétion. Des consignes furent données à cet effet [3]

Les villes choisies ne l’ont pas été par hasard : toutes avaient joué un rôle dans la saga du général défunt et avaient une histoire liée à la légende en construction de Bonaparte : Toulon est un des principaux ports militaires français et l’ascension de Bonaparte a débuté pendant le siège de la ville, en 1793 ; Leclerc s’était distingué lors de cette bataille, où il fut promu chef de bataillon.


[1- AISNE : Château-Thierry / Chauny - Tergnier / Laon /
- OISE : Beauvais / Creil
- SOMME : Abbeville / Amiens /Roisel-Péronne / Le Crotoy-Rue / Roye-Santerre

Comité régional de Picardie de la LDH – BP postale 80042 RUE
ldh.picardie@ldh-france.org

[2D’après Mayeul Macé et Bernard Gainot (Paris I), « Fin de campagne à Saint-Domingue, novembre 1802-novembre 1803 », in Marcel Dorigny (dir), Haïti, première république noire, publication de la société française d’histoire d’outre-mer, 2003

[3Lettre de Berthier du 17 nivôse an 11, Service Historique de l’Armée de Terre, Fort de Vincennes, Correspondance générale de l’expédition B7. 8.