Histoire coloniale et postcoloniale

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contre le « mariage pour tous » : des anciens OAS reprennent du service

mercredi 24 avril 2013, par la rédaction

Parmi les organisations qui ont activement participé aux manifestations contre l’adoption par le Parlement de la loi autorisant le mariage entre personnes de même sexe, figure le Secours de France. Créée le 15 août 1961 pour apporter son soutien « aux familles des soldats “perdus”, en fuite à l’étranger ou emprisonnés », cette organisation est marquée par l’influence d’anciens militaires ayant appartenu à l’O.A.S. – comme on peut le constater en consultant son site internet et notamment la page détaillant son organigramme.

Mais sait-on encore ce qu’a été l’O.A.S. ? Une organisation clandestine créée en février 1961 qui rassemblait des militaires et des Français d’Algérie qui vivaient la politique algérienne du général de Gaulle comme une trahison. À partir de mai 1961, ces partisans de l’Algérie française ont basculé dans le terrorisme et commis des centaines d’attentats en Algérie et en métropole, faisant plusieurs milliers de victimes. Ci-dessous un résumé de l’histoire d’une organisation qui a tenté de renverser la République et d’assassiner le chef de l’Etat [1].

Les centurions contre la République

Le 22 avril 1961, quatre généraux, Challe, Salan, Jouhaud, Zeller, et de nombreux officiers supérieurs, se sont dressés contre la majorité des Français qui avaient approuvé par référendum le 8 janvier 1961 la politique algérienne du général de Gaulle. Cette insurrection fit long feu : dans leur grande majorité les appelés du contingent refusèrent de suivre les militaires félons et ils y furent encouragés par le discours du président de la République le 23 avril – voir les témoignages de la base aérienne de Blida.

Le 26 avril, le putsch a échoué.

L’OAS contre la nation

Organisation clandestine fondée début 1961 dans l’Espagne franquiste, l’O.A.S. – Organisation armée secrète – s’est développée à la suite du putsch manqué d’avril 1961. Constituée d’activistes pieds-noirs pro–« Algérie française », de militaires souvent gradés qui avaient participé ou approuvé le putsch du 22 avril 1961, elle a bénéficié de la complicité de nombreux Européens d’Algérie.

Son objectif était de maintenir l’Algérie française. Pour y parvenir, elle a tenté de casser par la terreur les négociations en cours, et de briser ainsi le processus de paix.

Ses attentats visaient en Algérie et en France, des civils et des militaires, élus, magistrats, fonctionnaires, défenseurs des institutions et des valeurs de la République. L’une de ses premières victimes fut le commissaire central d’Alger, Roger Gavoury, le 31 mai 1961. C’est dans un attentat contre André Malraux le 7 février 1962 qu’une fillette, Delphine Renard, est gravement blessée aux yeux. L’O.A.S. pratiqua des attentats aveugles contre la population civile : elle fut l’un des premiers groupes terroristes à avoir recours à la voiture piégée – 25 morts à Oran le 28 février 1962. Ses commandos commirent également des assassinats ciblés, comme celui, le 15 mars 1962, de six inspecteurs de l’Éducation nationale, dirigeants des Centres sociaux éducatifs, dont Mouloud Feraoun et Max Marchand.

Quatre obus de mortier tirés par l’OAS depuis une terrasse de Bab El-Oued font 24 morts et 59 blessés parmi les Algériens, le 20 mars 1962 (photo © Dalmas - Sipa).

L’OAS contre la paix

Trois jours après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, le général Salan, chef suprême de l’O.A.S., avait rendu public un appel à l’insurrection déclarant que « les forces françaises devaient dorénavant être considérées comme des troupes étrangères d’occupation » et donnant l’ordre d’« ouvrir systématiquement le feu sur les unités de gendarmerie mobile et de CRS ». Cet appel est à l’origine de la manifestation de la rue d’Isly le 26 mars 1962 qui fit plus de cinquante morts parmi les Pieds-noirs pris sous le feu des forces chargées de maintenir l’ordre républicain.

L’organisation développa alors une politique de la terre brûlée avec des plasticages visant les équipements collectifs, les écoles ou les bibliothèques – celle de l’université d’Alger incendiée le 7 juin 1962 –, des attentats à la voiture piégée – 62 morts à Alger le 2 mai 1962 –, un attentat à Oran mit le feu à dix millions de tonnes de carburant le 25 juin 1962...

En entretenant un climat d’extrême violence dans cette période de transition vers l’indépendance de l’Algérie, l’O.A.S. s’est rendue responsable de l’exil des Pieds-noirs qui est apparu à une majorité d’entre eux comme inexorable.

Bilan

Comme trois personnalités l’exposent ci-dessous, la responsabilité de l’O.A.S. dans le sort des Pieds-noirs est écrasante.

On peut ajouter à ce bilan qu’elle est le groupe terroriste ayant fait le plus de victimes sur le territoire français : le nombre total de victimes de l’O.A.S. s’élèverait en métropole à 71 morts et 394 blessés. En Algérie, 2 200 morts au moins au total. Pour la période allant jusqu’à l’arrestation de Salan (le 20 avril 1962), on compterait environ 13 000 explosions au plastic, plus de 2 500 attentats individuels et 510 attentats collectifs.

Rappelons, pour clore ce tableau de déshonneur, que l’O.A.S. a commis plusieurs tentatives d’assassinat du président de la République, le général de Gaulle, notamment au Petit-Clamart le 22 août 1962.

Quelques commentaires


Les intervenants dans cette video, dans l’ordre de leur apparition :

  • Gilles Manceron est un historien spécialiste du colonialisme français. Il a été vice-président de la Ligue des droits de l’Homme jusqu’en juin 2011.
    Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont, avec Hassan Remaoun, D’une rive à l’autre, La guerre d’Algérie de la mémoire à l’histoire (Syros, 1993) et Marianne et les colonies. Une introduction à l’histoire coloniale de la France (La Découverte, 2003).
  • Michel Sabourdy, né le 6 mai 1940, effectue son service militaire en Algérie où il arrive en mai 1960. Il sert dans le 57e régiment d’infanterie en tant qu’instituteur. Michel Sabourdy rentre en France en septembre 1962. Il est vice-président de la Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie, du Maroc et de Tunisie (FNACA) et rédacteur en chef de son journal L’ancien d’Algérie.
  • Redha Malek, né le 21 décembre 1931 à Batna en Algérie, licencié en lettres et philosophie, est l’un des membres fondateurs de l’Union générale des étudiants musulmans algériens en 1955. De 1957 à 1962, il dirige le journal El Moudjahid, hebdomadaire du FLN.
    De mai 1961 à mars 1962, il est le porte-parole de la délégation du FLN aux négociations des accords d’Évian. De 1965 à 1970, il est ambassadeur d’Algérie en France. Redha Malek a été Premier ministre de l’Algérie du 21 août 1993 au 11 avril 1994. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’Algérie et sur les négociations d’Évian.