Histoire coloniale et postcoloniale

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des juifs britanniques ont refusé de célébrer le soixantième anniversaire de l’Etat d’Israël

jeudi 8 janvier 2009

Le 14 mai 1948, veille de la fin du mandat britannique sur la Palestine, David Ben-Gourion a lu la déclaration d’indépendance d’Israël.

Soixante ans plus tard, un groupe de juifs britanniques a fait paraître dans le Guardian un texte déclarant qu’ils ne feraient la fête que « quand Arabes et Juifs vivront, égaux, dans un Moyen-Orient en paix ». Une prise de position à rapprocher du jugement réservé sur le sionisme exprimé par Sigmund Freud en 1930

David Ben Gourion proclamant l’indépendance d’Israël.

Nous ne célèbrerons pas l’anniversaire de la création d’Israël [1]

le 30 avril 2008

Au mois de mai [2008], les organisations juives célèbreront le soixantième anniversaire de la fondation de l’Etat d’Israël. Cela peut se comprendre, dans le contexte de siècles de persécutions ayant culminé dans l’Holocauste. Néanmoins, nous sommes des juifs qui ne célèbrerons pas cet anniversaire.

Il est manifestement grand temps de reconnaître le récit de l’Autre, le prix payé par un autre peuple en raison de l’antisémitisme et de la politique génocidaire d’Hitler. Comme l’a souligné Edward Saïd, la Naqba est, aux yeux des Palestiniens, ce que l’Holocauste est à ceux des juifs.

En avril 1948, en ce même mois qui vit l’atroce massacre de Deir Yassin et l’attaque au mortier contre des civils palestiniens sur la place du marché de Haïfa, le Plan Dalet a été mis en œuvre.

Ce plan autorisait la destruction de villages palestiniens et l’expulsion de la population indigène à l’extérieur des frontières de l’Etat (israélien). Non, nous ne fêterons pas cela !

En juillet 1948, 70 000 Palestiniens furent chassés de leurs maisons à Lod et à Ramléh, au plus fort de la canicule de l’été, sans eau et sans nourriture. Des centaines d’entre eux perdirent la vie. Cet événement est connu sous le nom de « Marche de la Mort ». Non, nous n’avons aucun motif à nous réjouir !

Au total, ce sont au minimum 750 000 Palestiniens qui devinrent des réfugiés. Plus de 400 villages furent rayés de la carte. Mais cela ne mit pas fin à l’épuration ethnique. Des milliers de Palestiniens (citoyens israéliens) furent expulsés de la Galilée, en 1956. Plusieurs milliers de Palestiniens supplémentaires furent expulsés de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Selon le droit international, et comme le stipule la résolution 194 de l’Onu, les réfugiés de guerre ont le droit de retourner chez eux ou d’obtenir une compensation. Israël n’a jamais accepté ce droit. Non ; nous ne ferons pas la fête.

Nous ne saurions célébrer l’anniversaire d’un Etat fondé sur le terrorisme, les massacres et la dépossession d’un autre peuple de sa terre.

Nous ne saurions célébrer l’anniversaire d’un Etat qui, encore aujourd’hui, pratique l’épuration ethnique, viole le droit international, inflige une punition collective monstrueuse à la population civile de Gaza et continue à dénier aux Palestiniens leurs droits humains et leurs aspirations nationales.

Nous ferons la fête quand les Arabes et les juifs vivront, en tant qu’égaux, dans un Moyen-Orient en paix.

Seymour Alexander, Ruth Appleton, Steve Arloff, Rica Bird, Jo Bird, Cllr Jonathan Bloch, Ilse Boas, Prof. Haim Bresheeth, Tanya Bronstein, Sheila Colman, Ruth Clark, Sylvia Cohen, Judith Cravitz, Mike Cushman,
Angela Dale, Ivor Dembina, Dr. Linda Edmondson, Nancy Elan, Liz Elkind,
Pia Feig, Colin Fine, Deborah Fink, Sylvia Finzi, Brian Fisher MBE, Frank Fisher, Bella Freud, Catherine Fried, Uri Fruchtmann, Stephen Fry,David Garfinkel, Carolyn Gelenter, Claire Glasman, Tony Greenstein, Heinz Grunewald, Michael Halpern, Abe Hayeem, Rosamine Hayeem, Anna Hellman, Amy Hordes, Joan Horrocks, Deborah Hyams, Selma James, Riva Joffe, Yael Oren Kahn, Michael Kalmanovitz, Paul Kaufman, Prof. Adah Kay, Yehudit Keshet, Prof. Eleonore Kofman, Rene Krayer, Stevie Krayer, Berry Kreel, Leah Levane, Les Levidow, Peter Levin, Louis Levy, Ros Levy, Prof. Yosefa Loshitzky, Catherine Lyons, Deborah Maccoby, Daniel Machover, Prof. Emeritus Moshe Machover, Miriam Margolyes OBE, Mike Marqusee, Laura Miller, Simon Natas, Hilda Meers, Martine Miel, Laura Miller, Arthur Neslen, Diana Neslen, Orna Neumann, Harold Pinter, Roland Rance, Frances Rivkin, Sheila Robin, Dr. Brian Robinson, Neil Rogall, Prof. Steven Rose, Mike Rosen, Prof. Jonathan Rosenhead, Leon Rosselson, Michael Sackin, Sabby Sagall, Ian Saville, Alexei Sayle, Anna Schuman, Sidney Schuman, Monika Schwartz, Amanda Sebestyen, Sam Semoff, Linda Shampan, Sybil Shine, Prof. Frances Stewart, Inbar Tamari, Ruth Tenne, Martin Toch, Tirza Waisel, Stanley Walinets, Martin White, Ruth Williams, Naomi Wimborne-Idrissi, Devra Wiseman, Gerry Wolff, Sherry Yanowitz.

« Une piété mal interprétée qui fait d’un morceau de mur d’Hérode une relique nationale »

La lettre de Sigmund Freud que nous reprenons ci-dessous a été adressée le 26 février 1930 à Chaim Koffler, membre de la Fondation pour la Réinstallation des Juifs en Palestine (Keren Hayesod). Elle a été traduite pour la première fois de l’allemand dans son intégralité par Jacques Le Rider. Elle a été publiée par la revue Cliniques méditerranéennes (n° 70, Erès, 2004), accompagnée d’un commentaire d’Elisabeth Roudinesco [2].

En août 1929, Hébron avait été le lieu d’émeutes au cours desquelles des Palestiniens ont massacré une des plus anciennes communautés du Yishouv. C’est dans ce contexte que Chaim Koffler, membre viennois du Keren Hayesod, s’adressa à Freud pour lui demander, comme à d’autres intellectuels de la diaspora, de soutenir la cause sioniste en Palestine et le principe de l’accès des juifs au mur des Lamentations. Freud lui répondit immédiatement en lui adressant cette lettre.

Le Docteur Chaim Koffler, l’a transmise à un collectionneur d’autographes de Jérusalem, Mr Abraham Schwadron, en échange de la promesse « qu’aucun oeil humain ne puisse jamais la voir ».
Après être restée inédite pendant plus de 75 ans, la lettre est récemment réapparue dans le catalogue d’une exposition à l’université de Jérusalem.

Vienne, 19 Berggasse,

le 26 février 1930

Monsieur le Docteur,

Je ne peux pas faire ce que vous souhaitez.

Ma réticence à intéresser le public à ma personnalité est insurmontable et les circonstances critiques actuelles ne me semblent pas du tout y inciter. Qui veut influencer le grand nombre doit avoir quelque chose de retentissant et d’enthousiaste à lui dire, et cela, mon jugement réservé sur le sionisme ne le permet pas. J’ai assurément les meilleurs sentiments de sympathie pour des efforts librement consentis, je suis fier de notre université de Jérusalem et je me réjouis de la prospérité des établissements de nos colons.

Mais, d’un autre côté, je ne crois pas que la Palestine puisse jamais devenir un Etat juif ni que le monde chrétien comme le monde islamique puissent un jour être prêts à confier leurs lieux saints à la garde des juifs. Il m’aurait semblé plus avisé de fonder une patrie juive sur un sol historiquement non chargé ; certes, je sais que, pour un dessein aussi rationnel, jamais on n’aurait pu susciter l’exaltation des masses ni la coopération des riches.

Je concède aussi, avec regret, que le fanatisme peu réaliste de nos compatriotes porte sa part de responsabilité dans l’éveil de la méfiance des Arabes. Je ne peux éprouver la moindre sympathie pour une piété mal interprétée qui fait d’un morceau de mur d’Hérode une relique nationale et, à cause d’elle, défie les sentiments des habitants du pays.

Jugez vous-même si, avec un point de vue aussi critique, je suis la personne qu’il faut pour jouer le rôle de consolateur d’un peuple ébranlé par un espoir injustifié.

Freud

[1Traduction par Marcel Charbonnier pour Euro Palestine, de We’re not celebrating Israel’s anniversary, publié dans The Guardian, mercredi 30 avril 2008.

Le texte d’origine

We’re not celebrating Israel’s anniversary

In May, Jewish organisations will be celebrating the 60th anniversary of the founding of the state of Israel. This is understandable in the context of centuries of persecution culminating in the Holocaust. Nevertheless, we are Jews who will not be celebrating. Surely it is now time to acknowledge the narrative of the other, the price paid by another people for European anti-semitism and Hitler’s genocidal policies. As Edward Said emphasised, what the Holocaust is to the Jews, the Naqba is to the Palestinians.

In April 1948, the same month as the infamous massacre at Deir Yassin and the mortar attack on Palestinian civilians in Haifa’s market square, Plan Dalet was put into operation. This authorised the destruction of Palestinian villages and the expulsion of the indigenous population outside the borders of the state. We will not be celebrating.

In July 1948, 70,000 Palestinians were driven from their homes in Lydda and Ramleh in the heat of the summer with no food or water. Hundreds died. It was known as the Death March. We will not be celebrating.

In all, 750,000 Palestinians became refugees. Some 400 villages were wiped off the map. That did not end the ethnic cleansing. Thousands of Palestinians (Israeli citizens) were expelled from the Galilee in 1956. Many thousands more when Israel occupied the West Bank and Gaza. Under international law and sanctioned by UN resolution 194, refugees from war have a right to return or compensation. Israel has never accepted that right. We will not be celebrating.

We cannot celebrate the birthday of a state founded on terrorism, massacres and the dispossession of another people from their land. We cannot celebrate the birthday of a state that even now engages in ethnic cleansing, that violates international law, that is inflicting a monstrous collective punishment on the civilian population of Gaza and that continues to deny to Palestinians their human rights and national aspirations.

We will celebrate when Arab and Jew live as equals in a peaceful Middle East.