Histoire coloniale et postcoloniale

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des refuzniks témoignent

samedi 27 septembre 2014

Un ancien militaire israélien qui a participé à l’opération “Bordure protectrice” cet été sur la bande de Gaza dénonce les crimes de guerre de l’armée israélienne ainsi que l’omerta entourant les actions de l’armée.

Des réservistes d’une unité du renseignement israélien dénoncent dans une lettre ouverte leur mission dans les Territoires. Selon les 43 refuzniks, leur rôle va au-delà du contre-terrorisme et ne fait que prolonger l’occupation militaire des Territoires palestiniens. Ils dénoncent l’abus de la collecte d’information sur une population qui n’a pas la possibilité de se défendre par voie légale.

Le témoignage de Eran Efrati, ancien militaire israélien qui a participé à l’opération "Bordure protectrice" cet été sur la bande de Gaza :



« Nous, de l’Unité 8200, refusons de participer aux actions d’Israël contre les Palestiniens »

par Aude Marcovitch, correspondante de Libération à Tel Aviv, 12 septembre 2014


Une quarantaine d’anciens combattants israéliens d’une unité d’élite du renseignement publient une lettre de révolte contre les méthodes de l’armée.

Ce sont les refuzniks de l’Unité 8200. Un groupe d’une quarantaine d’Israéliens ayant servi dans cette unité de renseignement qui dépend d’Aman (le renseignement militaire) a rédigé une lettre, envoyée au Premier ministre, au chef de l’état-major, au commandant d’Aman et au commandant de l’Unité 8200, pour annoncer leur refus d’effectuer leur service de réserve pour des raisons morales. Ils estiment que leur travail de renseignement ne vise pas seulement à protéger des attaques contre les Israéliens mais à prolonger l’occupation militaire des Territoires palestiniens.

Voici la traduction française de la lettre ouverte envoyée par les réservistes de l’Unité 8200 à Benjamin Netanyahou et à leur état-major.

« Nous, anciens combattants de l’Unité 8200, soldats réservistes par le passé et aujourd’hui, déclarons refuser de participer aux actions contre les Palestiniens et refuser de continuer à servir comme outils dans l’affermissement du contrôle militaire sur les Territoires occupés.

« Il est généralement admis que la conscription dans les renseignements militaires échappe aux dilemmes moraux et contribue uniquement à la réduction de la violence et des dommages envers des personnes innocentes. Néanmoins, notre service militaire nous a démontré que le renseignement est une partie intégrale de l’occupation militaire israélienne sur les territoires.

« La population palestinienne sous régime militaire est complètement exposée à l’espionnage et la surveillance des services de renseignement israéliens. Alors qu’il existe des limitations drastiques de la surveillance des citoyens israéliens, les Palestiniens ne bénéficient pas de cette protection. Il n’existe pas de distinction entre les Palestiniens qui sont ou qui ne sont pas impliqués dans des violences. L’information qui est recueillie et conservée fait du tort à des personnes innocentes. Elle est utilisée dans le but d’une persécution politique et pour créer des divisions au sein de la société palestinienne en recrutant des collaborateurs et en entraînant des parties de la société palestinienne contre elle-même. Dans de nombreux cas, les services de renseignement empêchent les accusés de recevoir un procès équitable dans les tribunaux militaires, alors que les preuves les concernant ne sont pas révélées. Le renseignement autorise un contrôle continu sur des millions d’individus à travers une surveillance approfondie et intrusive et envahit la plupart des secteurs de la vie d’un individu. Ce qui ne permet pas aux gens de mener des vies normales et incite à plus de violence, nous distançant toujours davantage de la fin du conflit.

« Des millions de Palestiniens vivent sous le régime militaire israélien depuis plus de quarante-sept ans. Ce régime nie leurs droits fondamentaux et exproprie de larges étendues de terre pour les colonies juives qui sont soumises à des systèmes légaux séparés et différents et à l’application de lois différentes. Cette réalité n’est pas un résultat inévitable des efforts de l’Etat pour se protéger mais plutôt le résultat d’un choix. L’expansion des colonies n’a rien à voir avec la sécurité nationale. De même en est-il des restrictions à la construction et au développement, à l’exploitation économique de la Cisjordanie, à la punition collective des habitants de la bande de Gaza, et du tracé actuel de la barrière de séparation.

« Au vu de tout cela, nous avons conclu qu’en tant que personnes ayant servi dans l’Unité 8200, nous devons assumer la responsabilité de notre participation à cette situation et qu’il est de notre devoir moral d’agir. Nous ne pouvons pas continuer à servir le système en bonne conscience, en niant les droits de millions de personnes. A cet effet, ceux d’entre nous qui sont réservistes refusent de prendre part aux actions de l’Etat contre les Palestiniens. Nous appelons tous les soldats servant dans les unités de renseignement, passé et présent, de même que tous les citoyens d’Israël, à dénoncer ces injustices et à prendre des actions pour y mettre fin. Nous croyons que l’avenir d’Israël en dépend. »

Aude Marcovitch