Histoire coloniale et postcoloniale

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communiqué de la LDH

faits divers ou montée de la xénophobie ?

lundi 19 septembre 2011

En Essonne, le président d’une association de soutien aux Roms avait aidé à nettoyer un bidonville. Un coup de balai qui lui vaut d’être poursuivi pour « dépôt d’ordures sur la voie publique » ! Signez et faites signer la pétition de soutien à Serge Guichard.

Le Conseil de l’Europe publie un communiqué dans lequel il exprime son inquiétude devant la montée de la xénophobie en Italie. Mais celle-ci se développe aussi en France, entretenue par certains politiques qui n’hésitent plus, par démagogie électorale, à flatter de façon irresponsable « le ventre encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ».

[Mis en ligne le 12 septembre 2011 – le communiqué LDH a été ajouté le 19]


Communiqué LDH

Paris, le 19 septembre 2011

Inculpation de Serge Guichard : quand le ridicule rejoint l’ignoble…

Serge Guichard, président de l’Association de solidarité en Essonne avec les familles roumaines et roms, membre du réseau Romeurop, est assigné au pénal et risque de la prison ainsi qu’une amende pour avoir organisé, avec d’autres associations dont la LDH de l’Essonne et les familles Roms, un nettoyage complet du terrain au bidonville de Moulin Galant qu’elles habitent.

Cette action fut menée le samedi 26 mars afin de protester contre le fait que les autorités responsables n’assuraient plus, depuis des mois, la collecte des ordures. Les sacs furent en fin d’opération placés en bordure de la voie publique, à disposition des services d’enlèvement – voir cette page.

D’où l’incrimination dont est victime Serge Guichard : « dépôt d’immondices sur la voie publique ». Où l’on voit que la vérité des faits s’efface sous le prononcé des mots : ce qui compte c’est de dire dans la même phrase, « Roms », « ordures » et « délinquants ». Et pourtant l’action a payé : quelques semaines plus tard, les poubelles étaient ramassées comme il se doit, normalement. Où est dès lors la délinquance ?

A chaque opération du gouvernement en matière de traitement des étrangers, on ne peut que constater l’approfondissement d’une politique de discrimination, de mise à l’écart, de stigmatisation aux fins de répondre aux supposés souhaits de sécurité des populations. En clair il s’agit de chevaucher le tigre des idées d’extrême droite pour tenter de retrouver la base électorale qui permettrait la reconduction d’un Sarkozy, dont le camp est en voie de liquéfaction.

L’inculpation de Serge Guichard démontre par l’absurde qu’il s’agit d’une politique systématique de désignation des allogènes dans une blanche société française fantasmée et d’une criminalisation des opposants.

La LDH appelle tous les citoyens à :

  • exiger le respect des droits et la fin d’une poursuite judiciaire grotesque contre Serge Guichard ;
  • participer au rassemblement de soutien le 22 septembre à 14h00, au tribunal de proximité, 1 rue de la patinoire, à Evry.

Convoqué par la justice pour délit de nettoyage d’un camp de Roms

par Julien Heyligen, Le Parisien, le 9 septembre 2011 [1]


« La solidarité n’est pas un délit », Serge Guichard, président de l’Association de solidarité en Essonne avec les familles roumaines et roms (ASEFRR), le clame haut et fort depuis toujours. Aujourd’hui, sa phrase prend une résonance toute particulière. Le bénévole devra comparaître devant le tribunal d’Evry le 22 septembre, à 14 heures. Son délit ? « Dépôt ou abandon sur la voie publique d’ordures, de déchets, de matériaux ou d’objets. »

« C’est totalement absurde. J’ai nettoyé le camp rom entre Ormoy, Corbeil et Villabé en lien avec les autorités et en prévenant les mairies concernées. Je me retrouve aujourd’hui poursuivi…  », soupire-t-il. Les faits reprochés au bénévole datent de mars. Ce mois-là, avec l’aide d’autres bénévoles et des habitants du bidonville, il nettoie le camp rom de Moulin-Galant. Il y a urgence. Des rats envahissent les abris de fortune. La rivière Essonne, s’écoulant à deux pas, commence à être polluée par les immondices. Le conseil général, propriétaire du terrain, fournit les sacs. En quelques heures, près de 2000 sont remplis ! Avant leur enlèvement, les poubelles sont stockées le long de la route. Le conseil général finance le ramassage réalisé par les services de la communauté d’agglomération Evry Centre Essonne (CAECE), dont dépend Villabé, où se trouve la plus grande partie du camp. Une benne est installée. Depuis, elle est utilisée par les Roms et régulièrement vidée par la CAECE. « Cela fonctionne plutôt bien », atteste Serge Guichard.

Une pétition avec 800 signatures

En juillet, le président de l’ASEFRR reçoit l’appel d’un huissier. Il doit venir chercher une convocation pour le tribunal. Serge Guichard, intrigué, pense à l’« excès de vitesse un peu élevé ». Découvrant la vérité, il tombe des nues. Les soutiens du bénévole s’organisent. Une pétition a recueilli pour l’instant 800 signatures.

Des associations, comme la Ligue des droits de l’homme, et des organisations politiques, comme le Parti communiste, soutiennent le prévenu. Certains riverains, même s’ils ne se disent pas prêts à signer la pétition, sont plutôt satisfaits de l’opération de nettoyage. « C’est quand même plus propre qu’avant. Maintenant, ce qu’il faudrait, ce sont des toilettes… », indique une voisine.

En attendant, l’origine de la plainte reste mystérieuse. Malgré ses demandes, Me Julie Bonnier-Hamon n’a toujours pas eu accès au dossier. « Que cela vienne si vite à l’audience après une plainte d’un riverain m’étonne. Il se peut aussi que le procureur se soit saisi lui-même. Mais l’opération était soutenue par des institutions importantes. Franchement, ce dossier n’a pas de sens. Nettoyer un camp rom, je ne vois pas où est le mal. »

En Italie ...

Communiqué de presse du Conseil de l’Europe (extrait)

« L’Italie devrait respecter davantage les droits de l’homme des Roms et des migrants » [2]

Le 7 septembre 2011

« La situation des Roms [...] en Italie demeure très inquiétante. Il convient de mettre l’accent non plus sur les mesures coercitives telles que les expulsions et les éloignements forcés, mais sur l’intégration sociale et la lutte contre la discrimination et l’antitsiganisme », a déclaré le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, à l’occasion de la publication aujourd’hui du rapport faisant suite à sa visite des 26 et 27 mai 2011 en Italie, au cours de laquelle il avait évoqué la situation de la minorité rom et des migrants d’Afrique du Nord.

Le Commissaire est préoccupé par les discours politiques racistes et xénophobes ciblant les Roms [...]. Ce phénomène doit être combattu à l’aide de mesures efficaces, notamment des initiatives des partis politiques visant à instaurer une autoréglementation et une mise en oeuvre énergique des dispositions pénales réprimant les infractions racistes. Le Commissaire insiste par ailleurs sur la nécessité de mieux faire connaître l’histoire et la culture roms afin de lutter contre l’antitsiganisme, par exemple en diffusant et en utilisant les Fiches d’information sur l’histoire des Roms élaborées par le Conseil de l’Europe.

Les récentes expulsions de Roms [...], qui se sont parfois déroulées en violation des normes relatives aux droits de l’homme, ont eu un impact négatif sur la jouissance du droit au logement mais aussi sur d’autres droits, notamment le droit des enfants à l’éducation. « Les autorités italiennes devraient respecter les normes internationales et du Conseil de l’Europe en matière de logement et d’expulsions et rendre la situation pleinement conforme à la Charte sociale européenne révisée. »

Les actes de violence anti-roms, dont certains sont le fait des forces de l’ordre, montrent que les pouvoirs publics italiens doivent toujours améliorer leur réponse aux violences à motivation raciste en général. « Il y a lieu d’améliorer le traitement des infractions racistes et de combattre les comportements abusifs à caractère raciste de la police. Le dispositif de suivi des actes et infractions racistes devrait en particulier être assoupli et mieux adapté aux besoins des victimes. »

Ce communiqué de presse concerne l’Italie, mais gageons que le Commissaire aux droits de l’homme aurait publié un texte très proche s’il avait visité la France.

La France qui se dit « pays des droits de l’Homme » mais qui tolère des déclarations outrancières de la part de certains politiques qui stigmatisent les Roms, évoquent à Marseille « une immigration comorienne importante qui est la cause de beaucoup de violences », et à Paris les mineurs roumains. Des déclarations qui développent et entretiennent une xénophobie qui n’hésite plus à s’afficher sans pudeur. L’exemple suivant en témoigne.

« Ces gens-là n’ont pas les mêmes valeurs que nous »

Dans le cadre de l’émission “7 à 8” présentée par Harry Roselmack et diffusée par TF1 le 18 juillet 2010 à une heure de grande écoute, Roger Pellenc, maire de Pertuis, a tenu des propos discriminatoires et humiliants envers les Gitans et les Gens du voyage, dans le cadre d’un reportage intitulé “Le Maire et les Gitans”. Voici quelques-uns des propos tenus par le Maire – il est également pilote à l’occasion – lors du survol de la partie de sa commune qui longe la Durance, où 450 habitations occupées par des gitans se trouvent en zone inondable :

« Il y a de tout, des cabanes, des maisons, des caravanes et des squats.

« Ces gens-là ont l’habitude de vivre au jour le jour, c’est leur culture. C’est leur culture.

« Vous voyez là, il y en a, à nouveau, de partout.

« Ces gens-là n’ont pas la même culture que la nôtre, ils n’ont pas les mêmes valeurs. On le voit dans la vieille ville : toutes les nuits, ils y vont à la guitare, c’est un chambard terrible. Ils envoient les poubelles par les fenêtres, etc. Donc quand on parle d’aire d’accueil des gens du voyages, on voit de suite des gitans qui vont venir chaparder, voler, etc, ce qui se fait par ailleurs.

« Là, vous voyez typiquement l’activité de casseurs. Voyez, regardez, voilà. Et vous voyez des véhicules là, les trois quarts quand on les contrôle, c’est des véhicules volés. Là c’est pareil, la construction là-bas, vous voyez là, ils ont commencé à faire des mobile-homes, puis après des constructions. Là c’est un feu, ils sont allés faucher des câbles électriques, des lignes électriques. Ça c’est des câbles souterrains. Ils ont balancé, ils ont fait un feu pour faire fondre et tout pour avoir que le cuivre. Fermez la voiture là, parce que là tant, vous la retrouverez plus. »

La fédération départementale de Vaucluse du Mrap, soutenue par la LDH, a cité Roger Pellenc devant la justice, pour provocation à la discrimination et à la haine raciale. L’audience aura lieu vendredi 23 septembre 2011 à 8h30 devant la 11e chambre correctionnelle du tribunal correctionnel à Marseille (à côté du palais de justice 6, rue Emile Polak).
La communauté gitane sera représentée, le Mrap et la Ldh également ...


[1Publié avec l’intitulé « Jugé pour avoir nettoyé le bidonville » : http://www.leparisien.fr/essonne-91....