Histoire coloniale et postcoloniale

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forte croissance des actes antisémites ou antimusulmans (maj)

jeudi 5 février 2015

Les attentats terroristes des 7, 8 et 9 janvier dernier à Paris et Vincennes ont provoqué une montée spectaculaire du nombre d’actes antimusulmans : il y en a eu plus au cours des trois semaines qui ont suivi que pendant l’année dernière toute entière.

On ne connaît pas le nombre d’actes antisémites commis pendant la même période. En revanche, les relevés annuels, connus depuis 1992, mettent en évidence une montée très importante de leur nombre depuis 1999. Les actes antisémites représentent environ la moitié des actes racistes commis en France, alors que les juifs sont moins de 1 % de la population française.

Nous ne chercherons pas à comparer ces deux séries d’événements – une comparaison qui n’aurait aucun sens – mais nous rassemblons ci-dessous quelques éléments d’information les concernant.

[Mis en ligne le 1er février 2015, mis à jour le 5]


147 actes anti-musulmans entre le 7 et le 31 janvier, soit davantage que pendant toute l’année 2014

[Source Le Parisien, le 4 février 2015]


Selon un nouveau décompte communiqué mercredi par l’Observatoire national contre l’islamophobie, 147 actes anti-musulmans ont été recensés entre l’attentat à Charlie Hebdo et le 31 janvier 2015. Ces faits, recensés sur la base des plaintes déposées auprès de la police et de la gendarmerie, se ventilent en 35 actions (tirs contre des mosquées notamment) et 112 menaces (insultes, inscriptions, slogans nazis), a précisé à l’AFP le président de cet observatoire dépendant du Conseil français du culte musulman (CFCM), Abdallah Zekri.

En 2014, 133 actes anti-musulmans avaient été officiellement relevés, soit une baisse de 41,1% par rapport à l’année précédente.

« Hystérie généralisée »

Ce bilan au 31 janvier ne prend pas en compte Paris et les trois départements de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne), la préfecture de police communiquant ses données avec un décalage dans le temps. Il n’inclut pas non plus 38 actes (9 actions et 29 menaces) répertoriés par l’observatoire, mais pour lesquels « les victimes ne veulent pas porter plainte car elles considèrent que les procédures n’aboutiront pas, que c’est une perte de temps », a affirmé Abdallah Zekri.

Le responsable musulman a de nouveau dénoncé un climat d’« hystérie généralisée » en France à l’égard de l’islam, en prenant pour exemple la brève audition dans un commissariat de Nice d’un enfant de huit ans ayant exprimé une solidarité envers les tueurs de Charlie Hebdo.

Il a aussi cité les propos de la vice-présidente déléguée de l’UMP Nathalie Kosciusko-Morizet sur des parents qui, à Mulhouse, « préfèreraient amener leurs enfants à la prière plutôt que de respecter les horaires de l’école publique ». « Même si elle s’est excusée, ces fausses déclarations mettent les musulmans en accusation », a déploré le délégué de la Grande mosquée de Paris. « Nous, citoyens de confession musulmane, n’aspirons qu’à une seule chose : le vivre-ensemble. Il faut mettre un terme à cette stigmatisation ».

Presque autant d’actes antimusulmans depuis le 7 janvier que pour toute l’année 2014

Jeune Afrique le 21 janvier 2015


Avec 128 faits recensés en deux semaines, les actes antimusulmans sont presque aussi nombreux depuis l’attentat contre Charlie Hebdo que pour toute l’année 2014. "On atteint un sommet dans la haine", se désole l’Observatoire national contre l’islamophobie.

Cette instance dépendant du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui établit ses chiffres sur la base des plaintes déposées auprès de la police et de la gendarmerie, a fait état de 128 actes antimusulmans entre le 7 et le 20 janvier.
[...]

Jets de grenade et tirs par arme à feu

"C’est la première fois qu’il a été enregistré des jets de grenade ou des tirs par arme à feu", souligne aussi Abadallah Zekri, délégué de la Grande Mosquée de Paris.
De fait, quelques heures après l’attentat contre Charlie Hebdo, trois grenades d’exercice, avaient été lancées contre une mosquée au Mans. Dans l’Aude, un ou plusieurs coups de feu de "pistolet à grenaille" ont été tirés vers une salle musulmane.
Et vendredi, un homme a été interpellé après avoir menacé de "faire exploser" la mosquée de Carcassonne.

Pas assez de soutien de la classe politique française aux musulmans

Le président de l’Observatoire contre l’islamophobie juge "désolant" qu’"en dehors des condamnations" émises par l’exécutif, la "classe politique n’ait pas dénoncé ces actes ignobles ni apporté un soutien rassurant à l’égard des citoyens, musulmans certes, mais membres de la communauté nationale".

Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), une association distincte du CFCM et qui a une conception des actes antimusulmans élargie aux éventuelles discriminations émanant de l’État (policiers, enseignants...) et à des faits n’ayant pas débouché en plaintes, "salue" également les appels de François Hollande et Manuel Valls à refuser les "amalgames" associant l’islam au jihadisme.
"Mais il faut passer des paroles aux actes, et prendre des mesures pour éviter les représailles contre les citoyens de confession musulmane", dit à l’AFP sa porte-parole Elsa Ray, précisant avoir calculé un nombre d’actes conforme, "une fois n’est pas coutume", au chiffre de l’Observatoire contre l’islamophobie.

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Les actes antisémites ont doublé [de 2013 à] 2014 en France

D’arès le Crif - Conseil Représentatif des Institutions Juives de France –, en 2014, le nombre d’actes commis contre les Juifs de France a augmenté de 101 % [1]

De 423 en 2013, ils sont passés à 851 l’an dernier, selon les chiffres du Service de Protection de la Communauté Juive (SPCJ), en coopération avec le Ministère de l’Intérieur.

La hausse la plus spectaculaire concerne les violences proprement dites (agressions, incendies, dégradation et vandalisme) : 241 recensés, soit + 130 % en un an. Des chiffres où n’apparaissent pas les quatre assassinats de la porte de Vincennes, le 9 janvier. « Soixante-dix ans après Auschwitz, c’est la même logique qui est à l’oeuvre : la haine du Juif, la lâcheté, l’ignorance, la barbarie », s’attriste Roger Cukierman, le Président du CRIF. Il y a quinze ans, avant que ne resurgisse ce fléau à la faveur de la seconde Intifada dans les territoires palestiniens, le nombre d’actes antisémites était dix fois moindre.

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Dénombrer les actes et menaces racistes

Certes les chiffres précédents émanent d’organisations communautaires mais ils ne sont pas pour autant dépourvus de toute validation officielle. Le Service de protection de la communauté juive et l’Observatoire national contre l’islamophobie travaillent en effet en coopération avec le ministère de l’Intérieur pour récolter leurs chiffres.

Voici le graphique, publié dans le rapport de la CNCDH pour l’année 2013 [2]
et basé sur des chiffres émanant du ministère de l’Intérieur, représentant l’évolution du nombre d’actes racistes, antisémites ou antimusulmans recensés entre 1992 et 2013. Ils correspondent à l’ensemble des « actions » (attentats, violences, incendies…) et des « menaces » (propos, gestes, écrits) qui ont fait l’objet d’une plainte ou d’une main courante auprès de la police. Les actes antimusulmans n’ont été dénombrés à part qu’à partir de 2011 et le racisme à l’égard des Roms n’est pas décompté à part.

Source : le rapport de la CNCDH pour 2013

Ces chiffres sont évidemment tributaires de la définition légale des infractions qui peut évoluer dans le temps, et ils sont corrélés à l’action des services de police et de gendarmerie – voir le rapport 2013 de la CNCDH [2].

Des chiffres sous-estimés ?

Dans son rapport de 2013, la CNCDH écrit :
« Il convient de relever qu’en matière de délinquance à caractère raciste, le nombre de dépôt de plaintes est largement en deçà du nombre de faits effectivement commis. On estime par exemple que, pour les injures racistes, seuls 8 % des faits seraient signalés aux services de police et de gendarmerie, et 3 % des faits seulement seraient enregistrés au titre de plaintes. D’une manière globale, seules 16 % des victimes se résolvant à déposer plainte, on peut aisément imaginer qu’un grand nombre d’actes et menaces à caractère
raciste ne sont pas comptabilisés dans les données du ministère de l’Intérieur. »
 [2]

Ce que le sociologue Marwan Mohammed confirmait en déclarant au Monde.fr :
« le recensement des plaintes pour mesurer l’islamophobie est une donnée relativement fragile. Dans les études de victimation, on remarque que le taux de plainte est plutôt faible sur ces questions. Nous ne disposons pas non plus d’étude précise sur l’accueil qui est réservé aux victimes d’islamophobie par les policiers. Et la plainte peut ensuite être requalifiée, par exemple en incitation à la haine
raciale. » [3]

Une situation évolutive

Les chiffres précédents n’ont pas la prétention de fournir autre chose que des aperçus sur une situation susceptibles d’évoluer. Actuellement, les actes antisémites constituent la catégorie la plus nombreuse, mais, étant donné la progression spectaculaire du racisme antimusulman,cela pourrait changer.

En revanche, la proportion d’actes antisémites rapportée à la taille de la communauté juive (environ 550 000 personnes) devrait rester largement supérieure à celle des actes islamophobes par rapport à la communauté musulmane (entre 2 et 5 millions de personnes, selon les sources et la définition). [4]


[2Rapport racisme, antisémitisme et xénophobie 2013 de la CNCDH : http://www.ladocumentationfrancaise..., notamment les pages 84 à 109.

[3« Comment mesure-t-on l’islamophobie en France », Le Monde.fr http://www.lemonde.fr/societe/artic....