Histoire coloniale et postcoloniale

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il y a 56 ans, les premiers essais nucléaires français dans le Sud algérien

lundi 15 février 2016, par nf

Le 13 février 1960 la France procédait à son premier essai nucléaire à Reggane, dans le Sud algérien. “Gerboise bleue” était le premier d’une série de 4 essais atmosphériques. Elle fut suivie de 13 essais souterrains à In Ekker, dont quatre n’ont pas été totalement confinés, laissant le site pollué pour plusieurs dizaines de milliers d’années. Aujourd’hui les habitants de la région présentent des taux de cancer plus élevés que la normale et ils demandent que les lieux soient décontaminés. [1]

Essais nucléaires français à Reggane
Appel d’une association pour la décontamination de la région

par Mokrane Ait Ouarabi, El Watan, 13 février 2016


Cela fait 56 ans que les premiers essais nucléaires français ont été effectués sur le sol algérien.

Plus exactement dans le plateau désertique de Tanezrouft, dans l’actuelle wilaya d’Adrar. Les effets néfastes de ces essais sont toujours ressentis par les populations de la région. Le président de l’Association du 13 Février 1960, Hamel Omar, n’a pas manqué de le relever dans une déclaration répercutée hier par l’APS.

Sa revendication prioritaire : la décontamination du site concerné par ces « essais de la mort » afin d’arrêter la catastrophe sanitaire qui frappe la population de Reggane. « Considérés comme crimes contre l’humanité, les effets dévastateurs des essais nucléaires effectués par la France coloniale dans le Sud algérien se font ressentir à ce jour et continuent d’affecter la santé et la vie des populations des régions concernées », a souligné M. Hamel à la même agence en espérant que son appel, à la fois, soit entendu aussi bien par les autorités algériennes, afin de poursuivre leurs efforts dans ce sens, que l’Etat français pour qu’il agisse en conséquence.

Pour Omar Hamel, le souhait le plus urgent pour les populations locales n’est pas d’être indemnisées, mais de voir la zone ayant servi de site pour ces essais définitivement nettoyé pour que les habitants puissent vivre en sécurité sanitaire. « Décontaminer les sites concernés par ces essais nucléaires des déchets radioactifs constitue une priorité pour mettre fin aux effets néfastes de ces crimes sur la population », a insisté M. Hamel pour lequel « la non-décontamination de la région des déchets radioactifs coûte la vie aux habitants et des fonds colossaux à l’Etat dans le cadre de la prise en charge des victimes ».

« Des centaines de victimes souffrant notamment de cancers et de maladies ophtalmiques, dont des cas graves entraînant la mort, ont été recensées », a encore relevé le président de l’association qui justifie l’absence de statistiques précises et complètes par l’affectation de certains cas vers des services spécialisés au nord du pays. Il fait état, cependant, de quelque 48 cas de cancers, notamment de la peau, enregistrés durant la période allant de mai 2014 à janvier 2016. L’association que dirige Omar Hamel ne revendique pas des indemnisations pour les victimes. Pour M. Hamel, le plus important, c’est d’obtenir « les archives sanitaires des victimes des essais dans cette région d’avant-1962 ainsi que les archives techniques des essais ».

A quoi serviront ces archives ? Omar Hamel estime que cela permettra à l’association, avec l’aide de spécialistes, de suivre l’évolution des radiations nucléaires meurtrières et de délimiter les résidus. Cela va assurément permettre de faciliter le travail des experts et spécialistes en matière de décontamination.

L’association du 13 Février 1960 a d’autres revendications, à savoir la reconnaissance par la France des crimes nucléaires commis en Algérie. Omar Hamel espère que les discussions sur ce dossier engagées entre les autorités algériennes et françaises vont aboutir à un accord qui prendrait totalement et globalement cette question qui empoisonne la vie des habitants de Reggane et des autres régions du Sud touchées par les essais nucléaires menés de 1960 jusqu’à 1967.

Le ministre des Moudjahidine avait, en effet, examiné ce dossier sous tous ses aspects avec des membres du gouvernement français, notamment le ministre de la Défense. Pour le moment, rien de précis n’a été entrepris. Les discussions demeurent ouvertes.

Mokrane Ait Ouarabi

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Journée mondiale du cancer à Tamanrasset
L’AVEN s’alarme des décès causés par cette maladie

par Ravah Ighil, El Watan, le 6 février 2016


C’est un cri de détresse que vient de lancer l’Association des victimes des essais nucléaires (AVEN) à In Ekker, dans la wilaya de Tamanrasset, à l’occasion de la Journée mondiale du cancer.

Le bilan des décès causés par les maladies radio-induites ne cesse de s’alourdir dans cette région saharienne. Des dizaines de cancéreux, femmes, hommes et enfants, meurent annuellement dans l’anonymat et en l’absence d’une réelle prise en charge, s’alarme Mahmoud Elouaer, président de l’AVEN, qui a recensé plus de vingt types de cancer à Tamanrasset.

Selon notre interlocuteur, la mise en service d’une unité d’oncologie au niveau de l’établissement public hospitalier (EPH) de la ville est insuffisante pour endiguer ce phénomène qui touche particulièrement les populations des zones irradiées. L’absence de recensement et de registres répertoriant les fichiers et les dossiers médicaux des malades ne fait qu’exacerber le problème dans lequel se morfond cette région, livrée à toutes les formes de métastases. Les statistiques avancées par des spécialistes montrent que 21,28% des femmes de cette wilaya sont atteintes de cancer du sein et 10,13% de cancer de la thyroïde. Sur 500 habitants, 18 sont atteints de cette maladie.

D’une voix empreinte de tristesse, le secrétaire général de l’AVEN, Boubakeur Ibba, relate : « Nous avons assisté à l’enterrement d’enfants amputés des membres inférieurs et de femmes à la fleur de l’âge. Le pire, c’est qu’aucune de ces victimes ne possède un dossier médical, hormis les quelques certificats délivrés par les médecins exerçant dans la région. » Cinquante-quatre ans après cette tragédie que la France ne veut toujours pas réparer, l’Association de Taourirt dresse un réquisitoire contre un crime abject dans l’histoire de l’humanité et en appelle à toutes les institutions et organisations internationales pour rétablir les victimes dans leurs droits à l’indemnisation morale et matérielle.

« La géopolitique de l’époque obligeait nos dirigeants négociateurs à fléchir et faire des concessions en autorisant la réalisation de ce que la France appelait les ‘expériences scientifiques propres’. Malheureusement, après toutes ces années, nous continuons à subir les conséquences d’une tragédie commise par un pays qui prône pourtant le respect de la justice et des droits universels », souligne, pour sa part, Abdelkrim Touhami, vice-président de l’AVEN, qui préconise d’agir dans les faits afin d’en finir avec les promesses sans lendemain.

L’AVEN, indiquent ses membres, œuvre à associer à leur douleur tous les pays touchés par la catastrophe nucléaire française. Des recommandations ont été faites, en collaboration avec des spécialistes au fait du dossier en vue de réclamer ce que de droit et une prise de conscience collective. « On nous a utilisés comme des cobayes, mais on ne veut pas être des oubliés de l’histoire. L’Etat algérien doit nous accompagner dans cette démarche si l’on veut sauver des milliers de personnes de la mort.

Une solidarité entre l’Etat et l’AVEN nous encouragera et nous aidera à prendre en charge les victimes. L’Association n’a pas de moyens, mais croit dur comme fer en sa cause », conclut-on.

A l’hôpital de Tamanrasset, d’importants moyens ont été mis au service des cancéreux. Quelque 75 patients sont pris en charge en matière de chimiothérapie, précise notre source, ajoutant qu’une équipe médicale est chargée de sillonner les zones exposées aux rayonnements ionisants pour un recensement exhaustif des malades.

Ravah Ighil


Voir en ligne : les essais nucléaires français du Sahara continuent à faire des victimes


[1A partir de 1966, les essais nucléaires français se déroulèrent dans le Pacifique à Moruroa et Fangataufa :
de juillet 1966 à janvier 1996, la France a procédé, sur ces deux atolls de Polynésie française, à 193 tirs atmosphériques puis souterrains.