Histoire coloniale et postcoloniale

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il y a trente ans, la « marche des beurs »

mercredi 20 novembre 2013

15 octobre 1983, départ à Marseille de la « Marche des Beurs ». Son objectif : dénoncer le racisme, réclamer une France multiculturelle et obtenir l’égalité des droits pour les immigrés et leurs enfants.

Cette Marche pour l’égalité et contre le racisme, rebaptisée « Marche des Beurs », a pris naissance au cours de l’été 83 dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux. Le climat est tendu dans cette ZUP et les affrontements se multiplient entre les forces de l’ordre et les jeunes. Au cours des rixes, Toumi Djaïda, le président de l’association SOS Avenir Minguettes, est blessé par un policier. Les violences montent, des voitures sont brûlées, des bâtiments saccagés...

Partie dans l’anonymat, en octobre 83, la marche finit en apothéose à Paris, le 3 décembre, avec près de 100 000 personnes à la Bastille. Un documentaire revisite l’histoire de cette marche pour l’égalité qui a vu la prise de parole par des enfants de l’immigration. Mais la fracture existe toujours entre la France et ses banlieues...


Les marcheurs, chronique des années beurs
Documentaire (59 min) de Samia Chala , Thierry Leclère et Naïma Yahi
diffusé le 18/11/2013 À 22H30, sur la Chaîne parlementaire
Rediffusion les :
- samedi 23/11/2013 à 22h00
- dimanche 24/11/2013 à 18h00
- lundi 25/11/2013 à 17h15

Un documentaire retrace la « Marche des beurs » [1]

Les images de ces journaux télévisés nous ramènent dans la France d’il y a trente ans. À La Courneuve, en banlieue parisienne, un enfant prénommé Toufik s’est fait tuer en bas de son immeuble parce qu’il faisait trop de bruit. À Vénissieux, près de Lyon, Toumi Djaidja, lui, a survécu à un coup de feu tiré par un policier.

Avec quelques jeunes issus, comme lui, de l’immigration, il veut lutter contre les crimes racistes et les violences policières. Encouragé par le P. Christian Delorme, il va lancer une « marche pour l’égalité et contre le racisme ». Le 15 octobre 1983, à Marseille, ils sont une quinzaine à partir. À l’arrivée, le 3 décembre, à Paris, ils sont près de 100 000.

Les suites de la marche

Cette aventure collective, que la presse nomme la Marche des beurs, est retracée dans un documentaire diffusé sur Public Sénat. Le film mêle les archives télévisuelles avec des entretiens réalisés avec des acteurs et des témoins de cette époque, qui ne sont pas tous d’anciens « marcheurs », à l’image du chanteur Rachid Taha ou du sociologue Azouz Begag. Les auteurs – la réalisatrice Samia Chala, l’historienne Naïma Yahi et le journaliste Thierry Leclère – commencent par nous replonger dans le contexte du début des années 1980. Les Trente Glorieuses sont déjà loin, les enfants d’immigrés se cherchent une place dans la société française et les violences anti-arabes s’accumulent.

Un Algérien est lynché à mort dans le train Bordeaux-Vintimille, pendant la Marche, ce qui en relance l’élan. L’intérêt de ce retour sur un pan de l’histoire française contemporaine est aussi de s’attarder sur la suite de la mobilisation ? : la deuxième marche, en 1984, l’effervescence culturelle parmi la « deuxième génération »… Mais aussi l’apparition de SOS Racisme, ressenti comme une forme de détournement et de récupération du mouvement initial, et les désillusions.

Pascal Charrier