Histoire coloniale et postcoloniale

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il y a un siècle : la « pacification » du Sud-oranais

lundi 15 août 2005, par nf

Voici la présentation faite en 1930 dans les Cahiers du centenaire de l’Algérie [1] de la part qu’y a prise le général Lyautey.

Vous trouverez ensuite un article du Petit Journal datant du 14 février 1904.

Lyautey par E. Le Rallic (1937)

Cet officier de haute valeur [le général Lyautey], déjà connu pour sa collaboration active avec le général Galliéni à Madagascar et au Tonkin, par ses brillantes qualités d’écrivain et, à l’occasion de diplomate, fut envoyé dans le Sud oranais, en 1903, après les très nombreux incidents, attaques et pillages qui marquèrent les débuts de notre pénétration dans ces régions. Parmi ces incidents, il faut surtout citer l’attentat de Zenagha, près de Figuig, dans lequel le Gouverneur général avait failli disparaître, les combats d’Hassi Resel et de Noukhila et le glorieux siège de Taghit.

Le général Lyautey investi, dans le territoire militaire d’Aïn-Sefra, de toute nouvelle création, de pouvoirs très étendus, se mit aussitôt au travail.

Action politique d’abord, dans laquelle il excellait.

En quelques mois, il avait mis la main sur les tribus Oulad Djerir et Doui Ménia qui avaient constitué jusque-là nos principaux ennemis, malgré nos conventions précédentes de 1870.

Tâche d’organisation et d’équipement des arrières ensuite. Pour protéger les régions nouvellement occupées du Guir, de la Zousfana et de la Saoura, contre les périls venus de l’Ouest, il créa une série de postes, dont Colomb-Béchar fut le plus important, qui formant façade extensible vis-à-vis de la dissidence, au delà des objectifs à couvrir, constitua contre leurs agressions une barrière et une base de départ intéressantes pour les contre-attaques.

Enfin, il sut obtenir, grâce au grand ascendant moral qui, dès ce moment, se dégageait de sa personne, les forces qui lui étaient nécessaires et créa des organismes appropriés à la nouvelle guerre qui lui était imposée : Compagnies de légion et d’infanterie montée, maghzens arabes très solides. [2]

HONNEUR AUX BRAVES !

Remise de la Médaille militaire aux Héros d’El-Moungar et de Taghit

Le Petit Journal, 14 février 1904.

Nos lecteurs n’ont pas oublié les deux glorieux faits d’armes accomplis par nos soldats d’Afrique en Août et Septembre 1903. A Taghit, du 17 au 20 Août, les troupes du poste, commanandées par le capitaine de Susbielle et composées d’une compagnie du 2e tirailleurs, d’un peloton du 1er bataillon d’Afrique, d’un peloton de la 2e compagnie montée de la Légion étrangère et d’une poignée de Maghzen, furent assaillies par un contingent de plus de 4 000 Bérabers parfaitement armés. Les troupes françaises, suivant l’expression même du général O’Connor, "firent preuve d’une discipline et d’une énergie incomparables". Elles repoussèrent les attaques répétées d’ un ennemi plus de dix fois supérieur en nombre, et elles infligèrent des pertes énormes aux assaillants, les forçant finalement à une retraite précipitée. Il y eut là des actes dignes d’une épopée, telle par exemple cette charge impétueuse du lieutenant de Ganay à la tête de ses cent Maghzen contre la muraille formidable des cavaliers ennemis. Ces spahis, ces goumiers fidèles à la France se montrèrent sublimes de bravoure et de sang-froid, dignes de leurs vaillants aïeux. "ils furent, dit un témoin oculaire, ce que furent en 1870 les turcos du colonel Suzoni : des Héros."

Quelques jours après cette glorieuse défense, nos soldats d’Afrique devaient donner une preuve nouvelle de leur abnégation et de leur dévouement à la Patrie française. Cent quinze hommes, commandés par le capitaine Vauchez et le lieutenant Selchauhansen, formant une partie de l’escorte d’un convoi parti le 28 Août de Djenann-Eddar, furent attaqués, le 2 Septembre, entre El-Moubgar et Zafrani, par une bande de 3 000 Marocains, et les premiers coups de fusil blessèrent ou tuèrent les deux officiers, les sous-officiers et plus de la moitié du détachement. Les hommes que les balles avaient épargnés (une quarantaine environ), commandés par le sergent-fourrier Tisserand, se groupèrent sur une éminence voisine et, sous un soleil torride, sans eau, sur un sable calciné, tinrent tête à l’ ennemi pendant huit heures. Ce n’est qu’à cinq heures du soir qu’ils furent dégagés par le capitaine de Sulbielle, accouru de Taghit à la tête de ses spahis. Ces braves, luttant ainsi un contre trente, avaient renouvelé l’exploit fameux de Sidi-Brahim.

Honneur à ces Braves !

Ces faits glorieux de Taghit et d’El-Moungar viennent d’avoir un épilogue solennel à Aïn-Sefra. En présence de toutes les troupes réunies de la subdivision, le général Lyautey a remis la Médaille militaire aux soldats Succel, Triunquart, Petit, Hartwieg et Ali-ben-Ziner, tous blessés grièvement au court des événements du Sud-Oranais. Trois de ces braves, après cinq mois de traitement, sont encore à peine guéris de leurs blessures. Ils s’appuyaient sur des béquilles pour venir recevoir, des mains de leur général (un héros de Madagascar), la récompense si justement octroyée à leur vaillance.

Le Petit Journal du 14 Février 1904


[1Les Cahiers du centenaire de l’Algérie sont accessibles sur le site internet de A. Garcia.

[2Extrait de "La pacification du Sahara et la pénétration saharienne" par le général O.Meynier, second Livret des Cahiers du centenaire de l’Algérie (1930).

Vous trouverez des compléments concernant la conquête du Sahara dans l’ Histoire des colonies françaises et de l’expansion de la France dans le monde de Gabriel Hanoteaux et Alfred Martineau, tome 2 : L’Algérie par Augustin Bernard, éd. Plon, 1930, également accessible sur le site internet de A. Garcia.