Histoire coloniale et postcoloniale

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intervention armée de la France au Mali : honni soit qui oublie les populations civiles

mardi 15 janvier 2013

Répondant à un appel d’autorités maliennes, la France a envoyé des militaires affronter des “terroristes islamistes”.

Afghanistan, Irak, Libye ... ces guerres sont-elles venues à bout du terrorisme, ou, au contraire, ne l’ont-elles pas entretenu ?
On peut certes apporter une aide à un État souverain qui la demande. Mais « le Mali est actuellement un État en situation de dissolution » rappelait récemment Rony Brauman. Il poursuivait : « Reprendre Tombouctou, Gao ou Kidal ne devrait pas être compliqué, mais c’est le fameux jour d’après qui pose un problème ; s’il n’y a pas un État, un ensemble intégrateur, ce jour-là sera celui d’une catastrophe. » [1]

Ci-dessous, deux communiqués – l’un, récent, de MSF qui appelle au respect des populations civiles, l’autre d’Amnesty International, publié en décembre dernier à la suite de l’adoption par le conseil de sécurité d’une résolution autorisant une intervention armée au Nord-Mali – et un article de décembre dernier où Rony Brauman évoquait le risque de déstabilisation de toute la région.

[Mise en ligne le 14 janvier 2013, mis à jour le 15]


Communiqué de Médecins sans frontières [2]

MSF appelle au respect des civils dans le Nord du Mali

Le 13 janvier 2013

A la suite des violents combats à Konna et des bombardements survenus à Léré puis à Douentza dans la nuit de samedi à dimanche, Médecins Sans Frontières (MSF) demande à toutes les parties au conflit au Mali de respecter les populations civiles, ainsi que l’intégrité des structures de santé.

A Douentza, une localité située au nord-est de Mopti, les bombardements ont repris dimanche matin. Une équipe médicale de MSF se trouve actuellement à l’hôpital afin d’y appuyer les activités médicales.

« En raison des bombardements et des combats, personne ne se risque à bouger dans la ville et les patients n’arrivent pas à l’hôpital », explique Rosa Crestani, responsable des programmes d’urgence de MSF. « Nous sommes inquiets pour les personnes résidant à proximité des zones de combat et demandons à toutes les parties au conflit de respecter le sort des populations civiles et l’intégrité des structures médicales. » Dans la nuit du 10 au 11 janvier, MSF avait déjà reçu « plusieurs appels faisant état de nombreux morts et blessés à Konna, y compris parmi les civils », précise le Dr Mego Terzian, responsable des opérations d’urgence Mali à Paris.

MSF a déjà acheminé deux camions chargés de matériel médical et de médicaments destinés aux structures de santé de la région de Mopti. De nombreux habitants de la région de Mopti auraient également fui les combats, plusieurs localités s’étant vidées de leurs habitants. MSF s’efforce actuellement de localiser ces personnes déplacées afin de leur apporter une aide médicale via des dispensaires mobiles.

Suite aux bombardements survenus à Léré, plus au nord, plusieurs centaines de personnes ont traversé la frontière mauritanienne. Les équipes de MSF en Mauritanie ont activé leur plan d’urgence et sont sur place pour leur porter assistance. « Déjà 200 réfugiés sont arrivés en voiture ou en camion dans le camp de Fassala, en Mauritanie », explique Karl Nawezi, responsable des programmes de MSF en Mauritanie. « Ces derniers nous ont confié que de nombreux autres réfugiés, qui n’avaient pu trouver de véhicule, avaient fui à pied en direction de la frontière. »

Au-delà des activités médicales menées à Mopti et Douentza, MSF travaille dans les régions de Tombouctou et Gao. A Tombouctou, où ses équipes interviennent dans l’hôpital de référence, MSF a reçu une dizaine de blessés à la suite des combats situés à plus de sept heures de route. Nos équipes travaillent également dans neuf centres de santé communautaires des environs de Tombouctou. MSF mène enfin des activités d’approvisionnement en médicaments et en matériel médical, et tente d’augmenter son soutien médical et chirurgical à proximité des zones de combat.

Communiqué d’Amnesty International [3]

Une intervention militaire au Mali risque d’aggraver la crise

Le 21 décembre 2012

Le feu vert donné par le Conseil de sécurité des Nations unies à une intervention armée au Mali risque d’aggraver la crise humanitaire et des droits humains dans le nord du pays, a indiqué Amnesty International vendredi 21 décembre.

Jeudi 20 décembre, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité une résolution autorisant le déploiement d’une force sous conduite africaine qui pourra employer tous les moyens à sa disposition afin de reprendre le nord du pays aux mains des « groupes terroristes, extrémistes et armés ».

« Une intervention militaire internationale risque fort d’accroître l’ampleur des atteintes aux droits humains auxquelles nous assistons déjà dans le cadre de ce conflit », a indiqué Salvatore Saguès, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest d’Amnesty International.

Dans le nord, les civils subissent le régime des groupes armés islamistes qui contrôlent la région depuis le mois d’avril.

Amnesty International craint que lors de cette intervention, les attaques menées sans discrimination, les détentions arbitraires, la torture, les exécutions extrajudiciaires et l’utilisation d’enfants soldats par les deux camps ne se généralisent encore davantage.

Afin d’empêcher une recrudescence des violations des droits humains, elle demande à l’ONU de veiller à ce que toute opération militaire soit cadrée par de réelles garanties concernant la protection de la population. Il convient d’envoyer des observateurs chargés de veiller au respect des droits humains afin qu’ils observent de près le conflit, en accordant une attention toute particulière aux milices soutenues par le gouvernement.

« Les Nations unies doivent garantir que toute force d’intervention respecte pleinement le droit international humanitaire et relatif aux droits humains, et accorde la priorité à la protection des civils pris au piège du conflit, a estimé Salvatore Saguès.

« Les forces armées africaines qui pourraient prendre part à cette intervention ne doivent pas avoir été impliquées dans des atteintes aux droits humains contre leur propre population. »

Depuis avril 2012, les groupes islamistes dans le nord du Mali imposent le règne de la terreur, appliquant des sanctions comme l’amputation, la flagellation et la lapidation à mort contre ceux qui contestent leur interprétation de l’islam.

Au début du conflit, les forces de sécurité maliennes ont répondu au soulèvement en bombardant des civils touaregs et en arrêtant, torturant et tuant des Touaregs, sur la seule base semble-t-il de leur origine ethnique. Une intervention militaire risque de déclencher de nouveaux affrontements ethniques, dans un pays déjà déchiré par les attaques contre les Touaregs et d’autres personnes à la peau plus claire.
L’armée malienne, dominée par la junte militaire qui a renversé le président démocratiquement élu Amadou Toumani Touré en mars 2012, continue d’exercer une très grande influence sur la vie politique.
Les soldats maliens se rendent responsables d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées et d’actes de torture. En septembre, à Diabali, à 400 kilomètres au nord-est de Bamako, un groupe de 16 prédicateurs musulmans, des citoyens maliens et mauritaniens, ont été arrêtés, puis exécutés par l’armée malienne.
« Les soldats maliens bénéficient d’une impunité totale. Nous craignons que leur participation à une intervention armée dans le nord ne donne lieu à de nouvelles violations, sur fond de représailles et de vengeance », a expliqué Salvatore Saguès.

Amnesty International invite également l’ONU à se préparer à une aggravation de la crise des réfugiés. Le conflit a déjà déplacé près de 400 000 personnes, ce qui se traduit par un flux de réfugiés vers les pays limitrophes peu préparés à les protéger, dont certains sont en pleine crise humanitaire en raison de la pénurie alimentaire que connaît la région.

Deux poids, deux mesures

par Rony Brauman [4]


Le 8 décembre 2012.

Au Mali, dont la partie nord est passée depuis avril 2012 sous le contrôle de groupes islamistes, les Nations unies estimaient récemment à 4,6 millions le nombre de personnes menacées par la faim, à 120 000 le nombre de déplacés internes et à 200 000 celui des réfugiés dans les pays voisins. Sur cette toile de fond dramatique, la destruction des mausolées ajoutant au désastre, les médias n’ont pas manqué de relayer, dès le printemps, les appels des ONG et de l’ONU à enrayer la famine naissante dans la région. La disette, la violence et le fanatisme semblent accabler au quotidien la population du Nord, tandis que l’aide internationale serait très largement bloquée. Tout n’est pas faux, malheureusement, dans ce sombre tableau. Cependant, à écouter ce que disent les quelques organisations humanitaires présentes dans la région de Tombouctou et Gao, apparaît une image plus nuancée et complexe de la situation sociale et politique qui y règne. [...]

(La suite sur le site d’Alternatives Internationales)



Complément

  • Communiqué de la FIDHIntervention au Mali : « Respecter le droit humanitaire et les droits de l’Homme est un impératif pour combattre le terrorisme »

[Mise à jour le 14 janvier 2013] – La FIDH et son organisation membre au Mali, l’AMDH, prennent acte de l’intervention des forces militaires maliennes et françaises pour arrêter une colonne djihadiste au centre du Mali, notent qu’elle intervient en légalité avec le droit international et en réponse à la demande du président malien, et appellent les belligérants au respect du droit international humanitaire et à la protection des populations civiles.
(Pour lire la suite : http://www.fidh.org/Intervention-au... )


[1Rony Brauman, "On ne parachute pas la démocratie", Jeuneafrique.com, le 12 décembre 2012.

[3Index AI : PRE01/635/2012 – http://www.amnesty.org/fr/for-media....

[4Rony Brauman : ancien président de Médecins sans frontières, professeur associé à l’Institut d’études politiques (Paris) et membre du Crash.