janvier 1960 : la semaine des barricades à Alger


article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée > jours de guerre
date de publication : samedi 10 juillet 2004


Source : Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault, La guerre d’Algérie, la Documentation photographique, août 2001.


Voir en ligne : une déclaration de guerre à l’État et le début d’une guerre civile

De nombreux moments politiques décisifs de la guerre sont liés à Alger : la "journée des tomates" (1956), la "bataille d’Alger" (1957), les événements du 13 mai 1958.

C’est encore le lieu de la violente semaine d’affrontements, du 24 au 31 janvier 1960, entre les forces de l’ordre et les Européens d’Algérie. Quelques mois auparavant, le 16 septembre 1959, le général de Gaulle, en évoquant l’autodétermination comme moyen de sortir du conflit, avait inquiété les plus virulents partisans de l’Algérie française, qu’ils soient civils ou militaires.

Pour avoir, dans un journal allemand, pris ses distances avec la politique menée et déclaré notamment que "l’armée ne pouvait s’attendre à une telle attitude" de la part du chef de l’État, le général Massu, commandant du corps d’armée d’Alger, adulé dans la ville blanche pour y avoir brisé les réseaux terroristes en 1957, est rappelé à Paris. La nouvelle fait éclater une contestation qui grondait depuis des mois. Une grève générale est décrétée à Alger par les nationalistes les plus virulents, massivement soutenus par les Européens.

A l’issue d’une manifestation de soutien au général Massu, des barricades sont dressées. L’une d’elles est surmontée d’un drapeau français et d’une des banderoles de la manifestation : "Vive Massu !". Pour ériger des barricades et faire obstacle à l’avancée des forces de l’ordre, les manifestants utilisent les pavés prélevés sur place. Outre des civils, on repère - à leurs bérets noirs - de nombreux membres des Unités territoriales (UT), en uniforme. Ces unités armées, composées des réservistes d’Algérie et organisées par l’état-major afin d’assurer l’autodéfense des quartiers dans les premiers temps du conflit, se sont fortement mobilisées pour organiser les barricades et les camps retranchés. Ils forment un contingent non négligeable face aux forces de l’ordre.

Le premier soir, les affrontements avec les gendarmes font plus de vingt morts mais, les jours suivants, les fraternisations entre insurgés et parachutistes l’emportent. La situation est bloquée. Dans un discours renvoyant dos-à-dos les nationalistes du FLN et les organisateurs des barricades, accusés tous deux de rejeter sa politique, le général de Gaulle trouve la voie de l’apaisement en promettant surtout de s’en tenir à l’autodétermination. Les barricades sont levées. Mais les UT sont dissoutes et, quelques mois plus tard, le général Challe doit quitter son commandement.

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Alger - janvier 1960 (AFP)

Un an plus tard, le 22 avril 1961, les Algérois pourront de nouveau entendre l’ancien commandant en chef - lors du putsch d’Alger.


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