Histoire coloniale et postcoloniale

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l’affaire Audin, le droit de savoir, le droit de témoigner

vendredi 4 avril 2014, par nf

Plus d’un demi-siècle après les faits, la reconnaissance des crimes
français commis en Algérie avance...

Mais la connaissance des faits bute sur les conséquences du long silence d’Etat qui a prévalu. En effet, des traces dans les archives ont été effacées. Les témoins et les acteurs disparaissent. Pourquoi n’ont-ils pas révélé ces faits quand ils les condamnaient ou les regrettaient ?

Bernard Sigg a analysé leur silence.

« Si crimes il y eut, contre les lois de la République, ce fut au nom de celle-ci ; les ayant ordonnées, elle ne put les condamner et se refuse naturellement à en assumer la responsabilité, laquelle retombe sur tous ceux qui reçurent de tels ordres. Voudraient-ils alors rejeter ce poids qu’ils rejetteraient simultanément l’Etat ou ses lois à moins de se récuser eux-mêmes en tout ou partie. D’autres nations
ont vécu de semblables tragédies mais alors que nous gardons “le désarroi des souillures tenaces”, elles ont trouvé une issue par la condamnation soit du code législatif au nom duquel s’étaient commis les crimes, soit par celle de leurs auteurs principaux : le procès de Nuremberg, de Pétain, des colonels grecs et des généraux argentins, même si parfois les peines furent pratiquement symboliques, ont eu cette vertu de relégitimer la Loi. Dès lors, victimes, exécutants et témoins passifs retrouvaient des repères par rapports auxquels se situer. »

Bernard Sigg
Le silence et la honte, névroses de la guerre d’Algérie
Paris, Messidor, p. 40.


Claire Mauss-Copeaux
François Nadiras