l’arrivée des harkis en France : camps, hameaux de forestage et cités de transit


article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée > harkis
date de publication : dimanche 21 novembre 2010


Le terme « harkis », au sens strict, désigne les membres d’une harka, l’une des formes d’unités supplétives de l’armée française en Algérie. Mais, progressivement, le terme s’est étendu à l’ensemble des « Français musulmans d’Algérie » engagés dans ou au côté de l’armée française. Au total, fin 1960, on comptait 60 000 « Français de souche nord-africaine » – selon la dénomination de l’époque – dans les forces régulières et supplétives, dont 20 000 harkis.

Les harkis et leurs familles qui ont fui l’Algérie pour la France en 1962 vont y être successivement catégorisés comme « Français musulmans rapatriés » à partir de juin 1962, puis comme « Français rapatriés de confession islamique », enfin comme « Rapatrié d’origine nord-africaine » dans les années 1980. Ce prisme de l’origine, omniprésent et durable, et qui n’est pas sans rappeler un des ressorts de la discrimination coloniale, marginalise doublement les harkis – ni rapatriés comme les autres, ni Français comme les autres.

En matière de logement, une note relative à « l’attribution des logements HLM aux anciens harkis », en date du 31 janvier 1964, émanant du ministre des Rapatriés, à l’attention des préfets, rend clairement compte de cette logique. Elle rappelle certes que « les anciens harkis sont considérés comme rapatriés et bénéficiaires, à ce titre, de la loi du 26 décembre 1961 ». Mais elle donne aux préfets la directive de ne « reloger les anciens harkis qu’après avoir relogé tous les rapatriés demandeurs de logement et particulièrement mal-logés. » Dans les faits, les harkis et leurs familles sont majoritairement logés en camps de transit puis en « cités d’accueil », lesquels perdurent jusqu’au milieu des années 1970 [1].

Des informations sur ces camps et hameaux de forestage qui, les années passant, deviennent des lieux de mémoire, sont regroupés sur le site Harkis et droit de l’Homme : http://www.harki.net/article.php?ru...


JPEG - 19.9 ko
Dans le camp de Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme) en juin 1962. (photo : La Montagne)

Les camps de harkis en France [2]

D’anciens supplétifs réussissent à trouver refuge, parfois avec des membres de leur famille, dans des casernes de l’armée française en Algérie, puis sont transférés en France, souvent avec l’aide de militaires qui bravent les ordres officiels visant à décourager leur accueil et menaçant de sanctions ceux qui aideraient leur rapatriement.

Quelque 40 000 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, sont regroupées dans les camps du Larzac et de Bourg-Lastic, ouverts dès juin 1962, puis ceux de Rivesaltes, Saint-Maurice-l’Ardoise, Bias et La Rye-Le Vigeant, ouverts durant l’automne. Tandis que plus de 10 000 anciens supplétifs et membres de leur famille arrivent en France par leurs propres moyens, mêlés au flux des rapatriés européens et parfois avec l’aide de certains d’entre eux, et s’y installent sans passer par l’accueil officiel.

Ils y subissent de plein fouet la persistance des discriminations coloniales, à commencer par l’imposition d’une procédure de réintégration dans la nationalité française, alors qu’on leur avait assuré en 1958 qu’il n’y avait désormais en Algérie « qu’une seule catégorie de Français… »

Par ailleurs, ils sont traités différemment des « rapatriés », terme réservé, de fait, aux rapatriés d’origine européenne. Le général de Gaulle déclarant lui-même au conseil des ministres du 25 juillet 1962 : « Le terme de rapatrié ne s’applique évidemment pas aux musulmans : ils ne retournent pas dans la terre de leurs pères ! Dans leur cas, il ne saurait s’agir que de réfugiés ! ».

Répartis dans 75 « chantiers – ou hameaux – de forestages » fermés et soumis à un règlement quasi-militaire, exclus explicitement des dispositifs destinés aux seuls rapatriés européens, comme ceux concernant l’endettement contracté en Algérie ou le logement en HLM, ils sont délibérément marginalisés.

Et sous l’effet de ce traitement discriminatoire, se constitue en France un groupe de personnes – des deux sexes et de tous âges – qu’on désigne comme « les harkis ». Une communauté qui ne se confond pas avec les hommes qu’on avait, de 1956 à 1962, appelés « harkis » en Algérie, dont la plupart ont continué à y vivre, parfois sans encombre, mais beaucoup étant victimes, ainsi que leurs enfants, de discriminations persistantes et inadmissibles.

Camps, hameaux forestiers, cités d’accueil [3]

  • Cinq camps de transit : Le Larzac (Aveyron), Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme), Saint-Maurice l’Ardoise (Gard), Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) et La Rye (Vienne) ;
  • Deux cités d’accueil jusqu’en 1976 : Bias (Lot et Garonne) et Saint-Maurice l’Ardoise (Gard) ;
  • 75 hameaux de forestage : Pertuis, Apt, Cucuron, Ongles, Manosque, La Roque d’Anthéron, Fuveau, Jouques, Saint-Maximin, Brignoles, Rians, Le Muy, Collobrières…

Une carte permet de situer ces lieux d’implantation qui pour la plupart se trouvent dans le Sud-Est de la France [4]

  • Allier : 1 Noyant (Saint-Hilaire)
  • Alpes-de-Haute-Provence : 2 Jausiers, 3 Ongles, 4 St André-les-Alpes, 5 Sisteron
  • Haute-Alpes : 6 Rosans, 7 Montmorin
  • Alpes Maritimes : 8 Breil sur Roya, 9 L’Escarène, 10 Mouans-Sartoux, 11 Roquestéron, 12 Valbonne
  • Ardèche : 13 Largentière
  • Ariège : 14 Montoulieu
  • Aude : 15 La Pradelle, 16 St Martin des Puits, 17 Pujol de Bosc
  • Aveyron : 18 Brusque, 19 St Rome de Cernon
  • Bouches-du-Rhône : 20 La Ciotat, 21 Fuveau, 22 Jouques, 23 La Roque D’Anthéron
  • Cantal : 24 Chalvignac
  • Charente-Maritime : 25 La Tremblade
  • Côte-D’Or : 26 Baigneux les Juifs, 27 Vanvey sur Ouche, 28 Is-sur-Tille
  • Dordogne : 29 Lanmary
  • Drôme : 30 Beaurières
  • Corse-du-Sud : 31 Zonza
  • Haute-Corse : 32 Casamozza
  • Gard : 33 La Grand Combe, 34 Villemagne (St Sauveur des Pourcils)
  • Haute Garonne : 35 Juzet d’Izaut
  • Gers : 36 Mirande
  • Hérault  : 37 Avène Truscas, 38 Lodève, 39 St Pons de Thomières
  • Isère : 40 Roybon
  • Lozère : 41 Cassagnas, 42 Chadenet - La Loubière, 43 Chanac - Cultures, 44 Mende, 45 Meyrueis, 46 St Etienne du Valdonnez, 47 Villefort
  • Pyrénées-Orientales : 48 Rivesaltes
  • Haute-Savoie : 49 Magland
  • Saône et Loire : 50 Glennes (Roussillon en Morvan )
  • Tarn : 51 Arfons les Escudiers, 52 Puycelci - La Grésigne, 53 Anglès, 54 Vaour
  • Var :  : 55 Bormes, 56 Collobrières, 57 Gonfaron, 58 La Londe, 59 Montmeyan, 60 Le Muy, 61 Néoules, 62 Pignans, 63 Rians, 64 Saint Maximin, 65 St Paul en Forêt, 66 Aigue-Bonne (St Raphaël)
  • Vaucluse : 67 Apt, 68 Cucuron, 69 Pertuis, 70 Sault

Notes

[1] Laure Pitti, « De l’histoire coloniale à l’immigration post-coloniale », in Fatima Besnaci-Lancou, Benoit Falaize, Gilles Manceron (dir.), Les harkis. Histoire, mémoire et transmission, éd. de l’Atelier, septembre 2010.

[2] Source : Fatima Besnaci-Lancou et Gilles Manceron, Les harkis dans la colonisation et ses suites, éd. de l’Atelier, 2008.

[3] Basé sur un travail d’Abderahmen Moumen, docteur en histoire, chargé de recherches historiques au mémorial de Rivesaltes.

[4] Carte réalisée pour le livre Les harkis dans la colonisation et ses suites, par Edwige Garnier, Maître de conférence, Université de Limoges, et Abderahmen Moumen.


Suivre la vie du site  RSS 2.0 | le site national de la LDH | SPIP