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communiqué d'un collectif dont la LDH fait partie

l’autre 8 mai 1945

mercredi 29 avril 2015, par la rédaction

Comme chaque année, les Français associeront la commémoration de deux événements qui se sont déroulés le 8 mai 1945 : la victoire des Alliés sur le fascisme d’une part, les massacres du Nord-Constantinois de l’autre.

Nous reprenons le communiqué du Collectif unitaire pour la reconnaissance des crimes d’Etat de 1945 en Algérie. Suit un article du quotidien El Watan qui exprime l’impatience algérienne devant la lenteur avec laquelle la France reconnaît son passé colonial en Algérie.

Communiqué commun

L’Autre 8 mai 1945

Il est impossible de célébrer les 70 ans de la victoire contre le fascisme sans la volonté d’arracher de l’oubli ce qui s’est passé en Algérie ce même 8 mai et les jours suivants.

Une manifestation pacifique à Sétif, Guelma, Kheratta et la région a été réprimée dans le sang ; des dizaines de milliers de civils algériens ont été massacrés par la Police, la Gendarmerie, les milices armées par les autorités locales, l’Armée française, agissant sur ordre de l’exécutif.

Amputer notre histoire commune par l’occultation de ce crime d’Etat est une négation du combat contre le colonialisme.

Le 14 avril 2015, un Collectif unitaire pour la reconnaissance des crimes d’Etat de 1945 en Algérie (Sétif, Guelma, Kherrata) s’est constitué. Outre cette reconnaissance, il demande : l’ouverture de toutes les archives, l’inscription dans la mémoire nationale de ces événements par le biais de gestes forts des plus hautes autorités de l’Etat et un soutien à la diffusion des documentaires relatifs aux événements dans l’Education Nationale comme dans les média publics.

Après le vote à l’unanimité du conseil municipal de Paris demandant au chef de l’Etat de reconnaître ces massacres comme crimes d’Etat, nous appelons à un :

Rassemblement unitaire le 8 mai 2015, à 15h
sur le parvis de l’hôtel de ville, à Paris,
et devant toutes les mairies de France


car le geste symbolique du secrétaire d’Etat chargé des Anciens combattants et de la mémoire, J-M. Todeschini, à Sétif, demeure très en-deçà de ces revendications.

Premiers Signataires :

- Associations : 4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs amis contre la Guerre), 17 octobre contre l’oubli, Acda (Agir pour le changement et la démocratie en Algérie), Amis de l’Algérie de Rennes, ANPNPA (Association nationale des pieds noirs progressistes et leurs amis), Arac (Association republicaine des anciens combattants), Association culturelle les Oranges, Cercle de résistance, FUIQP (Front uni de l’immigration et des quartiers populaires), Idle No More Kabylie, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), Promemo (Provence mémoire et monde ouvrier), Respaix conscience musulmane, Sortir du colonialisme, UJFP (Union juive française pour la paix)...

- Syndicats : CNT (Confédération nationale du travail),

- Partis : AL (Alternative libertaire), PCOF (Parti communiste des ouvriers de France), PG (Parti de gauche)...

Stèle en mémoire du premier martyr des événements du 8 Mai 1945 à Sétif, Saâl Bouzid (El Watan)

Les descendants des victimes s’expriment

par Kamel Beniaiche, El Watan, le 19 avril 2015


Le secrétaire d’Etat français, chargé des anciens combattants et de la mémoire, Jean-Marc Todeschini, effectuera aujourd’hui une courte visite à Sétif, l’épicentre des massacres du 8 Mai 1945. Le dépôt d’une gerbe de fleurs devant la stèle du premier martyr du carnage, Saâl Bouzid, sera le fait marquant d’une visite controversée ne dépassant guère les 3 heures et 15 minutes.

Devant rallier Sétif à bord d’un avion spécial, l’officiel français, qui sera nous dit-on accompagné par de nombreux journalistes, fera une virée à la célèbre fontaine de Aïn El Fouara, visitera le musée national et puis s’arrêtera devant le mur byzantin situé à quelques mètres du parc d’attraction, érigé en lieu et place de l’ex-caserne où des centaines d’Algériens ont été internés, torturés et liquidés sommairement. Une visite au cimetière Sidi Saïd, où reposent 85 victimes dans deux fosses communes, n’est pas à l’ordre du jour.

D’après le programme remis à la presse, aucun contact n’est prévu avec les rares survivants des massacres, leurs proches et descendants. Approchés par nos soins, des parents et enfants des victimes de la tuerie n’ayant pas, 70 ans après, divulgué tous ses secrets, s’expliquent mal le choix d’une telle date : « La visite du secrétaire d’Etat français ne tombe pas à point nommé. On n’effectue pas un ‘‘voyage mémorial’’ par anticipation.

La boucherie n’a pas été commise un 19 avril mais le mardi 8 mai 1945. On peut avancer tous les arguments mais une telle démarche ne plaide pas pour une véritable mémoire apaisée. Peut-on célébrer le carnage d’Oradour-sur-Glane, qui a été totalement rasée le 10 juin 1944 par l’unité de Waffen SS de la division Das Reich, au mois de mai ? La réponse coule de source », tonne Salim, fils du défunt Mohamed Bouguessa (dit Laskouri, un des organisateurs de la marche). « Pour on ne sait quelle raison, la France évite de prendre part à la cérémonie officielle, marquée chaque 8 mai, par l’imposante marche perpétuant une étape importante dans la lutte du peuple algérien.

Le moment est venu pour que la France officielle reconnaisse les abominables crimes commis en son nom. Pour que les choses soient claires, on ne veut pas de compensation financière. On n’a ni l’intention, ni la volonté, ni le désir de souiller nos martyrs avec des billets de banque. On ne parle pas de repentance, mais d’excuses officielles. Le combat de nos pères et proches qui ne sont plus de ce monde continue », martèle notre interlocuteur. « Pour une juste transmission de la mémoire aux futures générations des deux peuples, la France doit regarder en face son passé colonial.

Il faut qu’elle emboîte le pas à l’Allemagne et à l’Italie qui ont non seulement présenté des excuses, mais accordé des réparations financières à Israël et à la Libye. La France, qui a reconnu, dans les années 1990, la responsabilité du régime de Vichy dans la persécution des juifs français, est interpellée pour mettre un terme à la hiérarchisation des crimes commis en son nom.

La hiérarchisation des souffrances est injuste et méprisable à la fois », déclare Kamel, fils du défunt Smaïl Rateb de Aïn Roua, localité située à 25 km au nord de Sétif où d’innombrables crimes ont été commis à huis clos. Le président de la fondation du 8 Mai 1945, Abdelhamid Salakdji, qui est en même temps fils de chahid et ancien moudjahid, n’y va pas par quatre chemins : « Les déclarations et les bonnes intentions de circonstance ont montré leur limite.

Elles doivent désormais céder la place à des excuses officielles. C’est une exigence de vérité et de justice pour les victimes et leurs descendants. Sans excuses officielles, dûment approuvées par des institutions constitutionnelles françaises, on ne peut parler de réconciliation entre les deux pays. Ni le temps ni les esquives des politiques français ne peuvent corroder notre requête, une exigence de tout un peuple. Il est donc temps que la France reconnaisse sa propre histoire et traite de manière équitable toutes les mémoires.

On ne veut plus d’une histoire dominée par une vision colonialiste. Il faut avoir le courage d’appeler les choses par leur nom. Pour se tourner vers un avenir apaisé, une prise en charge sérieuse de la question mémorielle, qui pèse beaucoup sur les relations des deux pays, est indispensable. L’intense activité menée ces dernières années par la société civile française, des personnalités et de nombreuses associations qui militent pour la reconnaissance des crimes commis le 8 Mai 1945, aboutira tôt ou tard.

Je profite de l’opportunité pour saluer tous nos amis français, notamment les membres de l’association Les Oranges à l’origine de la pétition lancée dernièrement pour obliger l’Etat français à reconnaître les crimes commis en son nom. » Notons que le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, accueillera son homologue français qui serait porteur d’un important message de son gouvernement, qui ne veut toujours pas franchir le pas…